Au parlement allemand, les députés déploient des stratagèmes pour tenir l’extrême droite à l’écart
Bien que l’AfD, parti d’extrême droite, soit devenue la deuxième force politique au Bundestag, elle a été écartée des postes à responsabilité au sein de l’hémicycle mercredi 21 mai lors de la première réunion des commissions parlementaires depuis les élections de février.
Bien que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite, soit devenue la deuxième force politique au Bundestag avec près d’un quart des sièges, elle continue de se heurter à un mur politique. Le 21 mai, lors de la première réunion des commissions parlementaires depuis les élections de février, ses candidats ont une nouvelle fois été écartés des postes à responsabilité au sein de l’hémicycle.
Ce blocage, devenu une routine à Berlin, s’appuie sur la conviction largement partagée par les députés que l’AfD est trop radicale pour être traitée comme une formation politique ordinaire. En conséquence, les usages habituels du parlement sont contournés afin de l’empêcher d’accéder à des postes clés.
Traditionnellement, la répartition des présidences de commissions reflète le poids des partis au sein du Bundestag, et les candidats de l’opposition sont normalement approuvés par leurs collègues députés lors d’un vote à bulletin secret. Mais mercredi, les autres formations ont rejeté les six candidatures proposées par l’AfD, bien que celle-ci ait obtenu 20,8 % des voix lors des législatives de février. À titre de comparaison, Die Linke, parti de gauche radicale n’ayant obtenu que 9 %, a obtenu deux présidences.
Les chrétiens-démocrates de centre-droit au pouvoir avaient recommandé aux députés de ne pas soutenir les candidats de l’AfD après que les services de renseignement allemands ont officiellement désigné le parti comme un mouvement d’extrême droite au début du mois.
Dirk Wiese, le whip en chef de leur partenaire de coalition, le Parti social-démocrate (SPD), a déclaré que les précédents présidents de commission de l’AfD avaient nui à l’institution en tenant des « propos inappropriés et incendiaires ».
L’hostilité envers l’AfD remonte à 2017, année de son entrée au Bundestag. Cette année là, le parti avait décidé de présenter Stephan Brandner à la présidence de la commission des Affaires juridiques, malgré ses liens étroits avec la frange extrémiste du parti.
À peine deux ans plus tard, Stephan Brandner est devenu le premier président de commission de l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre à être démis de ses fonctions après avoir tenu des propos choquants en ligne sur les mémoriaux dédiés aux victimes d’un attentat terroriste d’extrême droite.
En parallèle, l’AfD s’est aussi vue systématiquement refuser les postes de vice-président du parlement, une pratique comparable à celle en vigueur au Parlement européen, où l’extrême droite est largement tenue à distance des postes stratégiques.
Un consensus qui s’effrite ?
Cependant, il devient de plus en plus difficile de tenir l’extrême droite à l’écart. Depuis les dernières élections, l’AfD a même temporairement pris la tête de certains sondages.
Le consensus centriste qui prévalait jusqu’ici à Berlin commence à se fissurer. Certains responsables de centre-droit, comme Jens Spahn (CDU), ont récemment exprimé leur mécontentement à l’égard de cette stratégie.
Il suggère de « traiter l’AfD comme un parti d’opposition au même titre que n’importe quel autre parti d’opposition en termes de procédures et de processus » et estime que les électeurs qui ont soutenu l’AfD doivent être « pris au sérieux ».
Le poids politique croissant de l’AfD et l’affaiblissement du centre ont également nécessité des solutions de contournements. Par exemple, les chrétiens-démocrates ont été contraints de s’allier à Die Linke afin de réunir une majorité des deux tiers sans avoir à se tourner vers l’AfD au sein du parlement.
Les chrétiens-démocrates, en particulier, craignent que le fait de continuer à exclure l’extrême droite — et de contourner les règles pour y parvenir — ne finisse par profiter à l’AfD en renforçant son image anti-establishment.
Bloquer les candidats de l’AfD aux présidences de commissions leur aurait permis de « conserver leur statut de martyrs », avait averti le mois dernier le chrétien-démocrate Johann Wadephul, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]