Angela Merkel et François Hollande font front commun face à la Grèce
Angela Merkel et François Hollande ont fait front commun face à la Grèce hier (23 août), en prévenant Athènes qu’elle ne devrait pas s’attendre à obtenir un délai supplémentaire si elle ne respectait pas rigoureusement ses engagements en matière réformes.
Angela Merkel et François Hollande ont fait front commun face à la Grèce hier (23 août), en prévenant Athènes qu’elle ne devrait pas s’attendre à obtenir un délai supplémentaire si elle ne respectait pas rigoureusement ses engagements en matière réformes.
Les dirigeants allemand et français se sont rencontrés à Berlin pour mettre au point leur message au premier ministre grec, Antonis Samaras, qui a lancé une opération de charme dans l'espoir de convaincre les grandes puissances européennes que la Grèce a besoin de temps.
Mme Merkel n'a pas changé d'avis, elle s'en remettra au rapport de septembre de la troïka sur les progrès d'Athènes avant d'envisager toute flexibilité dans les termes du renflouement. Il est vital que nous respections tous nos engagements, a-t-elle ajouté.
« Mais nous encouragerons la Grèce à poursuivre sur la voie des réformes qui ont demandé beaucoup d'efforts de la part du peuple grec », a-t-elle déclaré à la presse avant son dîner avec M. Hollande.
« Nous voulons, je veux, que la Grèce soit dans la zone Euro. C'est une volonté que nous avons exprimée depuis le début de la crise. Il appartient aux Grecs de faire les efforts indispensables pour que nous puissions atteindre cet objectif.», a déclaré le président socialiste français aux côtés de Mme Merkel.
M. Samaras a accordé des entretiens aux médias allemands pour souligner que même si Athènes demandait plus de temps pour atteindre ses objectifs, elle ne demanderait pas plus d'argent. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, entre autres, n'a pas semblé convaincu.
« Un délai supplémentaire ne réglera pas le problème », a affirmé M. Schäuble à propos du souhait de M. Samaras de disposer de quatre ans au lieu de deux pour faire adopter des réformes économiques difficiles dans son pays, afin de soulager le peuple grec.
M. Schäuble estime que plus de temps pourrait signifier plus d'argent, et que l'aide européenne à la Grèce a déjà « atteint les limites de la soutenabilité sur le plan économique ».
Les Pays-Bas soutiennent Mme Merkel
À distance, le ministre néerlandais des finances, Jan Kees De Jager, un proche allié de Berlin, a exhorté l'Allemagne à « camper sur ses positions » et affirmé qu'il ne servirait à rien d'accorder plus de temps à la Grèce.
Les dirigeants européens affirment que toute décision sur la Grèce dépendra du rapport des inspecteurs de la troïka, qui rassemble la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
M. Samaras cherche à obtenir ce qu'il appelle « un peu d'air pour respirer » en cette rare période d'optimisme sur les marchés financiers quant à la capacité de l'UE et de la BCE à prendre des initiatives décisives face à la crise de la dette dans la zone euro.
Malgré ce discours officiel intransigeant, Berlin et Paris n'auront peut-être pas d'autre choix que de faire preuve de flexibilité, dans la mesure où les deux capitales ne souhaitent pas voir la Grèce sortir de la zone euro.
L'après Merkozy
Avec ces négociations qui porteront aussi sur la supervision bancaire en Europe, le rôle de la BCE et la guerre civile en Syrie, Mme Merkel et M. Hollande tentent de répliquer l'alliance Merkozy qui avait donné à la zone euro une impression de leadership uni lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir en France.
L'axe franco-allemand a été secoué par les appels de M. Hollande pour des mesures de croissance qui vont à l'encontre du programme d'austérité sévère de Mme Merkel. Certains fonctionnaires allemands affirment que la relation de leur dirigeante avec M. Hollande a pris un mauvais départ.
Alors que Mme Merkel se prépare à entrer en campagne pour un troisième mandat en 2013, elle ne peut pas réellement céder de terrain à M. Samaras ni au gouvernement français socialiste, allié de ses principaux rivaux à l'échelle nationale, les sociaux-démocrates.
La patience des Allemands est mise à rude épreuve après les demandes d'aide à répétition de la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande. Mme Merkel est sous pression et doit défendre les intérêts des contribuables tout en préservant la stabilité de la monnaie unique.
Mme Merkel gardera un oeil sur M. Hollande et ses initiatives pour atteindre ses propres objectifs de réduction des dépenses et ses mesures budgétaires en 2013, expliquent les fonctionnaires allemands.
« Si M. Hollande abandonne ses objectifs face à la résistance politique dans son pays, nous ne pouvons pas réellement nous attendre à ce que des pays comme l'Italie ou l'Espagne s'engagent en faveur de réformes encore plus difficiles », a déclaré une source du gouvernement allemand sous le couvert de l'anonymat.
Certains signes montrent que même s'ils ne sont pas prêts à repousser les objectifs de réforme grecs, les conservateurs de Mme Merkel pourraient tout de même faire preuve d'une certaine flexibilité si la troïka établissait que le pays est en bonne voie.
« Avec la Grèce, nous ne pouvons pas modifier les pierres angulaires du programme de renflouement ou jouer avec le principe de conditionnalité. Mais j'imagine que nous pourrions adapter certains points comme le taux d'intérêt ou les échéances de prêt, comme nous l'avions fait pour la tranche d'aide précédente », a déclaré Norbert Barthle, membre du parlement de la coalition de centre-droit de Mme Merkel.
Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe des ministres des finances de la zone euro, a quant à lui affirmé que la Grèce était face à sa dernière chance d'éviter la faillite.