António Costa, le choix controversé des socialistes pour la présidence du Conseil européen

Antonio Costa a été désigné par les socialistes pour diriger le Conseil européen, mais des questions subsistent quant à son aptitude à occuper cette fonction en raison du scandale de corruption qui l’a contraint à la démission de son poste de Premier ministre l’année dernière.

Euractiv.com
European Council meeting in Brussels
M. Costa a longtemps été considéré comme un choix socialiste pour un top job de l’UE avant de démissionner le 7 novembre 2023 en raison d’un scandale de corruption, « l’opération Influencer », qui a secoué les plus hautes sphères de son gouvernement. [EPA-EFE/OLIVIER ]

António Costa a été désigné par la deuxième force au Parlement européen, les Socialistes et Démocrates européens (S&D), pour diriger le Conseil européen durant les cinq prochaines années, mais des questions subsistent quant à son aptitude à occuper cette fonction en raison du scandale de corruption qui l’a contraint à la démission de son poste de Premier ministre du Portugal l’année dernière.

Jusqu’au scandale de corruption qui a secoué les plus hautes sphères du gouvernement portugais et l’a poussé à démissioner le 7 novembre 2023, António Costa était considéré comme le premier choix des socialistes pour l’un des tops jobs de l’UE.

Ce scandale était lié à l’attribution de contrats énergétiques et a conduit à l’inculpation de l’un de ses ministres et de son chef de cabinet. António Costa, cité par des suspects dans l’affaire, avait alors préféré se retirer, affirmant que les fonctions de Premier ministre n’étaient « pas compatibles avec un quelconque soupçon portant sur [son] intégrité ».

Malgré cela, son nom était toujours évoqué comme candidat possible avant le sommet informel centré sur les discussions concernant l’attribution des top jobs qui s’est tenu lundi dernier (17 juin).

L’affaire a éveillé des inquiétudes chez certains dirigeants de l’UE, qui juste avant la réunion informelle des chefs d’État et de gouvernement européens du 17 juin dernier, ont exprimé leurs préoccupations et ont exigé des réponses auprès des principaux négociateurs des socialistes, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (PSOE) et le chancelier allemand Olaf Scholz (SPD).

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui reste cette fois encore le plus grand groupe au sein du Parlement européen, a notamment soulevé la question et a invoqué la réputation entachée de M. Costa comme raison de s’opposer à sa nomination.

Opération « influencer »

Le scandale de l’opération « influencer » a mis en lumière la corruption et le trafic d’influence dans les secteurs de l’hydrogène et du lithium dans le pays.

Il a également entraîné des perquisitions dans plusieurs ministères et dans la résidence officielle du Premier ministre, ainsi que plusieurs arrestations, dont celle du chef de cabinet de António Costa après la découverte de 75 800 euros dans son bureau.

Lors de sa démission, il y a un an et demi, M. Costa pensait que sa carrière politique était terminée, déclarant lors d’une conférence de presse : « J’ai déjà démissionné de mon poste de Premier ministre, j’ai déjà annoncé que je ne serai pas candidat au poste de Premier ministre et, pendant la durée prévisible de cette procédure judiciaire, je n’exercerai, selon toute vraisemblance, plus aucune fonction publique. »

À ce jour, les enquêtes sur l’ex-Premier ministre portugais se poursuivent, mais il n’a pas été formellement mis en cause.

Carrière politique

Très tôt dans sa carrière, António Costa est passé du droit à la politique en rejoignant le Parti socialiste (PS) portugais et faisant rapidement ses débuts en tant que secrétaire d’État puis ministre des Affaires parlementaires au milieu des années 1990, ensuite ministre de la Justice, avant de diriger le groupe parlementaire du PS à l’Assemblée portugaise.

Il a ensuite brièvement travaillé comme eurodéputé au sein du Parlement européen (2004-2005) et comme vice-président de l’hémicycle européen (2004-2007).

Après ce bref passage à Bruxelles, il est revenu au Portugal en tant que ministre de l’Administration interne dans le gouvernement de l’ancien Premier ministre José Socrates, qui a été arrêté en 2014 pour des soupçons de corruption et dont le procès est toujours en cours.

La même année, M. Costa a critiqué José Seguro, le précédent secrétaire général du parti, pour avoir remporté les élections européennes avec ce qu’il a qualifié de « marge très faible » et a fait pression pour organiser des élections pour le poste de secrétaire général du Parti socialiste portugais.

Après avoir remporté ces élections, il s’est présenté à la tête du Parti socialiste aux élections législatives portugaises de 2015, mais a perdu.

Des techniques de médiation astucieuses

Malgré sa défaite aux élections de 2015, M. Costa a utilisé ses compétences en matière de négociation et de recherche de compromis pour forger une alliance entre les partis d’opposition (le PS, le Parti communiste et le Bloc de Gauche), ce qui lui a permis de renverser le gouvernement en place et d’en prendre la tête.

Cette année-là, il devient Premier ministre.

Cependant, son premier mandat a été marqué par des scandales, comme le vol d’armes de Tancos, qui a conduit à la démission du ministre de la Défense de l’époque, Azeredo Lopes. En 2017, des incendies meurtriers ont entraîné la démission de Constança Urbano de Sousa, alors ministre de l’Administration interne.

Le gouvernement Costa a également été critiqué pour le nombre de membres de la même famille occupant des postes gouvernementaux.

En 2022, il a été réélu Premier ministre avec une majorité absolue, mais en seulement 16 mois, le gouvernement a été témoin de 13 démissions, dont plusieurs liées au scandale de la compagnie aérienne nationale TAP.

Alors que la compagnie était sous l’autorité de l’ancien ministre des Infrastructures et du Logement, Pedro Nuno Santos (actuel secrétaire général du Parti socialiste), elle a accordé une indemnité de départ illégale de 500 000 euros à un membre du conseil d’administration qui a rejoint le gouvernement peu de temps après.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]