Allemagne : pas de revirement sur le nucléaire, assure le ministre de l’Environnement
Le ministre allemand de l’Environnement a écarté tout changement de cap sur le nucléaire à Berlin, qualifiant de simple « opinion personnelle » les propos de sa collègue à l’Économie et à l’Énergie, qui suggérait d’utiliser des fonds européens pour soutenir la recherche dans ce domaine.
Le ministre allemand de l’Environnement et du Climat, Carsten Schneider, a écarté tout changement de cap sur le nucléaire à Berlin, qualifiant de simple « opinion personnelle » les propos de sa collègue à l’Économie et à l’Énergie, Katherina Reiche, qui suggérait d’utiliser des fonds européens pour soutenir la recherche dans ce domaine.
Le nouveau chancelier, Friedrich Merz, a affiché sa volonté de rompre avec les divisions qui ont marqué la précédente coalition, composée Parti social-démocrate (SPD), des libéraux-démocrates (FDP) et des Verts. Pourtant, à peine deux semaines après la formation du nouveau gouvernement — réunissant l’Union chrétienne-démocrate (CDU), son parti frère bavarois, l’Union chrétienne-sociale (CSU), et le SPD — des désaccords émergent déjà, notamment sur la question sensible de la politique énergétique.
Alors que le gouvernement précédent avait regroupé les politiques économique, énergétique et climatique au sein d’un « super-ministère » dirigé par le ministre écologiste Robert Habeck, le nouveau gouvernement a séparé le climat du reste. Ce portefeuille revient désormais au ministère de l’Environnement, sous la responsabilité de Carsten Schneider, membre du SPD.
De son côté, Katherina Reiche, membre de la CDU, détient les portefeuilles de l’Économie et de l’Énergie. Dans une récente interview, elle a déclaré que la protection du climat « ne peut être le seul objectif » de son mandat.
Dans de brèves remarques aux journalistes lors du Conseil sur la compétitivité jeudi dernier à Bruxelles, elle a suggéré que les fonds européens pourraient être utilisés pour soutenir la recherche dans le développement de nouveaux types d’énergie nucléaire.
« L’objectif est de promouvoir les nouvelles technologies […] les petits réacteurs modulaires, par exemple », a affirmé Katherina Reiche jeudi.
Si cette orientation devenait une ligne officielle du gouvernement, elle représenterait une rupture avec la position historique de l’Allemagne, qui excluait jusqu’ici le nucléaire des options pour assurer la transition énergétique de l’UE, en faveur des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire.
Carsten Schneider a rapidement réagi, expliquant à l’agence de presse allemande dpa qu’il « n’y a pas et il n’y aura pas » de position du gouvernement fédéral en faveur de cette option. Il a rappelé que l’accord de coalition CDU-CSU-SPD ne mentionne le nucléaire qu’en lien avec la recherche sur la fusion nucléaire. La fusion est une technologie qui pourrait fournir une électricité quasi illimitée, décarbonée et sans les déchets à longue durée de vie associés à la fission, mais elle est encore loin d’une application commerciale.
Les dernières centrales nucléaires allemandes ont été mises hors service en 2023. Pendant la campagne électorale qui a précédé les législatives anticipées de février, les chrétiens-démocrates ont déclaré qu’ils envisageraient de suspendre le démantèlement des réacteurs, voire de les remettre en service, une idée qu’ils ont depuis abandonnée, reconnaissant qu’elle n’était pas viable économiquement.
Neutralité technologique
Katherina Reiche, qui a fait son retour en politique après avoir fait du lobbying pour des entreprises allemandes du secteur de l’énergie et des services publics, est largement considérée comme pro-nucléaire et fervente défenseuse de la neutralité technologique dans la transition énergétique.
« Chaque tonne de CO2 que nous pouvons économiser est une bonne chose », a-t-elle déclaré lors du sommet du Conseil sur la compétitivité qui s’est tenu la semaine dernière à Bruxelles.
Début mai, lors d’une visite à Paris, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont promis un « réalignement » des politiques énergétiques française et allemande. Bien qu’ils n’aient pas mentionné le nucléaire dans leur tribune commune pour Le Figaro, ils ont affiché leur soutien au principe de neutralité technologique, plaidant pour un « traitement non discriminatoire de toutes les énergies bas carbone au sein de l’Union européenne ».
L’énergie nucléaire est non renouvelable, mais il s’agit d’une source d’énergie bas carbone. Ce statut lui confère un rôle clé dans les stratégies de décarbonation de certains pays, notamment la France, qui plaide pour son inclusion dans les politiques énergétiques de l’UE au même titre que les renouvelables.
« Pour assurer notre souveraineté énergétique dans le respect des choix nationaux, nous appelons à mettre fin à toutes les discriminations au niveau européen à l’égard des énergies bas carbone, nucléaires comme renouvelables », avait déclaré le président français lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]