Barroso assimile le débat sur la stratégie de Lisbonne à une bataille entre "modernisateurs et réact

Dans un discours à la teneur très claire, le président de la Commission européenne a défendu son programme et annoncé la réalisation d'une étude sur les coûts qu'impliquerait un renoncement aux réformes prévues dans le cadre de l'agenda de Lisbonne.

Dans un discours à la teneur très claire, le président de la Commission européenne a défendu son programme et annoncé la réalisation d’une étude sur les coûts qu’impliquerait un renoncement aux réformes prévues dans le cadre de l’agenda de Lisbonne.

Tout en soulignant l’importance des avancées permises par la construction européenne, le président de la Commission a souligné qu’il était aujourd’hui nécessaire de créer une « Europe des opportunités ». « Le marché unique commence à faire son âge,  […] il n’est pas vraiment dynamique en termes de création d’opportunités », a notamment déclaré M. Barroso.

L’ancien premier ministre portugais a reconnu que la stratégie de Lisbonne « avait souffert d’une accumulation d’actions peu coordonnées, marquées par l’absence d’une répartition claire des responsabilités entre les différents acteurs concernés ». La Commission s’est donnée, selon son président, un programme de travail plus resserré, fondé sur la poursuite de trois priorités :

  • faire de l’Europe un lieu plus favorable aux investissements et au travail ; 
  • mettre la connaissance et l’innovation au service de la croissance ; 
  • créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

Pour renforcer la compétitivité de l’économie européenne, la Commission souhaite améliorer le fonctionnement du marché intérieur, ce qui implique notamment :

  • une meilleure application de la législation européenne (et une amélioration de la qualité de celle-ci) ;
  • un contrôle plus strict de l’application des règles européennes en matière de concurrence
  • la création d’un véritable marché intérieur des services.

Moins d’une semaine après avoir accepté (sous la pression de la France et de l’Allemagne) d’apporter des retouches à la proposition de directive sur les services, M. Barroso a défendu le « principe du pays d’origine » et mis en avant les avantages d’une libéralisation du marché des services européens. 

Selon M. Barroso, certains Etats membres de l’Union n’ont pas encore pleinement pris acte des conséquences de l’élargissement. « [Ces Etats] sont prêts à accepter la libre circulation des marchandises, mais pas celle des personnes et des services », a déploré M. Barroso, avant de rappeler que la Commission « n'[était] pas là pour protéger les intérêts des 15 membres les plus anciens de l’Union contre ceux des nouveaux membres ».

Le président Barroso est également revenu sur certains projets de la Commission en matière de promotion de l’innovation, notamment le programme de création de « pôles d’innovation » aux niveaux régional et local, le financement d’un Institut européen de technologie et la mise en place d’un Espace européen de la recherche. M. Barroso s’est par ailleurs engagé à procéder à une révision du régime européen de soutien à la recherche-développement, et formé le voeu qu’un accord puisse être rapidement obtenu sur le dossier du brevet communautaire. Enfin, il a indiqué avoir invité plusieurs Prix Nobel scientifiques européens à discuter de ces questions avec la Commission, justifiant une telle démarche en soulignant qu’ « en matière de recherche, les chercheurs peuvent nous donner de meilleures idées que des bureaucrates ».

Dans le domaine de l’emploi, M. Barroso a plaidé en faveur d’une amélioration de la mobilité et de l’adaptabilité des travailleurs, et mis en avant la nécessité de moderniser les marchés du travail et les systèmes de protection sociale européens.  M. Barroso est pleinement conscient que de telles réformes relèvent de la responsabilité des Etats membres : « Chaque pays doit trouver son propre chemin en fonction de ses traditions et de la situation dans laquelle il se trouve. L’UE doit éviter de mettre en place de lourdes procédures et de se lancer dans d’aberrantes tentatives d’harmonisation », a-t-il souligné.

Lors de son discours, M. Barroso a annoncé que la Commission publierait prochainement une étude sur les coûts économiques qu’impliquerait un renoncement aux réformes prévues dans le cadre de l’agenda de Lisbonne. Si celui-ci n’a pas encore permis de créer suffisamment de croissance et d’emplois, c’est avant tout parce que « certains intérêts établis ont été défendus avec succès au détriment de la société dans son ensemble », a souligné le président de la Commission, qui a conclu que le débat autour de Lisbonne n’était pas une querelle entre la droite et la gauche, mais un combat « entre modernisateurs et réactionnaires ».