Bière, snus et prostitution : la Pologne en route pour le second tour de la présidentielle
À quelques jours du second tour de la présidentielle, les deux candidats en lice vivent une fin de campagne mouvementée, entre une controverse autour de la prise de snus, une polémique autour d’un verre dans un bar et des accusations d’implication dans une affaire de prostitution.
À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle prévu dimanche 1er juin, la Pologne vit une fin de campagne particulièrement mouvementée, entre une controverse autour de la prise de snus pendant un débat électoral, une polémique autour d’un verre dans un bar et des accusations d’implication dans une affaire de prostitution.
Le premier tour, qui s’est tenu le 18 mai, a vu Rafał Trzaskowski, candidat pro-européen du parti centriste Plateforme civique (PO, PPE) et actuel maire de Varsovie, arriver en tête avec 31 % des voix. Il est talonné de près par Karol Nawrocki, soutenu par le parti conservateur Droit et Justice (PiS, CRE), qui a obtenu 29 %. Les deux hommes s’affronteront lors du second tour ce dimanche.
Un mode de vie malsain
Vendredi dernier, un débat télévisé organisé par la chaîne publique TVP a offert un face-à-face tendu entre les deux candidats. Si Karol Nawrocki a été jugé plus à l’aise que son opposant par une partie des commentateurs, un geste de sa part a déclenché une vive controverse. En pleine émission, il a discrètement porté la main à son visage, semblant introduire quelque chose dans sa bouche ou son nez, ce qui a immédiatement alimenté les spéculations.
Face aux rumeurs de consommation de stupéfiants, son équipe de campagne a rapidement réagi. Paweł Szefernaker, directeur de campagne, a précisé qu’il s’agissait de snus, un produit de tabac suédois, utilisé selon lui pour « rester éveillé pendant les tirades de son adversaire ». L’explication n’a pas empêché les critiques, certains dénonçant une banalisation d’un mode de vie malsain.
Soucieux de mettre fin aux allégations de consommation de drogues, Karol Nawrocki s’est par ailleurs soumis à un test, dont il a annoncé les résultats mardi 27 mai sur les réseaux. Il a également invité son adversaire, Rafał Trzaskowski, à en faire autant.
Une sortie au bar qui pose question
Autre séquence marquante du week-end : samedi, Rafał Trzaskowski s’est entretenu avec Sławomir Mentzen, candidat d’extrême droite (Confédération) à la présidentielle qui a terminé troisième au premier tour. Ce dernier avait invité les deux candidats encore en lice à des interviews en direct, leur donnant ainsi l’occasion de tenter de convaincre ses partisans de voter pour eux.
Il les avaient également invités à signer une déclaration contenant ses lignes rouges politiques.
Contrairement à Karol Nawrocki, qui s’était entretenu avec Sławomir Mentzen deux jours plus tôt, Rafał Trzaskowski a choisi de ne pas signer la déclaration et a exprimé son désaccord avec lui sur plusieurs questions clés, notamment l’adhésion future de l’Ukraine à l’OTAN.
Les deux hommes se sont néanmoins déclarés satisfaits de leur conversation et sont allés boire une bière ensemble dans un bar appartenant au leader d’extrême droite, où ils ont été rejoints par le ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski (PO, PPE).
Cette scène a fortement déplu à une partie de l’électorat de la Confédération, qui a reproché à Sławomir Mentzen de frayer avec ses opposants. Le coprésident du parti, Krzysztof Bosak, a tenté de relativiser l’incident, mais a reconnu qu’il n’irait pas lui-même boire une bière avec Rafał Trzaskowski.
Une vieille affaire de prostitution
Le week-end dernier s’est achevé avec deux marches rivales organisées à Varsovie par les deux candidats à la présidence : Rafał Trzaskowski a organisé la « Grande marche des patriotes », tandis que Karol Nawrocki a organisé la « Grande marche pour la Pologne ».
Si les deux manifestations ont traversé le centre-ville, leurs itinéraires distincts ont permis d’éviter tout incident majeur. Selon des estimations indépendantes du site d’investigation OKO.press, la marche de Trzaskowski a rassemblé deux fois plus de personnes que celle de Nawrocki.
Le dernier sondage Ipsos pour TVP laisse présager un scrutin serré, les deux candidats recueillant environ 47 % des intentions de vote.
Mais un nouvel élément pourrait bien porter un coup à la campagne de Karol Nawrocki : lundi 26 mai, le site d’informations Onet.pl révélait qu’il serait impliqué dans l’introduction de prostituées dans un hôtel où il travaillait comme garde il y a une vingtaine d’années. Des accusations que le candidat nie en bloc, déclarant qu’il poursuivrait le média devant la justice.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]