Angela Merkel veut une union budgétaire avant de penser à la mutualisation de la dette
La chancelière allemande, Angela Merkel, affrontera la France et l'Italie lors du sommet européen d'aujourd'hui qui pourrait déterminer l'avenir de la zone euro. Elle insistera sur l'importance de régler les problèmes fondamentaux de l'Europe avant de prendre des mesures d'urgence.
La chancelière allemande, Angela Merkel, affrontera la France et l'Italie lors du sommet européen d'aujourd'hui qui pourrait déterminer l'avenir de la zone euro. Elle insistera sur l'importance de régler les problèmes fondamentaux de l'Europe avant de prendre des mesures d'urgence.
A la veille du sommet européen, Mme Merkel a rejeté les appels de l'Italie et de l'Espagne pour des mesures d'urgence visant à faire baisser leurs coûts d'emprunt. Elle s'est en outre montrée réticente face aux propositions de la France sur la mutualisation de la dette.
« Je crains que lors du sommet, nous ne parlions trop longuement de ces idées de mutualisation de la dette et trop peu des mesures structurelles et des contrôles nécessaires », a-t-elle expliqué au parlement à Berlin mercredi.
Le président français, François Hollande, défend bec et ongles sa proposition d'euro-obligations pour faire baisser les coûts d'emprunt des pays plus faibles de la zone euro.
Angela Merkel : D'abord des mesures à long terme
Juste avant le sommet, le 20e depuis le début de la crise, Mme Merkel a répété ses objections à ce projet, affirmant que même l'économie la plus puissante d'Europe ne devait pas être accablée.
Elle a laissé la porte ouverte à une émission de titres de dette communs à terme, mais elle n'a proposé aucune action immédiate pour enrayer la crise. Elle a insisté sur la nécessité pour les gouvernements de donner aux institutions de l'UE le pouvoir de contrôler leur budget. Elle souhaite également qu'ils changent de politique avant d'envisager toute mutualisation de la dette européenne.
« La responsabilité commune ne pourra exister que lorsque des contrôles suffisants auront été mis en place », a-t-elle martelé.
Ces propos semblent moins définitifs que ceux qu'elle a tenus à huis clos ce mardi, lorsqu'elle a déclaré qu'aucune émission de titres communs ne serait possible de son vivant.
Réunion à Paris
A Paris, à la veille du sommet, M. Hollande et Mme Merkel ont tenté d'aplanir leurs différends.
Tentant sans doute de répondre aux appels de Mme Merkel pour un fédéralisme budgétaire renforcé en vue de sauver la monnaie unique, M. Hollande a déclaré que la zone euro avait besoin d'autant d'intégration que nécessaire et d'autant de solidarité que possible.
« Nous voulons, l’un comme l’autre, approfondir l’union économique, monétaire et demain politique pour arriver à une intégration et à une solidarité », a-t-il expliqué.
« Il nous faut plus d’Europe, il nous faut une Europe qui fonctionne, c'est ce qu'attendent les marchés, il nous faut une Europe dont les membres s’entraident les uns les autres », a renchéri la chancelière.
Malheurs de l'Espagne et de l'Italie
Mme Merkel insiste sur des mesures à long terme, contrairement au premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, qui a annoncé qu'il demanderait aux autres dirigeants européens de permettre que les fonds de sauvetage de l'Union ou la Banque centrale européenne stabilisent les marchés financiers.
« La question la plus urgente, c'est le financement. Nous ne pourrons continuer à nous financer pendant longtemps avec des coûts d'emprunt pareils », a-t-il expliqué au parlement.
L'Espagne réclame un mécanisme temporaire d'urgence pour recapitaliser quatre de ses banques nationalisées, dans la mesure où il pourrait falloir trois à quatre mois pour que l'aide européenne n'atteigne son système financier.
A Rome, le premier ministre italien, Mario Monti, a déclaré qu'il ne comptait pas signer les conclusions du sommet les yeux fermés et qu'il était prêt à négocier jusque dimanche soir si nécessaire pour que les dirigeants trouvent un moyen de calmer les marchés.
Avec le soutien du président français, François Hollande, M. Monti plaide en faveur de l'utilisation du fonds de sauvetage de la zone euro, avec le soutien de la Banque centrale européenne, pour faire baisser les coûts d'emprunt de l'Espagne et de l'Italie. M. Rajoy se satisferait de cette solution ou que la BCE relance son programme d'achat d'obligations.
Divergences
Ces deux propositions ont été vivement rejetées par l'Allemagne, le plus grand contributeur de l'Union. Jens Weidmann, le puissant président de la banque centrale allemande, la Bundesbank, s'est lui aussi exprimé contre cette idée.
Ces divergences d'opinions sont plus manifestes depuis que M. Hollande, un socialiste, a remplacé Nicolas Sarkozy à la présidence de la France le mois dernier. Le nouveau président essaye en effet que la chancelière revoie sa copie sur l'austérité, promeuve la croissance économique et accepte de mutualiser les dettes européennes.
Mme Merkel se retrouve de plus en plus isolée au sein de l'UE, seuls les Pays-Bas et la Finlande la soutiennent encore, mais elle tient les cordons de la bourse du pays et donc presque toutes les cartes.
Une éminente source de la zone euro a expliqué qu'aucune décision à court terme ne serait prise : pas de recapitalisation directe des banques par le MES et pas d'achat d'obligations.
Le sommet devrait donner lieu à un paquet de croissance souhaité par la France d'une valeur de 130 milliards d'euros. Il devrait se présenter sous la forme d'emprunts obligataires pour le financement de projets d'infrastructure, d'une réallocation des fonds régionaux et de prêts de la Banque européenne d'investissement.