Après Hollande, Sarkozy brise le tabou de la BCE

Contrairement à ce qu’il s’était refusé à faire officiellement, le président candidat a déclaré qu’il ouvrirait un débat sur le rôle de la banque centrale européenne, s’il était réélu.

EURACTIV.fr
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Contrairement à ce qu’il s’était refusé à faire officiellement, le président candidat a déclaré qu’il ouvrirait un débat sur le rôle de la banque centrale européenne, s’il était réélu.

Le candidat Nicolas Sarkozy a officiellement dit tout haut ce qu’il avait accepté de taire depuis des mois. Contrairement à ce qu’il avait promis à Angela Merkel, matérialisé lors du sommet de Strasbourg le 24 novembre 2011, le président français à déclaré ouvertement qu’il souhaitait voir évoluer le rôle de la Banque centrale européenne (BCE). 

A l’époque, les dirigeants allemands, français et italiens s’étaient mis d’accord pour ne pas aborder cette question, tout en clamant l’indépendance de la banque. Une manière de la laisser agir pour soutenir la zone euro, en dehors des clous officiels de son mandat. 

Ouvrir le débat

S’il est réélu, le président français ouvrira un débat sur le rôle de la Banque centrale européenne pour soutenir la croissance, a-t-il lancé aux dizaines de milliers de militants venus écouter l’un de ses derniers grands discours avant le 1er tour, dimanche 15 avril, place de la Concorde à Paris.

« Après ce que nous avons fait pour sauver l’euro, je veux poser non seulement le problème des frontières mais aussi celui de la Banque centrale européenne dans le soutien de la croissance », a-t-il déclaré.

« Si l’on ne change pas l’Europe, si l’on ne fait pas l’Europe de la production, l’Europe de l’investissement, nous ne pourrons pas avoir la croissance. Si la Banque centrale ne soutient pas la croissance, nous n’aurons pas assez de croissance », a ajouté Nicolas Sarkozy. Une proposition en tout point similaire à ce que martèle François Hollande depuis des mois.

« Garcimore de la politique »

« Le Garcimore de la politique française a une nouvelle fois volé une idée à la gauche, idée qu’il dénonçait comme étant dangereuse et inconsciente il y a encore quelques semaines », s’étonne l’eurodéputée socialiste Catherine Trautmann dans un communiqué.

Après plusieurs flottements, la chancelière Angela Merkel n’a finalement pas été conviée aux différents meetings politiques du candidat de droite. Regrettable absence, ironise l’élue, car « nous aurions grandement souhaité voir l’expression de son visage en écoutant ces paroles qui brisent le pacte qu’ils avaient conclu. »

Aujourd’hui, selon les traités européens, la Banque centrale européenne est la gardienne de la stabilité des prix au sein de la zone euro. Depuis le début de la crise de financière, et plus encore depuis le début de la crise grecque, l’institut de Francfort a cependant mis en place des procédures exceptionnelles. 

Securities Markets Programme

La BCE s’est attaquée aux problèmes de liquidité des banques et des gouvernements de la zone euro qui ne peuvent plus compter sur les marchés pour se refinancer. Elle a ainsi a octroyé, mi-décembre, près de 500 milliards d’euros de prêts aux institutions financières, acceptant en contrepartie une gamme d’actifs toujours plus large (de moins bonne qualité).

A la suite d’une décision du 14 mai 2010, l’institut d’émission est également intervenu à plusieurs reprises sur les marchés secondaires pour racheter de la dette de pays de la zone euro dont les coûts d’emprunt à long terme grimpaient en flèche. 

>>> Lire : La BCE peut-elle devenir la FED?

Mais, jusqu’à présent, ces interventions sont restées limitées. « Le SMP (Securities Markets Programme) n’est ni éternel ni illimité », rappelait ainsi pour la énième fois son gouverneur, Mario Draghi, dans une interview au Financial Times mi-décembre. 

Le programme de rachat de la BCE s’élève jusqu’à présent à un peu plus de 200 milliards d’euros contre environ dix fois plus pour la Réserve fédérale américaine. 

Bras de fer avec Berlin?

La proposition de Nicolas Sarkozy de mettre la BCE au service de la croissance se situe dans la droite ligne de celle formulée par le candidat socialiste depuis le début de sa campagne. Mais elle va à l’encontre de la vision allemande, très attachée à l’indépendance de la Banque centrale européenne. 

Pour Berlin comme pour Francfort, un pas supplémentaire par rapport au SMP dans sa version actuelle, embryonnaire et clandestine, reviendrait à sacrifier l’indépendance de l’institution. 

La réticence allemande s’explique par sa hantise de l’inflation. Le pays est resté très fortement marqué par son expérience de l’hyperinflation de 1922 à 1924, qui a fait fondre l’épargne et perturbé les calculs des exportateurs. 

Mais le risque aujourd’hui est plutôt celui d’une déflation puisque la zone euro pourrait vivre une nouvelle récession en 2012. Sans compter que les banques préfèrent garder au chaud les liquidités empruntées à la BCE plutôt que de jouer leur rôle de relais auprès des entreprises et des particuliers, en leur octroyant des crédits.

Entre les deux, le président candidat a finalement choisi son camp. « L’Europe doit apurer ses dettes, elle n’a pas le choix. Mais entre la déflation et la croissance elle n’a pas d’avantage le choix, a-t-il déclaré le 15 avril. Si elle choisit la déflation, l’Europe disparaîtra. »