Austérité : la gauche allemande plus tendre avec Angela Merkel que les socialistes français

Même si des socialistes français ont lancé une attaque personnelle contre la gestion financière d’Angela Merkel dans leur feuille de route européenne, leurs homologues allemands de centre-gauche jouent un jeu plus subtil. Un reportage d’EURACTIV France.

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Même si des socialistes français ont lancé une attaque personnelle contre la gestion financière d’Angela Merkel dans leur feuille de route européenne, leurs homologues allemands de centre-gauche jouent un jeu plus subtil. Un reportage d’EURACTIV France.

En amont des élections de septembre au Bundestag, les sociaux-démocrates allemands (SPD) sont confrontés à la lourde tâche de se démarquer de la droite tout en s'engageant à maintenir les finances allemandes sans bafouer Angela Merkel.

Les socialistes français dénoncent plus facilement « l'intransigeance égoïste » de la chancelière allemande et ses politiques d'austérité à l'échelle européenne que l'Allemagne, en raison du déficit économique de la France. L’outre-Rhin enregistre toujours une croissance économique et Mme Merkel y est très populaire. La forte gestion financière allemande trouve en outre son origine historique dans l’inflation élevée des années 1930.

Les sociaux-démocrates allemands semblent donc plus diplomates que leurs homologues français et inscrivent les critiques dans le cadre d'un « débat » plus vaste à l'échelle européenne.

« Il faut distinguer le niveau de coopération entre les gouvernements et les chefs d’État d’un côté, et les partis politiques d’autre part », a déclaré Axel Schäfer, vice-président du groupe SPD au Bundestag. « Elle augure un débat normal entre les familles politiques à l’échelle européenne. »

Selon Hannes Swoboda, le chef de file du Groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen, la chancelière « n’a pas à s’étonner des critiques des socialistes français ».

« Débattons sérieusement du rôle qu’elle a », a-t-il ajouté. Pour d'autres responsables politiques allemands de gauche, il est temps de passer à l'offensive.

« [Angela Merkel] pique les idées des autres puis met son tampon dessus, comme sur le salaire minimum. Ils sont en campagne et n’ont rien contre une approche offensive », a déclaré Hélène Miard-Delacroix, professeure de civilisation à la Sorbonne de Paris et spécialiste de l’Allemagne.

Le 23 mai, François Hollande sera l’hôte du SPD, qui fêtera ses 150 ans d’existence et qui prend racine dans le mouvement ouvrier allemand. Malgré sa longévité, le SPD est aujourd’hui rattrapé par une crise de crédibilité et dans ces conditions, s’afficher avec un président hautement impopulaire prend un tour ironique…

Des relations saines avec la France permettraient de persuader les Allemands que le SPD est prêt à gouverner. « Les sociaux-démocrates doivent montrer qu’ils peuvent gouverner et la bonne entente avec la France fait partie des données de base », a indiqué Hélène Miard-Delacroix.

La question lancinante des euro-obligations

Des points de convergence se dégagent entre la feuille de route du Parti socialiste français (PS) et les projets du SPD tels que l’introduction d’un salaire minimum à l’échelle européenne, décliné en fonction des réalités nationales. « Nous avons besoin d’une loi, car les syndicats ne sont pas tous assez forts en Europe », a déclaré M Schäfer, favorable à l’introduction d’un taux horaire de 8,50 euros en Allemagne, alors que la droite préfère s’en remettre à des accords de branche ou d’entreprise.

Les partis tombent également d'accord sur une taxe sur les transactions financières. Le SPD est ouvert à l’idée d’en faire une ressource nouvelle du budget communautaire, contrariant ainsi l'avis d'Angela Merkel. « Nous avons besoin d’investissements d’avenir pour contrer la récession. Les recettes issues de la taxe pourraient être utilisées à cette fin, par les États et par l’Union européenne », a déclaré Udo Bullmann, un eurodéputé du SPD au Parlement européen.

La question lancinante des euro-obligations continue cependant de susciter tous les espoirs ou toutes les craintes. Le PS soutient l’émission en commun de « titres de dette à maturité courte » (les « EU bills ») pour permettre aux États membres de la zone euro de faire face à des difficultés de financement de leur dette sur une courte période. Il évoque également la « mutualisation à grande échelle des dettes des États membres de la zone euro ». Conscient que l'Allemagne ne garantirait probablement pas ce système, le SPD adopte, pour sa part, une approche plus subtile.

Jouer les pompiers

Le SPD préfère soutenir une solution moins ambitieuse à la crise de la dette, fondée sur la constitution d’un « fonds de rédemption » qui amasserait toutes les dettes des pays de la zone euro au-delà de 60 % du PIB. L’instrument international serait capable d’émettre des obligations visant à refinancer la dette dans des conditions favorables (taux d’intérêt plus bas), grâce à la garantie des États membres.

Cela permettrait de « stopper la spéculation contre les pays de la zone euro », a déclaré M. Bullmann. « Il ne s’agit pas d’une question de foi, mais plutôt d’un instrument par lequel aucun pays ne sera étiqueté comme trésorier de l’UE. »

La durée de ce fonds serait de 25 ans, le temps nécessaire au remboursement de l'ensemble des dettes. « Le SPD ne veut pas que le contrôle de la BCE sur les banques nationales ne s’exerce au-delà de 5 ans », a déclaré Mme Miard-Delacroix. « Ils acceptent que l’on joue les pompiers, mais seulement sur une période limitée ».

D’où le désaccord persistant sur la recapitalisation directe des établissements bancaires. Pour le SPD, le mécanisme européen de stabilité reste un « parapluie pour sauver les États, mais pas les banques », a-t-elle ajouté.

Dans un entretien accordé au quotidien français Le Monde, Peer Steinbrück, le candidat du SPD à la chancellerie, avait déclaré qu'il était en faveur d'une union bancaire, mais avait ouvertement écarté l’idée d’une garantie des dépôts à l’échelle européenne. « Je ne crois pas que nous puissions avoir rapidement un fonds européen commun », a-t-il déclaré. « Je ne pourrais pas persuader une caisse d’épargne allemande de payer pour une banque étrangère qui a ignoré les risques et pris de mauvaises décisions ».