Après le scandale Orpea, le gouvernement lance un « vaste plan de contrôle » des Ehpad
Pour mieux évaluer les 7 500 Ehpad français et s’assurer de leur transparence, le ministre de la Santé Olivier Véran et la ministre déléguée chargée de l'Autonomie Brigitte Bourguignon ont présenté un « vaste plan de contrôle » mardi (8 mars).
Pour mieux évaluer les 7 500 Ehpad français et s’assurer de leur transparence, le ministre de la Santé Olivier Véran et la ministre déléguée chargée de l’Autonomie Brigitte Bourguignon ont présenté un « vaste plan de contrôle » mardi (8 mars).
Cette série de mesures intervient à la suite des révélations du journaliste Victor Castanet qui témoignait, le 26 janvier dernier, dans son livre Les Fossoyeurs, de nombreux cas de maltraitance dans des Ehpad du groupe Orpea. L’affaire a fait grand bruit et semble s’inviter jusque dans la campagne présidentielle.
« La parution du livre de Victor Castanet, dont le travail mérite d’être salué, a suscité une émotion très vive », a déclaré Olivier Véran lors de sa visite mardi, avec Brigitte Bourguignon, dans un Ehpad du Val-de-Marne. Les deux ministres ont témoigné leur « colère » et leur « indignation ».
Sur les 7 500 Ehpad en France, seuls 10% d’entre eux sont évalués chaque année. Pour remédier à ce problème, M. Véran et Mme Bourguignon ont pour ambition d’évaluer tous les Ehpad de France en deux ans via une campagne de contrôle, notamment avec l’aide des Agences régionales de santé (ARS).
« Pour renforcer les Agences régionales de santé dans cet exercice de contrôle de grande ampleur, nous recrutons des personnels supplémentaires et ce sont 150 équivalents temps plein supplémentaires qui seront affectés à ces missions », a détaillé Olivier Véran.
Ces contrôles s’accompagneront d’un contrôle financier « accru » par la chambre régionale des comptes.
« Pour recréer la confiance, nous voulons une transparence totale sur les services rendus, sur les tarifs, sur le budget quotidien alloué aux repas, et sur toute une série d’indicateurs qui devront être mis à la disposition des résidents et des familles », a affirmé le ministre.
Plateforme en ligne pour dénoncer les cas de maltraitance
Le gouvernement souhaite fournir plus d’outils aux résidents et renforcer le rôle des familles pour se protéger des mauvaises pratiques en maison de retraite et leur permettre, notamment, de reporter des signalements de manière simple et efficace.
« Nos concitoyens nous disent également qu’ils sont confrontés à des difficultés d’accès à l’information sur les droits et les offres de prise en charge, pour les personnes âgées et leurs proches aidants », a expliqué Olivier Véran.
Pour cela, une plateforme en ligne sera créée, où il sera possible de signaler des cas d’abus ou de maltraitance dans un établissement. Le 39 77, numéro national pour lutter contre les maltraitances faites aux personnes âgées, sera, lui, doté d’un million d’euros supplémentaire.
Les nouvelles mesures prévoient également de renforcer la « médiation » entre les différents acteurs des Ehpad, aussi bien les résidents que les familles ou le personnel soignant.
Afin que « tout soit transparent », une publication annuelle avec des indicateurs allant jusqu’à dix, ainsi qu’une enquête de satisfaction obligatoire, permettront de comparer les établissements et d’ « améliorer la qualité de vie des patients », selon le cabinet du ministère de la Santé.
Le ministre de la Santé annonce également organiser des formations pour les 400 000 professionnels travaillant dans les Ehpad afin qu’ils soient en mesure de détecter des cas de maltraitance.
Si les mesures annoncées par Olivier Véran et Brigitte Bourguignon concernent majoritairement les conditions de vie des personnes âgées en Ehpad, certaines visent aussi la fin de vie à domicile. Le bien vieillir, à domicile ou dans un Ehpad, concerne en tout 750 000 personnes en France.
Le gouvernement parle d’un véritable « virage domiciliaire » qui témoigne d’ « un changement de culture, un changement de braquet et un changement de modèle ».
En ce sens, un plan pour lutter contre les chutes chez les personnes âgées a été présenté le 21 février dernier avec pour objectif de réduire les chutes mortelles ou entraînant une hospitalisation de 20 % d’ici 2024.
« Vieillir chez soi n’est pas une demande extravagante, ça n’est pas un caprice », a martelé le ministre de la Santé.
En parallèle des annonces de Mme Bourguignon et M. Véran, les syndicats CGT et FO ont lancé un appel à la grève, mardi, dans les Ehpad du groupe Orpea et les cliniques de sa filiale Clinea. Ils demandent une augmentation salariale et la prise en compte de la pénibilité de leur métier.