Avenir incertain pour le Portugal après la démission de Socrates

Les Européens réunis à Bruxelles pourraient faire pression sur Lisbonne pour accepter une aide internationale l’aidant à financer sa dette.

EURACTIV.fr
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Les Européens réunis à Bruxelles pourraient faire pression sur Lisbonne pour accepter une aide internationale l’aidant à financer sa dette.

Le Premier ministre portugais José Socrates a démissionné, mercredi 23 mars, après le rejet par le parlement des mesures d’austérité proposées par le gouvernement socialiste minoritaire.

José Socrates avait averti que le rejet de ce nouveau train de mesures contraindrait le Portugal, à l’instar de la Grèce et de l’Irlande, à solliciter une aide internationale, une solution à laquelle il est hostile.

Socrates et les socialistes, ainsi que la plupart des petites formations, s’opposent à un plan de sauvetage, qui serait sans doute assorti de sévères restrictions budgétaires. Le Portugal garde un mauvais souvenir d’une période d’austérité ordonnée par le Fonds monétaire international dans les années 1980.

Mesures arbitraires

Les sociaux-démocrates ont notamment dénoncé dans le dernier programme d’austérité du gouvernement des mesures arbitraires, trop sévères envers les retraités.

Mais ils soutiennent l’idée d’une réduction du déficit budgétaire, prévu à 4,6% du produit intérieur brut en 2011, et pourraient simplement s’être appuyés sur la controverse pour provoquer une crise et accéder au pouvoir.

Le Parti social-démocrate (PSD) a assuré qu’il respecterait l’engagement des socialistes de ramener le déficit à 2% du PIB en 2013. Il n’a en revanche pas exclu de solliciter une aide internationale. Son chef de file, Pedro Passos Coelho, a déjà suggéré qu’il comptait se prémunir contre les retombées politiques d’une telle décision en l’imputant à la gestion des socialistes.

Le président Anibal Cavaco da Silva a chargé Socrates d’expédier les affaires courantes après le sommet européen de jeudi 24 et vendredi 25 mars à Bruxelles, pendant lequel il conservera la plénitude de ses prérogatives. Des consultations avec les partis débuteront à l’issue de ce sommet.

Pression allemande

Les pays riches de la zone euro, Allemagne en tête, pourraient accentuer leurs pressions pour obliger Lisbonne à envisager une aide, afin de supprimer une source majeure d’instabilité sur les marchés européens.

Le Portugal doit rembourser 4,3 milliards d’euros d’obligations le 15 avril, puis 4,9 milliards en juin. Les semaines précédant ces échéances seraient une date logique pour requérir une aide internationale.

Si en revanche Lisbonne décide de refinancer ces bons sur le marché obligataire, et qu’il est prêt à accepter des rendements très élevés, il pourrait ne pas avoir à solliciter d’aide avant de nombreux mois. Aucune autre échéance de remboursement n’est fixée cette année après celle de juin.

A près de 7,8%, le rendement de l’emprunt portugais à 10 ans est bien supérieur au seuil de 7%, que de nombreux analystes ne jugent déjà pas viable sur le long terme. Le rendement de l’emprunt à cinq ans est même plus élevé et des inversions similaires de la courbe des rendements avaient été observées en Grèce et en Irlande l’an dernier.

Ces rendements pourraient augmenter encore à moins que le prochain gouvernement ne présente rapidement un nouveau train de mesures d’austérité, mais la formation d’un nouveau cabinet pourrait prendre plusieurs semaines.

Un responsable gouvernemental de la zone euro estimait en janvier que si le Portugal devait solliciter une aide, celle-ci atteindrait probablement entre 60 et 80 milliards d’euros.

Elections anticipées?

Le président portugais pourrait demander aux formations de s’entendre sur un nouveau Premier ministre sans passer par des élections, mais Socrates comme Passos Coelho ont jugé qu’un scrutin anticipé serait le meilleur moyen de sortir de la crise.

Le PSD est en tête des sondages depuis plusieurs mois avec 35 à 38% des intentions de vote mais n’a que rarement atteint dans les enquêtes le seuil nécessaire pour disposer de la majorité absolue au parlement. Il pourrait cependant tenter de renouer une alliance avec les conservateurs du CDS-PP.