Antonio Tajani recule dans sa lutte pour l'efficacité des carburants à l'horizon 2025
Le récent moratoire sur une nouvelle loi dans le secteur de l'automobile annoncé par le commissaire européen à l'industrie, Antonio Tajani, est en train d'être discrètement abandonné, a appris EURACTIV.
Le récent moratoire sur une nouvelle loi dans le secteur de l'automobile annoncé par le commissaire européen à l'industrie, Antonio Tajani, est en train d'être discrètement abandonné, a appris EURACTIV.
Témoignant son soutien à l'industrie automobile âprement divisée sur les nouvelles normes portant sur les émissions de dioxyde de carbone pour 2025, M. Tajani a récemment déclaré qu'il avait enjoint sa DG à « appliquer un moratoire réglementaire afin d'éviter des coûts supplémentaires et de limiter les délocalisations ».
Cette initiative a été largement interprétée par les parties prenantes et l'industrie comme un signe que M. Tajani s'opposerait aux tentatives de renforcer les engagements européens pour le climat dans le secteur automobile.
Son porte-parole Carlo Corazza a toutefois déclaré à EURACTIV qu'il s'agissait d'un malentendu et que ce moratoire ne serait pas appliqué à l'objectif européen de 95g CO2/km pour 2020, ni à aucun autre objectif pour 2025.
« Cette règlementation relève de la compétence de la commissaire à l'action pour le climat, [Connie] Hedegaard », a indiqué M. Corazza à EURACTIV.
Interroger sur le champ d'application du moratoire en question, M. Corazza a répondu : « aucun, pour le moment ».
L'Union européenne a déjà fixé un objectif de 130 g CO2/km pour 2015. Volkswagen devrait construire des véhicules qui émettraient 10g de moins que cet objectif, bien que le constructeur se soit longtemps opposé à cette initiative.
D'autres propositions devraient être dévoilées cette année, notamment pour le plafonnement des émissions de CO2 à 95g/km pour les voitures et 147g/km pour les camions d'ici 2020.
C'est toutefois la question des objectifs pour 2025 qui a provoqué la colère des groupes de pression du secteur automobile.
Divergences profondes
Une âpre querelle sur le nombre de grammes de CO2 que les constructeurs devraient être autorisés à émettre lors de cette année charnière voit s'opposer les fournisseurs et les constructeurs automobiles.
L'Association européenne des fournisseurs de l'automobile (CLEPA), qui représente plus de 3000 entreprises de la chaîne de production de l'industrie, est favorable aux objectifs européens pour 2020 et souhaite qu'un objectif de 80 g soit fixé pour 2025.
« Nous devons disposer d'une période transitoire la plus longue possible et de sécurité pour nos investissements », a déclaré à EURACTIV le directeur exécutif de la CLEPA, Lars Holmqvist. « Le plus tôt nous serons mis au courant, mieux ce sera. »
Une autre organisation du secteur qui représente les grands constructeurs, l'association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), ne veut quant à elle pas entendre parler d'objectifs pour 2025 et qualifie d'« extrêmement difficiles » ceux pour 2020.
« Cela impliquerait des avancées technologiques complètement différentes des objectifs de 120 et 130g », a expliqué la porte-parole de l'ACEA Sigrid de Vries. Elle a en outre appelé l'UE à se concentrer davantage sur les incitants du marché, les nouveaux carburants et les bornes de recharge pour les voitures électriques.
L'ACEA avance que dans un marché en déclin, les règlementations trop strictes et les coûts élevés de la main-d'œuvre ont amené l'industrie automobile européenne au bord du gouffre. Cette position a cependant été remise en cause par M. Holmqvist, qui estime que le secteur se porte plutôt bien.
Sergio Marchionne, le président de l'ACEA et directeur exécutif de Fiat, « a empoché une rémunération globale de 19 millions de dollars [14,4 millions d'euros] en 2011 », a ironiquement souligné M. Holmqvist. « C'est beaucoup d'argent, pour une période de crise. »
Mme de Vries a rétorqué que la CLEPA était favorable à des objectifs plus ambitieux parce qu'ils « produisent les pièces et les composants et donc ils souhaitent en vendre le plus possible ».
La course mondiale aux voitures vertes
Au-delà de cette problématique, certains craignent que l'UE ne perde du terrain dans la course aux voitures vertes qu'elle menait pourtant face à ses concurrents internationaux.
En 2009, la restructuration de l'industrie automobile américaine lancée par le président Obama a mené à l'élaboration d'objectifs d'émission équivalant à 70-80g/km d'ici 2025.
Le 21 mars dernier, les défenseurs de l'environnement de Greenpeace ont envoyé une lettre au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, indiquant que si l'Europe souhaitait conserver son avance sur ses concurrents, la restructuration du secteur automobile devrait être « explicitement liée à la réduction des émissions de CO2 des véhicules et de la dépendance au pétrole ».
M. Holmqvist est du même avis. « Assouplir les normes sur l'efficacité des carburants afin d'aider les acteurs faibles du marché reviendrait à un suicide, car personne ne veut acheter plus de carburant, polluer inutilement ou dépendre de sources d'énergie peu fiables », a-t-il affirmé.
La substance des normes pour l'efficacité des carburants demeure toutefois une question épineuse.
Les groupes de défense de l'environnement affirment que des études révèlent qu'un objectif de 60g/km pourrait être atteint d'ici 2025 sans aucune électrification. En outre, la Commission européenne est actuellement en train d'évaluer la proposition du Parlement européen de fixer un objectif de 70g.
Les différentes branches de l'industrie automobile restent néanmoins prudentes. Alors que l'ACEA est favorable à une approche « pas à pas », M. Holmqvist a déclaré que la Commission pourrait faire passer le niveau d'émission à 80g/km d'ici 2025 par le biais d'une hybridation accrue.
« Mais aller encore plus loin représenterait une avancée décisive en direction de l'électrification », a-t-il ajouté.
« La technologie automobile ne fera pas de miracle à elle seule », a confirmé Mme de Vries. « Il faut élaborer un cadre intégré pour des objectifs à long terme et une transformation de la société. »