Au meeting d’Emmanuel Macron, le « danger » Marine Le Pen pris au sérieux
Les membres du gouvernement et les cadres du parti présidentiel se réjouissent d’un rendez-vous réussi à leurs yeux, mais insistent sur le danger que représente la concurrente principale du président sortant, Marine Le Pen.
Lors du premier et dernier meeting d’Emmanuel Macron samedi 2 avril au stade La Défense Aréna, EURACTIV France a pu constater que les militants, les membres du gouvernement et les cadres du parti présidentiel se réjouissaient d’un rendez-vous réussi à leurs yeux, mais insistaient sur le danger que représente la concurrente principale du président sortant, Marine Le Pen.
Aussi bien les adhérents que les personnalités politiques attendaient avec impatience ce premier meeting du président et candidat à sa réélection, qui a tardé à entrer dans la course à l’Élysée, notamment en raison de la guerre en Ukraine, qui l’a obligé à rester mobilisé sur les dossiers internationaux – au risque de négliger la campagne électorale.
Enfin en campagne
« C’est bien qu’il descende dans l’arène », se réjouit un élu du parti présidentiel après des semaines d’attente, regrettant à demi-mot que cela ne se produise pas plus tôt. Et il n’est pas le seul à penser que des moments précieux ont été perdus dans la campagne, en laissant ainsi le champ libre aux opposants.
« Avec les règles du temps de parole, on a un peu l’impression de se faire avoir » nous glisse un membre de la campagne de M. Macron. De quoi pénaliser le président sortant, qui ne s’était que très peu exprimé en tant que candidat avant cette période d’égalité, selon l’analyse de ce même cadre.
Depuis fin mars, l’égalité stricte impose aux chaînes de télévision et aux radios de consacrer exactement le même temps de parole et d’antenne à chacun des douze candidats. « À la télé, on n’a rien vu de la dernière partie du discours, qui était la plus touchante et la moins [technocratique] », s’attriste un fan de la première heure au lendemain du meeting.
Le fantôme Le Pen
Mais les macronistes apparaissent plus inquiets qu’auparavant du « danger Le Pen ». Omniprésente dans les esprits de chacun de nos interlocuteurs, les ministres et les cadres martèlent tous le même message : « il faut arrêter de banaliser Marine Le Pen », nous lance Élisabeth Borne, ministre du Travail. Et de poursuivre : « elle a un vernis beaucoup plus sympathique, mais derrière c’est l’extrême droite […] c’est une alliée de Poutine, c’est la sortie de l’euro, c’est la sortie de l’Europe ».
Pour rappel, le Frexit et l’abandon de la monnaie unique ne figurent plus dans le programme de Mme Le Pen de 2022. Certaines mesures qu’elle propose sont malgré tout en contradiction parfois profonde avec les traités européens, ce qui reviendrait dans certains cas à une sortie de fait du système européen tel qu’il existe – en ce qui concerne la liberté de circulation des marchandises et des personnes en particulier.
Inquiète de la possibilité d’une faible mobilisation de l’électorat, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du Logement, a aussi insisté sur le fait de « rappeler qui elle [Marine Le Pen] est » : entre « la préférence nationale » pour les emplois et les logements et la « suppression de la contribution européenne », Mme Le Pen continue de porter un programme d’extrême droite.
Mais pourquoi autant d’alarmisme ? « Le front républicain se lézarde » se désole Éric Woerth, député Les Républicains, soutien récent du président sortant et fin connaisseur de la droite traditionnelle. Puisque le risque existe que plusieurs élus et électeurs de droite soient tentés par l’extrême droite – d’Éric Zemmour notamment –, le front républicain, qui l’avait empêchée jusqu’ici d’arriver au pouvoir, en ressort très fragilisé.
Peu après le discours d’Emmanuel Macron, le maire de Poissy Karl Olive – un proche du président –, qui voit aussi dans l’extrême droite un « danger », s’inquiète que « dans les temps de crise les extrêmes se rejoignent, et là on n’en est pas loin ».
Malgré tout, François Bayrou veut croire que contre Marine Le Pen, « ça se jouera au débat. Emmanuel Macron est mieux armé au réel qu’elle » nous confie-t-il.
Avant de mettre en garde militants et électeurs qui seraient trop sûrs de la victoire de M. Macron : « une présidentielle, ce n’est jamais gagné d’avance. Une présidentielle c’est difficile » avance le centriste, qui a concouru deux fois à l’élection suprême, sans succès, en 2007 et en 2012, pour ensuite soutenir Emmanuel Macron en 2017.
En tout état de cause, la crainte diffuse dans le parti présidentiel est que le « tout sauf Macron » l’emporte le 24 avril prochain, avec une convergence des électeurs les plus radicaux ou anti-Macron, de droite comme de gauche, sur celui ou celle qui fera face au président sortant, s’il était qualifié au second tour. Et les dernières enquêtes d’opinion ne sont pas encourageantes pour le camp présidentiel, qui répète désormais que « Marine Le Pen peut gagner ».