António Costa prend la tête du Conseil européen avec pour ambition de réformer son fonctionnement
António Costa prend vendredi 29 novembre la relève de Charles Michel à la tête du Conseil européen, avec pour ambition notamment de réformer le mode de fonctionnement de l’institution.
António Costa prend vendredi 29 novembre la relève de Charles Michel à la tête du Conseil européen, avec pour ambition notamment de réformer le mode de fonctionnement de l’institution. Nombreux sont ceux qui espèrent également que, contrairement à son prédécesseur, il travaillera en bonne intelligence avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
António Costa prend ce vendredi après-midi la tête du Conseil européen, où se réunissent les 27 chefs d’État et de gouvernement des États membres de l’Union européenne (UE).
Ces derniers mois, le Portuguais a fait le tour des capitales européennes pour connaître les priorités des dirigeants de l’UE pour les cinq années à venir, alors que l’Union fait face à des enjeux majeurs, telle la définition d’une politique commune sur le dossier ukrainien, l’anticipation d’une éventuelle guerre commerciale avec la Chine, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche ou encore la préparation du prochain budget pluriannuel de l’Union.
Un responsable politique pragmatique
Son pragmatisme lui a permis d’étendre son influence au-delà de sa famille politique, les socialistes. En 2020, il rend visite au Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orbán et contribue à le convaincre de ne pas bloquer le plan de relance européen post-Covid, crucial pour le Portugal.
L’ancien Premier ministre portugais, habile tacticien, a prouvé qu’il était capable de mener des négociations délicates ou de transformer ses revers en opportunités. Il avait démissionné de la tête de l’État portugais il y a un peu plus d’un an, son nom ayant été cité dans une affaire de corruption, ce qui ne l’a pas empêché d’être désigné pour assurer la présidence du Conseil.
Un contexte chargé
Le Conseil européen est actuellement dominé par des dirigeants dont les partis sont affiliés au Parti populaire européen (PPE) de centre-droit. Il s’agit également du parti de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Seuls quatre Premiers ministres européens sont de centre gauche, dont le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le pays traverse une période difficile, et le chancelier allemand Olaf Scholz, qui sera confronté à des élections anticipées au début de l’année prochaine.
L’un des principaux défis d’António Costa sera donc d’éviter que son rôle ne se résume à approuver la politique du PPE.
Le Conseil européen doit en parallèle composer avec l’affaiblissement du couple franco-allemand. S’ajoute à cela une Hongrie de plus en plus disruptive. Les initiatives diplomatiques controversées du Premier ministre Viktor Orbán — en particulier sur l’Ukraine — laissent entrevoir les tensions potentielles qu’il pourrait exacerber, notamment avec le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Les réformes envisagées
En ce qui concerne les méthodes de travail au sein du Conseil, « les États membres ont clairement fait savoir qu’il fallait rationaliser les choses », a expliqué un haut fonctionnaire européen à la presse, avant l’entrée en fonction d’António Costa.
À partir de décembre, le Portugais travaillera donc à la rationalisation des sommets de l’UE, qui ne dureront plus qu’un jour au lieu de deux, comme c’est actuellement le cas.
Les responsables européens ont souvent regretté que les sommets conjoints de l’UE soient devenus, au fil des ans, des champs de bataille autour de la formulation des conclusions. Selon les retours recueillis par l’équipe du nouveau président du Conseil européen, la majorité des dirigeants souhaitent désormais éviter de perdre du temps sur cet aspect.
Pour répondre à cette préoccupation, António Costa propose une nouvelle approche institutionnelle, en donnant aux 27 ambassadeurs de l’UE la possibilité de participer au COREPER — responsable de la préparation des travaux de toutes les sessions du Conseil — et de finaliser les communiqués des sommets avant que les dirigeants de l’Union ne se réunissent pour discuter.
« Il est clair que cela ne sera pas toujours possible, mais ce sera une priorité [d’y parvenir dans la mesure du possible] », a déclaré le fonctionnaire.
Selon nos informations, António Costa devrait la semaine prochaine présenter de cette nouvelle approche avec ambassadeurs de l’UE. Cette stratégie sera mise à l’épreuve dès le 19 décembre, lorsqu’il présidera son premier sommet, quelques semaines avant l’investiture de Donald Trump.
Par la suite, l’équipe d’António Costa souhaite organiser des « retraites » régulières, au cours desquelles les dirigeants de l’UE se rencontreront « dans le cadre de réunions véritablement informelles pour discuter sans la pression de produire des conclusions sur papier », ont indiqué des fonctionnaires de l’UE.
Cette initiative fait suite à la demande de certains États membres d’organiser des discussions stratégiques sur des sujets plus importants, tels que la défense, la compétitivité et les futures finances de l’Union.
Sur ce dernier point, pour la préparation des négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) — le budget septennal de l’UE —, les fonctionnaires de l’UE espèrent que la méthode pourrait s’avérer utile pour gagner du temps et éliminer les conflits avant qu’ils n’apparaissent.
Une nouvelle dynamique institutionnelle
L’UE et les capitales espèrent que, contrairement à son prédécesseur Charles Michel, António Costa améliorera les relations avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Les 27 chefs d’État et de gouvernement l’ont désigné en juin pour prendre la tête du Conseil européen, avec l’espoir qu’il parvienne à jouer pleinement son rôle de médiateur, y compris avec l’exécutif européen.
Durant la précédente législature, les tensions entre Charles Michel et Ursula von der Leyen étaient particulièrement visibles lors des sommets internationaux, où les deux responsables voyageaient ou apparaissaient rarement ensemble.
« Tout le monde veut tourner la page de Charles Michel, et il y a de grandes attentes pour qu’António Costa soit un bâtisseur de consensus — quelqu’un qui s’entend avec tout le monde, y compris Ursula von der Leyen », explique pour Euractiv Ricardo Borges de Castro, chercheur invité au Collège d’Europe.
« Cependant, pour que ce couple institutionnel fonctionne, cela dépendra plus d’elle que de lui », puisque l’Allemande devra « contrôler ses instincts de centralisation du pouvoir et son habitude consistant à ne pas partager l’information », note-t-il.
Les fonctionnaires européens ont exprimé des réserves sur le fait que les deux parties devraient « jouer d’égal à égal » et ont affirmé que les mois à venir montreraient si Charles Michel était bel et bien le problème.
Ils ont également déclaré que les équipes des deux présidents avaient pour objectif de rationaliser les discours avant les sommets de l’UE, bien que nombreux restent sceptiques quant à l’efficacité de cette démarche, compte tenu des affrontements interinstitutionnels récurrents au fil des précédentes législatures.
« Entre José Manuel Durão Barroso et Herman Van Rompuy ou entre Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, nous avions l’habitude d’organiser des réunions de coordination avant le sommet de l’UE, juste pour nous assurer que l’agenda était construit de manière à ce que personne ne marche sur personne d’autre », explique Ricardo Borges de Castro, qui a été conseiller de l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
Des personnes proches du dossier ont déclaré que le nouveau président du Conseil européen devrait également relancer les réunions régulières avec Ursula von der Leyen une fois toutes les deux semaines, afin de coordonner leurs positions.
António Costa devrait aussi mettre l’accent sur les bonnes relations avec le Parlement européen, ce qui impliquera des échanges réguliers avec la Conférence des présidents, un organe qui comprend les chefs des groupes politiques et la présidente de l’hémicycle, Roberta Metsola.
Alors qu’une réunion est déjà prévue avant le prochain sommet de l’UE en décembre, des fonctionnaires de l’UE ont confirmé que les trois présidents des institutions de l’UE se rencontreront lundi 2 décembre à l’invitation de Roberta Metsola.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]