Ayrault reste flou sur la réduction des déficits en 2013
Les mesures présentées par le Premier ministre, lors de son discours de politique générale, ne permettent pas de combler les 33 milliards d’euros nécessaires pour respecter la réduction à 3% du déficit de la France en 2013.
Les mesures présentées par le Premier ministre, lors de son discours de politique générale, ne permettent pas de combler les 33 milliards d’euros nécessaires pour respecter la réduction à 3% du déficit de la France en 2013.
Une répétition des promesses de campagne formulées par François Hollande. C’est l’exercice auquel s’est livré Jean-Marc Ayrault lors de son discours de politique générale, mardi 3 juillet, à l’Assemblée nationale.
Création de deux tranches d’impôts sur le revenu à 45% et 75%, abrogation de la TVA sociale et de la défiscalisation des heures supplémentaires, retour sur l’allègement de l’ISF… toutes ces mesures étaient connues. Selon le Premier ministre, elles devront permettre à la France de ramener son déficit à 4,5% en 2012 et 3% en 2013.
« Enjeu de souveraineté »
« Le chemin du redressement budgétaire que nous avions indiqué est celui que nous empruntons », a déclaré Jean-Marc Ayrault.
Il a martelé que la dette actuelle de la France, dont le remboursement des intérêts est évalué à 50 milliards d’euros par an, avait pour conséquence « moins d’école, moins de crèche, moins d’hôpitaux, moins de transports publics ».
« La dette c’est enfin un enjeu de souveraineté nationale, une France endettée est une France dépendante vis à vis des agences de notation, vis à vis des marchés financiers », a-t-il ajouté.
Mais, pour le moment, le compte n’y est pas. Dans un rapport sur l’État des finances publiques de la France, rendu public lundi 2 juillet, la Cour des comptes estime que le gouvernement devra combler un déficit budgétaire supplémentaire évalué entre 6 et 10 milliards d’euros en 2012 et à 33 milliards d’euros en 2013. Ces chiffres, plus importants que prévu, sont en partie liés à la baisse des prévisions de croissance.
Contrairement à ce que Jean-Marc Ayrault a laissé entendre pendant son discours, le gouvernement n’avait pas totalement anticipé des taux aussi mauvais pendant la campagne. Devant les parlementaires, le Premier ministre a en tout cas reconnu que la croissance serait de 0,3% en 2012 contre les 0,4% prévu et de 1,2% en 2013 contre 1,7%.
Or, le paquet fiscal présenté par le gouvernement, et qui sera approuvé par le Parlement à l’occasion d’un collectif budgétaire en juillet, devrait rapporter aux alentours de 8 milliards d’euros, rapporte le quotidien Les Echos. L’objectif de 2012 devrait donc être atteint.
Pour faire face au trou budgétaire géant prévu pour 2013, la Cour des comptes recommande d’augmenter fortement la TVA ou la CSG. Fin mai, la Commission européenne avait elle-même préconisé d’aller au-delà de la réforme de la TVA sociale en déplaçant la pression fiscale du travail sur les taxes environnementales et la consommation.
Dans son discours, le Premier ministre a cependant confirmé que la TVA sociale serait supprimé, et n’a pas évoqué de taxation supplémentaire.
« Comment va-t-il faire? »
« Nous ne renoncerons à rien, non, non et non! » a-t-il affirmé. Avant de reprendre le crédo de François Hollande sur les efforts dans la justice : « Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaires. Je veux la justice fiscale. J’appelle à l’effort national. Mais je refuse l’austérité ».
Ni austérité, ni recettes suffisantes, combinées à une baisse de croissance… « Comment va-t-il faire? », s’interroge Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. « Pour 2013 c’est un peu un mystère, or normalement cela doit commencer à être discuté maintenant ».
Pour respecter ses objectifs européens, le gouvernement sera quoi qu’il arrive obligé de se dévoiler lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2013, à la rentrée du Parlement.
S’il suit la ligne impulsée par la Cour des comptes, « ce sera une pure folie », estime Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. Appliquée dans toute l’Europe, cette situation conduira à une « austérité sans précédent par rapport à 2010, 2011, et 2012 », qui pourrait amener une nouvelle phase de récession en dans l’UE.
Au sein de l’Union, une grande majorité d’État a pourtant rallié l’idée, défendue par François Hollande, selon laquelle la croissance doit absolument aller de pair avec la réduction des déficits.
Report des objectifs ?
Le flou laissé par le Premier ministre sur ses intentions politiques pourrait au contraire signifier que la France compte demander un report de ses engagements pour 2013.
21 pays sont encore en situation de déficit excessif en Europe. L’Espagne a déjà fait savoir qu’elle ne pourrait pas tenir les délais. Pour obtenir gain de cause, la France devrait rallier une majorité qualifiée des 27 pays de l’UE.
Mais Paris devra surtout réussir à convaincre. Une partie autrement plus difficile à jouer, qui renforcera la position d’infériorité de la France pour négocier à l’avenir avec son partenaire.
Report des objectifs ou hausse de la TVA ou de la CSG? « Je pense que François Hollande n’a pas tranché. Un certain nombre de ses ministres poussent dans ce sens (de la rigueur), d’autres freinent », explique Xavier Timbeau.
La rhétorique de Bercy consisterait à appliquer un régime de rigueur immédiatement, afin d’avoir les mains plus libre par la suite, poursuit l’économiste. Ironie de l’histoire, mardi 3 juillet, le Fonds monétaire international a préconisé aux États-Unis de ne pas réduire leur déficit de plus d’1 point en 2013, pour atteindre 6,3% du PIB et pas 5,5% comme prévu.
Pour la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, aller au-delà « serait trop rapide, compte tenu de la faiblesse de la croissance et des risques de contraction de l’économie ». La croissance américaine est évaluée à 2,3% en 2013.