Après la chute de Bachar al-Assad, l’Allemagne craint une campagne électorale anti-réfugiés

Le changement de régime en Syrie va affecter les réfugiés en Europe. En Allemagne, l’opposition remet en question la protection des demandeurs d’asile syriens et des responsables du gouvernement mettent en garde contre l’exploitation de la question lors de la campagne électorale.

EURACTIV Allemagne
Anti-refugee demonstration in Dortmund
Le débat sur les réfugiés syriens s’est intensifié en Allemagne cette année après que deux personnes, dont la demande d’asile a été rejetée et dont un des deux était syrien, ont été accusées d’avoir commis des attentats terroristes en mai et en août derniers. Le ministère de l’Intérieur s’efforce depuis lors de renvoyer dans leur pays d’origine les Syriens dont la demande d’asile a été rejetée, en dépit de la guerre civile en cours. [David Young/picture alliance via Getty Images]

Le changement de régime en Syrie va affecter les réfugiés en Europe. En Allemagne, l’opposition remet en question la protection des demandeurs d’asile syriens et des responsables du gouvernement mettent en garde contre l’exploitation de la question lors de la campagne électorale.

Bachar al-Assad, le dirigeant autoritaire qui a longtemps régné sur la Syrie, a fui le pays samedi 7 décembre après que les milices de l’opposition se sont rapprochées de Damas, ouvrant un nouveau chapitre dans la guerre civile qui déchire le pays depuis 13 ans.

Depuis 2011, plus de 500 000 personnes ont été tuées en Syrie, après que la brutale répression de manifestations pacifiques par le gouvernement de Bachar al-Assad a plongé le pays dans la guerre civile, un conflit complexe mêlant des puissances étrangères et des organisations djihadistes.

En 2023, l’ONU estimait que plus de douze millions de Syriens avaient été déplacés par ce conflit. L’Union européenne a imposé plusieurs séries de sanctions au régime Assad et rompu ses relations officielles avec la capitale syrienne, Damas.

La situation pourrait également affecter la diaspora syrienne en Europe, en particulier en Allemagne, le troisième pays d’accueil des réfugiés syriens dans le monde et le premier en Europe, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Quelque 900 000 Syriens résident en Allemagne, soit 30 000 de plus qu’en 2011, lorsque la guerre a commencé. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, 40 % d’entre-eux ont un emploi.

On ne sait pas encore si la chute du régime de Bachar al-Assad entraînera le retour des réfugiés dans leur pays ou l’arrivée d’un plus grand nombre de personnes en Allemagne, a indiqué dimanche un porte-parole du ministère de l’Intérieur au Funke Mediengruppe.

Mais les chrétiens-démocrates (CDU/CSU, Parti populaire européen) — parti conservateur d’opposition, actuellement en tête des sondages à l’approche des prochaines élections nationales — ont déjà intensifié la pression sur le gouvernement pour qu’il prenne des mesures sévères à l’égard de la population réfugiée.

Une fois qu’il y aura une paix durable en Syrie, de nombreux Syriens « n’auront plus besoin de protection et n’auront donc plus le droit de rester en Allemagne », a affirmé Andrea Lindholz, la principale législatrice de la CDU pour les affaires Intérieures, au Rheinische Post.

Elle estime que le chancelier Olaf Scholz (Parti social-démocrate, Socialistes et Démocrates européens) devrait maintenant déclarer publiquement que l’Allemagne n’acceptera plus de réfugiés syriens. Cela fait écho aux précédentes demandes du parti.

Il est « trop tôt pour voir où vont les choses », a commenté son collègue Jürgen Hardt — responsable des Affaires étrangères — ajoutant que « nous nous attendons à ce que les réfugiés syriens en Allemagne retournent dans leur pays une fois qu’il sera stable ».

Le débat sur les réfugiés syriens s’est intensifié en Allemagne cette année après que deux personnes — deux demandeurs d’asile déboutés, dont un Syrien — ont été accusées d’avoir commis des attentats terroristes en mai et en août derniers. Le ministère de l’Intérieur s’efforce depuis lors de renvoyer dans leur pays d’origine les Syriens dont la demande d’asile a été rejetée, en dépit de la guerre civile en cours.

L’imminence d’un « débat populiste »

Dans un discours prononcé ce dimanche 8 décembre, Olaf Scholz a mis l’accent sur l’aspect d’une transition pacifique en Syrie, mais son parti craint déjà que cette question ne soit exploitée.

Si la paix revient en Syrie, rien n’empêchera les gens « qui ne se sont jamais vraiment sentis chez eux ici de rentrer », a déclaré au Spiegel Michael Roth, député du SPD qui préside la commission des Affaires étrangères du parlement allemand.

Il ajoute toutefois que la plupart des Syriens sont bien intégrés dans la société et sur le marché du travail.

« Je mets en garde contre un débat populiste du style “maintenant, tout le monde doit rentrer immédiatement” », a-t-il affirmé.

« Je crains qu’en plus de l’AfD [parti d’extrême droite] et de l’Alliance Sahra Wagenknecht [gauche populiste conservatrice], certains [démocrates-chrétiens] ne l’exigent également pendant la campagne électorale. Cela m’inquiète », a-t-il ajouté.

[Édité par Anna Martino]