Artur Runge-Metzger envisage la signature d’un accord à Durban

La feuille de route 2020 pour un accord sur le climat similaire à celui de  Kyoto devra suivre un calendrier fondé sur des faits scientifiques et sur des actions visant à réduire les émissions de CO2 bien avant cette date, a déclaré le responsable européen des négociations climatiques, Artur Runge-Metzger, lors d’un entretien exclusif accordé à EURACTIV.

EURACTIV.com
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La feuille de route 2020 pour un accord sur le climat similaire à celui de  Kyoto devra suivre un calendrier fondé sur des faits scientifiques et sur des actions visant à réduire les émissions de CO2 bien avant cette date, a déclaré le responsable européen des négociations climatiques, Artur Runge-Metzger, lors d’un entretien exclusif accordé à EURACTIV.

Il a toutefois insisté sur l'absence d'un « plan B ».

« Nous espérons des résultats concrets, et cela semble possible, étant donné ce que nous avons pu entendre et voir au cours des dernières semaines », a affirmé M. Runge-Metzger lors d'un entretien téléphonique depuis Durban. 

L'idée d'imposer au monde des objectifs obligatoires en matière d'émissions de gaz à effet de serre semble irréalisable, alors que les espoirs de conclusion d'un accord lors du sommet de Durban sur le changement climatique qui commence aujourd'hui (28 novembre) se sont évanouis.  

Selon M. Runge-Metzger, le délai de mise en œuvre fixé à 2015 par la commissaire à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, était indispensable afin que soient pris en compte un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), prévu pour octobre 2014, ainsi qu'un rapport de l'ONU prévu pour 2015.

« Nombreux sont ceux qui disent que l'UE ne fait que reporter toute forme d'action à après 2020 », a-t-il expliqué. « Ce n'est pas le cas, car la prochaine série de négociations dépendra sans aucun doute des avancées de la science. »

Un autre négociateur présent à Durban a déclaré à EURACTIV que cette idée était en train de gagner du terrain. « Beaucoup d'acteurs iront dans ce sens, et il y a de grandes chances que nous aboutissions à un prolongement du protocole de Kyoto, à moins que la situation ne tourne vraiment mal. », a-t-il affirmé.

D'après M. Runge-Metzger, l'idée de la feuille de route  dispose « du soutien ferme » de pays en développement en Afrique, en Amérique du Sud, et dans les petits Etats insulaires.

Toutefois,  « La Chine fait partie des quelques pays qui pensent qu'un tel accord à Durban serait prématuré », a-t-il ajouté. « Dans ce contexte, l'empire du Milieu est un partenaire de négociation difficile. »

 « Occupy Durban »

A Durban, il sera difficile d'obtenir un consensus de la part d'un groupe de négociateurs épuisés et abattus suite à un appel diplomatique, la semaine dernière,  à « occuper » le l'endroit où aura lieu le sommet.

Pour qu'un accord soit conclu, les décideurs devront trouver un moyen de faire pression sur les pays émetteurs de dioxyde de carbone récalcitrants, comme les Etats-Unis, le Canada, la Russie et le Japon, qui ne sont pas favorables à une seconde série d'obligations en matière de réduction des émissions.

Les écologistes craignent que ces Etats empêchent l'élaboration d'un plan d'action pertinent à Durban, même si un rapport publié la semaine dernière par l'Organisation météorologique mondiale mettait en évidence les niveaux record d'émissions de CO2 atteints en 2010. Selon les conclusions d'une autre étude menée par le GIEC, le changement climatique est responsable de l'augmentation de la fréquence des évènements climatiques extrêmes.

Un récent rapport de l'Agence internationale de l'énergie a également conclu que selon les tendances actuelles, la possibilité de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés devrait prendre fin en 2017, agitant ainsi le spectre des catastrophes climatiques.

« La porte ne sera pas fermée, mais la situation sera extrêmement difficile », a assuré M. Runge-Metzger. « Nous devons donc absolument prendre des initiatives avant cette date.  Nous devrons également tous mettre en œuvre ce qui a été décidé à Cancun et éventuellement envisager davantage de progrès. »

Un fonds pour le climat

L'engagement le plus ambitieux de Cancun était d'élaborer un fonds vert pour le climat fondé sur un financement annuel de 100 milliards de dollars (75,1 milliards d'euros). Ce fonds était destiné à aider les pays pauvres à s'adapter aux effets du changement climatique et à les atténuer.

Mais il a été remis en cause, en partie par le refus récent des Etats-Unis de le soutenir, un fait que M. Runge-Metzger a considéré comme « un aspect des négociations ».

Par ailleurs, les pays en développement se sont fermement opposés à la proposition de tirer ces fonds du secteur privé, qu'ils considèrent comme peu fiable, et à la proposition visant à les obliger de rejoindre les pays de « l'annexe II » du protocole de Kyoto, qui sont soumis à des obligations de réduction d'émission. 

« Il est évident que les engagements des pays pauvres seront moindres », a déclaré Mme Hedegaard à la presse bruxelloise le 23 novembre. « Mais d'ici 2020, pourquoi devrait-on définir ces engagements comme obligatoires pour l'Europe, et non pour les pays en développement ? »

Contrairement à 1997, année de signature du protocole de Kyoto, les pays en développement sont à présent responsables de la majorité des émissions de CO2, alors que l'Europe ne représente que 11 % de ces émissions, a expliqué Mme Hedegaard. 

Mais la plus grande part du carbone déjà présente dans l'atmosphère a été émise par les pays développés lors de la période d'industrialisation, rétorquent les pays en développement.

« La coalition des volontaires »

Pour discuter de la marche à suivre, l'UE a organisé depuis mi-octobre plusieurs réunions informelles réunissant les pays du G77 et la Chine. Selon certains négociateurs, la possibilité d'une « coalition des volontaires » a été envisagée dans l'éventualité ou aucun accord international ne serait conclu.   

M. Runge-Metzger a affirmé que les négociations portant sur des limites et des objectifs minimaux n'auraient lieu que lors des quatre derniers jours du sommet, en présence des ministres.

« Il s'agit de décisions politiques prises à la dernière minute, vous serez donc informés à ce moment-là », a-t-il plaisanté. Mais un échec des négociations ne serait pas sans conséquences.

« Si les négociateurs ne parviennent pas à se mettre d'accord, je pense que le public perdra toute confiance dans le processus de négociation », a-t-il affirmé.

« Les conséquences pourraient être très lourdes. Le public et les chefs d'État surveillent le sommet de très près, et cela ne fait qu'augmenter la pression sur les négociations ».