Berlin trouve un compromis sur le prix de l’électricité pour l'industrie allemande
L’Allemagne ne plafonnera pas les prix de l’électricité pour les industries à forte consommation énergétique. En revanche, elle diminuera fortement les taxes sur l’électricité, tout en prolongeant de cinq ans les tarifs spéciaux appliqués aux entreprises les plus énergivores.
L’Allemagne ne plafonnera pas les prix de l’électricité pour les industries à forte consommation énergétique. En revanche, elle diminuera fortement les taxes sur l’électricité, tout en prolongeant de cinq ans les tarifs spéciaux appliqués aux entreprises les plus énergivores.
En mai, le ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, a présenté des projets visant à plafonner les prix de l’électricité pour les consommateurs industriels à 60 euros par mégawattheure, afin de tempérer le mécontentement grandissant des industries énergivores du pays.
Cette proposition, extrêmement populaire auprès des syndicats et des présidents des Länder allemands, s’est heurtée à l’opposition farouche du chancelier Olaf Scholz, du ministre des Finances, Christian Lindner et des économistes, qui estiment que cette mesure équivaut à une subvention.
Après des mois d’échanges, les trois ministres ont annoncé un compromis jeudi (9 octobre).
Au lieu de dépenser 30 milliards d’euros pour plafonner les tarifs de l’électricité pendant 10 ans, comme le suggérait M. Habeck, ou de réduire de 95 % la taxe sur l’électricité pour tous, comme le proposait le Parti libéral-démocrate (FDP), ce compromis marie les deux approches radicalement différentes.
Les taxes sur l’électricité consommée par l’industrie, qui représente environ un tiers de la demande totale en Allemagne, seront ramenées au minimum européen de 0,50 euro par MWh.
Des avantages spéciaux seront octroyés aux 350 entreprises allemandes les plus énergivores, qui recevront 2,6 milliards d’euros en 2024 pour alléger leur facture énergétique, compte tenu de leur exposition à la concurrence mondiale. Les 90 plus grandes entreprises conserveront la règle du « super-plafond », qui leur permet de réduire encore davantage leur facture.
« C’est une très bonne nouvelle pour l’Allemagne », a déclaré M. Scholz.
« Avec cette décision, nous nous concentrons sur une solution basée sur le marché, avec tous ses avantages », a déclaré M. Lindner, ajoutant que les consommateurs seront toujours soumis au taux d’imposition de 2003 de 20,5 euros par MWh.
La mesure sera inscrite dans la loi jusqu’en 2025, avec la possibilité de la maintenir jusqu’en 2028, en fonction des contraintes budgétaires.
En outre, le gouvernement a décidé d’investir 5,5 milliards d’euros pour soutenir les tarifs des réseaux de transport afin de faire baisser les prix de l’électricité.
Dans la pratique, le soutien à l’industrie se traduit par des subventions de plus de 2 milliards d’euros par an, ce qui est loin de la proposition initiale qui prévoyait des flux initiaux d’environ 6 milliards d’euros.
« Avec ces mesures, nous créons maintenant un “prix de l’électricité de transition” pour les industries les plus consommatrices et le secteur manufacturier pour les années à venir », a déclaré M. Habeck.
Le cours de l’action du géant mondial de la chimie BASF a enregistré une hausse de 3,7 % à la suite de cette annonce. Le cours de l’action de Wacker Chemie a, quant à lui, augmenté de 5,7 %.
Les associations industrielles ravies
L’annonce a été saluée par la Fédération des industries allemandes BDI, qui l’a décrite comme « une étape importante vers une plus grande compétitivité » qui apportera « un soulagement urgemment nécessaire aux entreprises ».
L’association des services publics BDEW a souligné que « la réduction très significative de la taxe sur l’électricité est une étape logique, tout comme l’extension et l’élargissement de la compensation des prix de l’électricité et de ce que l’on appelle le super-plafond ».
Lion Hirth, économiste de l’énergie à l’école Hertie, s’est également montré positif, qualifiant l’accord de « tout à fait raisonnable ».
Les politiciens libéraux se sont empressés d’évaluer le compromis en leur faveur. « Le paquet sur les prix de l’électricité est un signal fort pour l’avenir de l’Allemagne en tant que site économique », a déclaré Lukas Köhler, chef adjoint du FDP.
Ils n’ont peut-être pas tort : leur proposition initiale consistait à réduire les taxes et les redevances d’utilisation du réseau.
Mais les conservateurs ont rapidement contesté l’accord. M. Habeck « a échoué lamentablement avec son concept [initial] de prix de l’électricité de transition », a déclaré Jens Spahn, ancien ministre de la Santé de la CDU et aujourd’hui porte-parole principal du parti en matière de politique énergétique. Désormais, les industries à forte consommation d’énergie seront prêtes à abandonner le pays, a-t-il ajouté.
Les plus grands gagnants sont les petites et moyennes entreprises allemandes, qui ne devaient initialement bénéficier d’aucune aide de l’État. La réduction de la taxe allégera leurs coûts.
Berlin montre ainsi que « les préoccupations du grand nombre de petites et moyennes entreprises sont prises au sérieux au même titre que celles de la grande industrie », a affirmé M. Köhler.
Pourtant, les ménages, qui auraient été les premiers bénéficiaires de la proposition initiale du FDP de réduire les taxes sur l’électricité pour tous, se retrouveront bredouilles.