« Amis du renouvelable » : la France sera invitée aux prochaines réunions

La France a été écartée lundi (19 juin) de la réunion des « Amis du renouvelable » organisée par l'Autriche en raison de ses récentes prises de position sur la directive renouvelable. Une situation qui ne crée toutefois pas de précédent, selon un diplomate européen.

Euractiv France
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Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique française. Septembre 2022. [Conseil de l'UE / Union européenne]

La France a été écartée lundi (19 juin) de la réunion des « Amis du renouvelable » organisée par l’Autriche en raison de ses récentes prises de position sur la directive renouvelable. Une situation qui ne crée toutefois pas de précédent, selon un diplomate européen.

En amont du conseil des ministres européens de l’Énergie lundi matin (19 juin), 14 d’entre eux se sont réunis pour une réunion autour du groupe des « Amis du renouvelable ».

Le groupe a été initié fin mars par la ministre autrichienne de l’Énergie, Leonore Gewessler, en réaction à l’ « Alliance du nucléaire » formée par la ministre française de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, un mois auparavant. 

Selon Mme Gewessler, le groupe pro-nucléaire allait à l’encontre des intérêts de l’UE et il convenait de rééquilibrer la donne en lançant un groupe concurrent consacré à la promotion des énergies renouvelables. 

Mme Pannier-Runacher, non invitée à la première réunion du groupe pro-renouvelable, avait demandé à en faire partie en vertu du mix énergétique de la France, composé à 19,3 % de renouvelables, soit plus que l’Allemagne (19,2 %). Elle avait reçu, en mai dernier, une réponse favorable depuis Vienne.

Une lettre datée du 9 mai 2023 de Mme Gewessler à son homologue française en atteste : « Je vous invite cordialement à la prochaine réunion des ‘Amis des énergies renouvelables’ », peut-on lire dans la lettre que s’est procuré EURACTIV France. 

Mais le 17 mai, la situation change. La France, décidée à défendre son industrie nucléaire, joue des coudes à Bruxelles pour ajourner une réunion technique qui devait avoir lieu sur la directive énergies renouvelables (RED) entre les représentants des États membres. 

Paris souhaitait des « garanties » supplémentaires concernant l’hydrogène issu du nucléaire, retardant ainsi l’approbation définitive de la directive, faisant pourtant l’objet d’un accord politique depuis la fin mars.

Comme rapporté lundi par EURACTIV, ces objections de dernières minutes  ont motivé l’éviction de la France de la réunion des « Amis du renouvelable » de lundi.

L’Autriche tape du poing

En évinçant la France du groupe, l’Autriche voulait vraisemblablement taper du poing sur la table.

« Le groupe voulait se coordonner sur [la directive renouvelable] au sein d’un groupe informel de personnes partageant les mêmes idées », a expliqué à EURACTIV France un diplomate à Bruxelles au fait du dossier. 

Un durcissement par rapport à la lettre du 9 mai dernier, dans laquelle Mme Gewessler tendait la main à son homologue française en reconnaissant son attachement au développement des renouvelables.

« Je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que […] la production d’énergie renouvelable sont des éléments cruciaux pour une future stratégie énergétique européenne durable », peut-on lire dans la lettre de Vienne à Mme Pannier-Runacher.

La ministre autrichienne, fervente opposante au nucléaire, écrivait même être « convaincu[e] que nous trouverons un moyen de relever les défis futurs et d’accélérer le déploiement des technologies d’énergie renouvelable ensemble […], malgré nos divergences de vues sur l’énergie nucléaire ».

Pas de réponse côté français

Le ministère français de la Transition énergétique s’est refusé à commenter les derniers événements et les raisons de l’éviction de Mme Pannier-Runacher. En revanche, depuis l’approbation définitive de la directive renouvelable vendredi dernier (16 juin), la ministre défend le bilan français en matière d’énergies renouvelables.

Dans une réponse cinglante sur Twitter à Sven Giegold, secrétaire d’État allemand au ministère fédéral de l’Économie et du Climat, elle déclare que « en 2022, la France a produit plus d’énergies renouvelables que l’Allemagne pour sa consommation finale avec 20,7% contre 20,4 % ».

Le ministre allemand avait déclaré plus tôt que la directive renouvelable approuvée vendredi dernier allait permettre à l’UE, et à la France en particulier, d’investir massivement dans les énergies renouvelables et « de manière aussi cohérente que nous le faisons avec succès en Allemagne ».

À une nuit du conseil des ministres chargés de l’Énergie, la situation était donc sous tension.  

Quoiqu’il en soit, la France reste dans le club des pro-renouvelables. La non invitation pour la réunion de lundi « ne crée pas de précédent pour les invitations futures », a en effet rassuré le diplomate européen précité et proche du dossier. 

[Édité par Frédéric Simon]