Au congrès du parti socialiste allemand, Olaf Scholz prononce son éloge funèbre politique

Lors du rassemblement du Parti social-démocrate allemand (SPD), à la veille d'élections qui, selon les sondages, s'annoncent comme les plus brutales de l'histoire du parti, ce qui devait être un cri du cœur d'Olaf Scholz s'est transformé en râle.

EURACTIV.com
German Social Democrats (SPD) Hold Party Congress As Federal Elections Near
Le chancelier allemand et membre dirigeant des sociaux-démocrates allemands (SPD) Olaf Scholz (au centre), Lars Klingbeil (à gauche), codirigeant du SPD, et Saskia Esken (à droite), codirigeante du SPD, arrivent au congrès du parti SPD le 11 janvier 2025 à Berlin, en Allemagne. [Carsten Koall/Getty Images]

BERLIN — Lors du rassemblement du Parti social-démocrate allemand (SPD), à la veille d’élections qui, selon les sondages, s’annoncent comme les plus brutales de l’histoire du parti, ce qui devait être un cri du cœur d’Olaf Scholz s’est transformé en râle.

« Battons-nous ! », s’est exclamé le chancelier allemand de son ton monocorde à la fin d’un discours de près d’une heure prononcé lors de la convention de son parti ce week-end.

Regardant les délégués, Olaf Scholz, debout dans son habituelle chemise blanche et costume sombre, a levé un poing fermé pendant une fraction de seconde. Mais sa tentative timide de salut ouvrier a suscité plus de confusion que d’euphorie, les délégués se demandant si c’était la fin de son discours.

Ce n’est qu’après qu’il se soit éloigné du podium que la foule a compris que le moment de l’ovation rituelle avait sonné.

Cet épisode a marqué la fin d’une convention peu animée, au cours de laquelle le SPD a approuvé la candidature d’Olaf Scholz en tant que tête de liste, ainsi que le manifeste du parti pour les élections fédérales anticipées de février.

Six semaines avant le scrutin, le SPD (Socialistes et Démocrates européens) recueille environ 15 % des suffrages, soit moins de la moitié de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, Parti populaire européen), qui arrive en tête. Les sociaux-démocrates sont également sept points derrière le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des nations souveraines).

Avec les Verts (Les Verts/ALE) à 14 %, de nombreux sociaux-démocrates craignent d’être relégués à la quatrième place, ce qui constituerait de loin le pire résultat de l’histoire du parti, vieux de plus de 160 ans.

Une telle implosion balaierait presque certainement non seulement Olaf Scholz, mais aussi l’ensemble de la direction du SPD.

Elle ouvrirait également la voie à de nouveaux visages, dont le ministre de la Défense Boris Pistorius, considéré comme le responsable politique le plus populaire d’Allemagne, qui pourrait prendre les rênes du parti.

Au début de la campagne, certains fidèles du parti ont tenté brievement de recruter Boris Pistorius comme Spitzenkandidat (candidat tête de liste) du parti. Mais ce dernier s’est retiré de la compétition — peut-être trop tard — pour céder le terrain à Olaf Scholz.

« J’aurais peut-être dû mettre fin à cette coalition plus tôt »

Compte tenu de l’état lamentable de l’économie allemande — qui stagne depuis cinq ans et est en récession depuis deux — le SPD n’a pas beaucoup d’arguments à faire valoir.

Un an avant la fin de la législature, Olaf Scholz a mis fin à sa coalition malheureuse avec les libéraux conservateurs du Parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe), et les Verts, dans un climat de profonde discorde.

Mais c’était probablement trop tard.

Après sa victoire inattendue à l’élection de 2021, lors de laquelle il avait été sous-estimé par ses adversaires, Olaf Scholz quittera — presque inévitablement d’après les sondages — le poste de chancelier avec le taux d’approbation le plus bas pour ce rôle depuis la Seconde Guerre mondiale.

Cette réalité planait dans la salle du congrès du SPD, conférant à l’événement une atmosphère funèbre. Avec son attitude sombre et son manque de vigueur, le discours d’Olaf Scholz aurait d’ailleurs facilement pu être pris pour un éloge funèbre.

Et d’une certaine manière, c’est exactement ce qu’il a fait.

Les applaudissements les plus enthousiastes qu’Olaf Scholz a reçus au cours de son allocution sont survenus lorsqu’il a reconnu qu’il aurait dû « lever le pied plus tôt » pour mettre un terme aux querelles internes au sein de l’impopulaire coalition tripartite qu’il dirigeait.

Un autre moment qui a plu à la foule, est lorsqu’il a déclaré : « j’aurais peut-être dû mettre fin à cette coalition plus tôt ».

Néanmoins, cela n’aurait pas fait une grande différence. Comme les électeurs du monde entier, les Allemands veulent des résultats, pas des excuses, et les résultats du chancelier démissionnaire ont été qualifiés d’échec sur un certain nombre de fronts, de l’économie à l’immigration.

L’histoire se souviendra probablement de lui comme d’une figure de transition insignifiante entre les seize années de règne d’Angela Merkel et ce qui viendra ensuite.

[Édité par Alice Bergoënd et Anna Martino]