Berlin prêt à tout pour protéger son industrie automobile

Alors que le Parlement et les Etats viennent d'aboutir à un compromis pour diminuer les émissions de CO2 des voitures après 2020, Berlin et les concessionnaires de luxe allemands font tout pour bloquer l'accord, quitte à utiliser l'arme du chantage à la fermeture d'usines.

EURACTIV.fr

Alors que le Parlement et les Etats viennent d’aboutir à un compromis pour diminuer les émissions de CO2 des voitures après 2020, Berlin et les concessionnaires de luxe allemands font tout pour bloquer l’accord, quitte à utiliser l’arme du chantage à la fermeture d’usines.

Réduire de 132 à 95 grammes par kilomètre les émissions de CO2 des voitures à partir de 2020. Voici l’accord de principe trouvé entre le Parlement et les Etats, lundi 24 juin à Bruxelles. Le carbone émis par les automobiles contribue à près de 23% des rejets de gaz à effet de serre en Europe.

Sous la pression de Berlin, et du rapporteur du texte au Parlement, l’allemand Thomas Ulmer (PPE), le compromis met en place un système de « super-crédits ». Il s’agit de permettre aux industries qui produisent des voitures électriques de déroger au seuil de 95 grammes par kilomètre. Cependant, ces super-crédits seront attribués de manière dégressive, à partir de 2020, avant de disparaître en 2023.

Diversions en tout genre 

Berlin demeure malgré tout opposé à cet accord et fait des pieds et des mains pour arriver en position de force à la réunion des représentations permanentes nationales (Coreper I) jeudi 27 juin. Cette rencontre doit entériner le compromis.

L’Allemagne a tout d’abord cherché, sans succès, à former une coalition pour bloquer le texte conclu avec le Parlement.

Isolée, Berlin essaye dorénavant d’obtenir le retrait du dossier de l’ordre du jour, en tentant des diversions. Les Allemands ont par exemple demandé le report du vote en raison de la grève des fonctionnaires du Conseil européen prévue jeudi et vendredi.

Ils espèrent ainsi avoir le temps de convaincre d’autres pays de les soutenir pour empêcher la directive. La Hongrie et la Slovaquie ne seraient pas insensibles aux arguments de Berlin. 

Chantage à l’usine 

Pour l’instant, la présidence irlandaise de l’UE aurait résisté aux pressions ce qui n’empêche pas l’Allemagne de chercher à intimider ses partenaires. La chancelière allemande n’a pas hésité à contacter directement le Premier ministre irlandais, mercredi 26 juin dans l’après-midi, a-t-on appris de source diplomatique. 

Plusieurs diplomates dénoncent le comportement de Berlin qui n’hésite pas à faire du chantage à la fermeture d’usines si certains pays, affaiblis par la crise, ne rallient pas les positions allemandes. De nombreuses entreprises espagnoles ou portugaises travaillent en tant que sous-traitants pour BMW et Mercedes. 

Les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se retrouver à Bruxelles pour le Conseil européen de fin de présidence irlandaise, jeudi 27 et vendredi 28 juin. Une occasion de plus pour la chancelière allemande de faire valoir ses positions auprès de ses partenaires.