Barnier : l’UE a fait suffisamment de concessions en matière agricole [FR]

L’UE est allée à « l’extrême limite » des concessions qu’elle pouvait faire pour parvenir à un accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), affirme le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, dans un entretien à EURACTIV France.

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L’UE est allée à « l’extrême limite » des concessions qu’elle pouvait faire pour parvenir à un accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), affirme le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, dans un entretien à EURACTIV France.

M. Barnier a souligné la nécessité d’un « rééquilibrage » et d’une « réciprocité » dans les négociations, insistant sur le fait que si certains Etats membres comme le Royaume-Uni peuvent se passer de l’agriculture, « ce n’est ni mon analyse, ni ma conviction ».

Les concessions européennes à l’OMC « ont été systématiquement empochées par nos partenaires, sans contrepartie », a-t-il fait remarqué, faisant écho aux récentes déclarations du président français Nicolas Sarkozy.

Lors d’un sommet en juin, le président français avait lourdement critiqué  le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, déclarant que ses propositions pour faire progresser le cycle de Doha des négociations sur le commerce mondial réduiraient la productivité agricole de l’Europe de 20% et les exportations de 10%. Exposant les conséquences sociales, il a déclaré qu’une telle approche entraînerait « 100 000 pertes d’emploi ». Cela ne se produira pas, avait-il affirmé.

La présidence française de l’UE a fait de la réforme de la politique agricole commune (PAC) l’une de ses principales priorités dont les objectifs seraient, entre autres, la cohésion territoriale et le développement durable.

« Notre ambition est effectivement d’ouvrir, lors du Conseil informel des ministres de l’Agriculture, un débat sur les orientations de la PAC après 2013 », a expliqué M. Barnier à EURACTIV France. Il a ajouté que son ambition pour la réunion du Conseil n’était pas « de faire des propositions mais de poser des questions sur lesquelles nous approfondirons nos échanges ». Il a mentionné que le débat était très influencé par des facteurs tels que le contexte international actuel de la hausse des prix des matières premières, les risques grandissants issus d’une recrudescence des incidents climatiques et les exigences sanitaires des consommateurs comme certains des facteurs qui orientent ce débat.

« Et il ne faut pas oublier l’insécurité alimentaire qui devient une question de sécurité pour notre planète », a indiqué M. Barnier, en référence aux vagues de protestations contre la crise alimentaire qui ont surgies aux quatre coins du monde en avril.

L’une des suggestions de la France sera de créer un système européen destiné à protéger les agriculteurs des risques comme le changement climatique et les crises sanitaires. Une partie de l’argent européen versé aux agriculteurs leur sera retiré pour les encourager à souscrire à des régimes d’assurance.

En ce qui concerne le « bilan de santé » de la PAC proposé par la Commission, le ministre français de l’Agriculture a dénoncé les propositions qui, selon lui, « restent dans la logique des réformes antérieures marquée par le démantèlement progressif des outils d’intervention et la généralisation du découplage des aides » versées aux agriculteurs.

« [La Commission] fait le pari que les agriculteurs sont en mesure de répondre aux signaux des marchés ». Cependant, il a affirmé que « la situation que nous vivons montre les limites des lois du marché quand on les laisse jouer en agriculture ».

Même si la plupart des Etats membres ne sont pas opposés à la réforme de la PAC dès 2013 – pour qu’elle soit compatible avec l’OMC – leurs opinions divergent sur les clauses de la réforme. La République tchèque, qui succédera à la France à la présidence de l’UE en janvier 2009, lancera les négociations sur le futur budget de la PAC à partir de 2013. La plupart d’entre eux, y compris les Tchèques, souhaitent réorienter l’aide en faveur du développement rural et verser moins de subventions aux exportations, mais la France mène l’opposition.

Pour ce qui est de la polémique sur les quotas de pêche qui oppose actuellement la France et la Commission, M. Barnier a indiqué qu’il partage l’avis de l’UE sur la préservation des ressources. Pourtant, selon lui, l’annonce de l’exécutif européen sur la fermeture de la pêche était trop tôt, dans la mesure où elle a eu lieu deux semaines avant la date fixée. Il a donc insisté : « je n’ai pas compris et je l’ai dis. J’attends que la commission me fournisse les chiffres qui ont motivées sa décision ».

Pour lire l’intégralité de l’entretien sur le site Internet d’EURACTIV France (uniquement disponible en français), cliquez ici.