Avant toute négociation de paix avec la Russie, l’Ukraine veut renforcer sa position

L’Ukraine a besoin de garanties de sécurité et concernant son adhésion à l’OTAN ainsi que de plus d’armes pour renforcer sa position avant d’entamer des négociations avec la Russie, a affirmé le président Volodymyr Zelensky dimanche 1er décembre.

EURACTIV.com
[Office of the President of Ukraine]
Bureau du président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky. [Bureau du président de l'Ukraine]

Cet article a été mis à jour avec des déclarations du chef de la diplomatie russe.

L’Ukraine a besoin de garanties de sécurité concernant son adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ainsi que de plus d’armes pour renforcer sa position avant d’entamer des négociations avec la Russie, a affirmé le président Volodymyr Zelensky dimanche 1er décembre.

« Une invitation à rejoindre l’OTAN est nécessaire à notre survie », a déclaré le président ukrainien après s’être entretenu avec le président du Conseil européen António Costa, la Haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité Kaja Kallas, et la commissaire chargée de l’Élargissement Marta Kos à Kiev. Un « bon nombre » d’armes à longue distance seraient également utiles, a-t-il ajouté.

« Si nous avons un conflit gelé sans position forte de l’Ukraine, Vladimir Poutine reviendra dans deux, trois ou cinq ans », a-t-il averti.

Deux jours plus tôt, il semblait que la position de Volodymyr Zelensky à l’égard d’éventuels pourparlers sur un cessez-le-feu avait changé, puisqu’il avait appelé l’OTAN à offrir des garanties de protection aux régions de l’Ukraine contrôlées par Kiev afin de « mettre fin à la phase chaude de la guerre ». Actuellement, Moscou divise plus de 18 % du pays.

Lors d’une conférence de presse aux côtés du nouveau président du Conseil européen, António Costa, les journalistes lui ont demandé de clarifier sa position. Le président ukrainien a déclaré que toute invitation à rejoindre l’alliance devait s’appliquer à l’ensemble du territoire ukrainien. Ensuite, Kiev pourra planifier des pourparlers de paix avec son agresseur, a poursuivi Volodymyr Zelensky.

Il a toutefois accepté que le bouclier de sécurité de l’OTAN ne s’applique pas aux parties de l’Ukraine qui sont occupées par la Russie tant que la guerre est en cours.

Volodymyr Zelensky a également déclaré qu’il était encore temps pour les États-Unis qui, sous la direction du président sortant Joe Biden, s’y sont opposés de convaincre d’autres « sceptiques », dont l’Allemagne ou la Hongrie, que l’Ukraine devrait être invitée à rejoindre l’alliance militaire occidentale.

Les responsables ukrainiens ont suggéré que la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN qui aura lieu cette semaine serait le bon moment pour faire un dernier effort avant que l’administration Trump ne prenne le relais à la Maison-Blanche.

Selon le président Zelensky, une fois que l’Ukraine aura renforcé sa position, les représentants de l’UE et de l’OTAN devraient également participer à d’éventuelles négociations avec la Russie.

« Nous nous considérons comme de futurs membres de ces organisations », a affirmé Volodymyr Zelensky, indiquant que cela excluait toute hypothèse de future neutralité pour son pays.

La question délicate des troupes

La nouvelle Haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, a affirmé que pour Kiev, « la garantie de sécurité la plus solide est l’adhésion à l’OTAN ». Le soutien de l’Europe à Kiev devrait rester sans limites et la possibilité de déployer des troupes à l’avenir devrait être envisagée afin de maintenir une ambiguïté stratégique vis-à-vis de la Russie.

Selon l’Estonienne, l’Europe devrait « jouer un rôle » en cas de cessez-le-feu, et il serait nécessaire d’envoyer des troupes pour vérifier que celui-ci est bel et bien respecté.

« Jusqu’à présent, les discussions ont porté sur les pays qui seraient prêts à envoyer des soldats en Ukraine et ceux qui ne le seraient pas. Je pense que rien ne doit être exclu », a-t-elle poursuivi.

Plusieurs diplomates de l’UE ont confirmé que les discussions sur ce sujet restent délicates, mais qu’elles se déroulent dans les coulisses des capitales européennes. Ils ont toutefois précisé qu’il ne s’agissait pour l’instant que de discussions théoriques.

« Nous ne demanderons jamais l’envoi de troupes sur notre territoire […]. Le voulons-nous ? Oui, bien sûr, nous en serions heureux […] Parce que [Vladimir Poutine] est allié à la Corée du Nord et à l’Iran, alors que nous nous battons seuls. Oui, avec l’aide de nos partenaires — et nous leur en sommes reconnaissants — mais sur le terrain, nous nous battons seuls », a déclaré le Volodymyr Zelensky en réponse à la question d’un journaliste.

Mais « si je soulève la question du besoin de troupes étrangères, qu’elles viennent de l’OTAN ou d’ailleurs, la moitié de nos alliés cesseront immédiatement leur soutien — c’est un risque que je ne peux pas prendre », a-t-il ajouté.

« Si vous me demandez si nous le voulons, oui, nous ne pouvons pas dire non à un soutien ou à une assistance significatifs de nos partenaires à l’égard de l’Ukraine. »

Qu’en est-il du soutien de l’UE ?

« Nous serons aux côtés de l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire et quoi qu’il en coûte », a déclaré António Costa à côté de Volodymyr Zelensky dans le palais Mariinsky à Kiev.

« Nous sommes à vos côtés depuis le tout premier jour de cette guerre d’agression et vous pouvez compter sur nous pour continuer à vous soutenir », a-t-il ajouté.

Le nouveau président du Conseil européen a confirmé que d’ici la fin de l’année, l’UE aura alloué 4,2 milliards d’euros à l’Ukraine et qu’en 2025, elle transférera chaque mois 1,5 milliard d’euros provenant des profits des avoirs russes gelés qui ont été saisis en Europe.

Il a également annoncé que l’UE continuerait à faire pression sur l’économie russe avec un quinzième paquet de sanctions. Les diplomates européens ont toutefois averti qu’il était peu probable que ces mesures soient approuvées avant la fin de la présidence hongroise de l’UE, à la fin du mois de décembre.

En ce qui concerne l’aide militaire de l’UE, les options semblent toutefois limitées.

Bien que l’UE ait atteint son objectif de fournir à l’Ukraine un million de munitions ce mois-ci, la plupart des efforts d’assistance n’ont pas abouti en raison d’un manque d’unité et du veto ferme de la Hongrie sur le fonds provenant de la Facilité européenne pour la paix de l’Union.

Selon des fonctionnaires européens, le prochain sommet des dirigeants de l’UE, qui se tiendra à la mi-décembre, devrait être l’occasion d’insister sur une augmentation de l’aide militaire de l’UE.

Les Occidentaux veulent réarmer l’Ukraine

Lundi 2 décembre, la Russie a accusé les Occidentaux de vouloir un cessez-le-feu en Ukraine pour se donner le temps de réarmer les troupes ukrainiennes à la peine sur le champ de bataille, rapporte l’AFP.

Dans les chancelleries occidentales, « on commence à parler d’un cessez-le-feu comme un moyen pour donner un répit à l’Ukraine et pour se donner l’occasion de gaver à nouveau l’Ukraine avec des armes modernes à longue portée », a dénoncé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, recevant à Moscou son homologue hongrois, Peter Szijjarto.

« Ce n’est certainement pas la voie de la paix », a-t-il encore déploré.

« Nous sommes prêts à négocier », a assuré Sergueï Lavrov, ajoutant que Moscou voulait que d’éventuelles négociations avec Kiev et les Occidentaux soient « menées sur la base d’une prise en compte globale des intérêts légitimes de chaque partie ».

[Édité par Anna Martino]