Bioénergies : « Trop tôt » pour réviser les règles, selon certains pays européens
Une coalition de 10 États membres de l’UE a écrit à la présidence française du Conseil de l’UE et à la Commission européenne pour les mettre en garde contre la révision prévue des critères de durabilité pour la bioénergie, estimant qu’il est trop tôt pour le faire.
Une coalition de 10 États membres de l’UE, menée par la Suède, a écrit à la présidence française du Conseil de l’UE et à la Commission européenne pour les mettre en garde contre la révision prévue des critères de durabilité pour la bioénergie, estimant qu’il est trop tôt pour le faire.
Les critères de durabilité pour la biomasse ont été révisés pour la dernière fois en 2018 dans le cadre d’une mise à jour de la directive de l’UE sur les énergies renouvelables, soulignent les signataires.
Réécrire les règles maintenant n’a pas de sens, affirment-ils, mettant en garde contre les révisions répétées de la législation européenne sur la bioénergie qui risquent de saper la confiance des investisseurs dans le secteur.
« Il est trop tôt pour réviser les dispositions relatives à la durabilité de la bioénergie et augmenter considérablement son coût administratif », peut-on lire dans la lettre, signée par les ministres de l’Énergie ou de l’Économie de la Bulgarie, de la République tchèque, de l’Estonie, de la Finlande, de la Hongrie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Slovénie et de la Suède.
« Une telle décision mettrait sérieusement en doute la réputation de l’UE en matière d’investissements à long terme et risquerait de retarder notre transition énergétique et climatique », préviennent-ils.
La lettre est datée du mercredi 19 janvier et est adressée à la présidence française du Conseil de l’UE ainsi qu’à la ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili. Le responsable du Climat de l’UE, Frans Timmermans, et la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, en sont également les destinataires.
La France, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UE pour six mois, organise une réunion de trois jours à Amiens, au cours de laquelle Mme Pompili accueillera les ministres de l’Environnement et de l’Énergie de l’Union pour des discussions informelles.
La réunion comprend une session sur la contribution des forêts aux objectifs de l’UE en matière de climat et d’énergie le vendredi après-midi (14 h 45-17 h 15), au cours de laquelle les dix pays de l’UE auront l’occasion d’exprimer leurs préoccupations.
« La bioénergie représente la part la plus importante des énergies renouvelables dans l’UE », souligne la lettre, puisque près de 60 % de l’énergie verte du bloc provient actuellement de la biomasse. « Un cadre législatif stable, y compris les règles de mise en œuvre qui doivent être adoptées dans le cadre de la directive européenne sur les énergies renouvelables, est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE ».
En outre, « les caractéristiques nationales concernant les pratiques de gestion forestière, la situation géographique et la production d’énergie des États membres n’ont pas été suffisamment prises en compte », ont écrit les dix ministres.
Ces demandes font écho aux préoccupations exprimées par Bioenergy Europe, une association industrielle. Dans une déclaration, Bioenergy Europe a mis en garde contre une « bureaucratie excessive » pour les petits producteurs de bioénergie, affirmant que cela « risque de forcer un nombre important de petits opérateurs à revenir aux combustibles fossiles, avec des implications négatives pour l’emploi et la croissance dans les zones rurales ».
Mais les écologistes affirment que des règles de durabilité actualisées pour la bioénergie sont nécessaires pour protéger les forêts européennes et préserver leur capacité à aspirer le dioxyde de carbone de l’atmosphère.
« Notre analyse juridique des normes de durabilité actuelles en matière de bioénergie montre qu’elles conduiront à une destruction continue et à grande échelle des forêts, et cette catastrophe pour le climat et la nature ne cessera pas à moins qu’elles ne soient modifiées », a déclaré Martin Pigeon, chargé de campagne au FERN, une ONG qui se consacre à la protection des forêts et des droits des personnes qui en dépendent.
Selon le FERN, invoquer la charge administrative n’est pas une raison valable pour empêcher la mise en œuvre d’une nouvelle législation. « Les charges administratives dont ils parlent sont précisément les mesures nécessaires pour vérifier que notre politique en matière d’énergies renouvelables ne conduit pas à la destruction de la nature. Ils devraient faire preuve de moins de mépris ou risquer de s’aliéner leurs citoyens », a déclaré M. Pigeon du FERN.
Le FERN est d’accord avec un point abordé par cette lettre, à savoir que les investisseurs ont besoin de clarté. « Les investisseurs doivent savoir que brûler de la biomasse forestière est un désastre pour le climat et la biodiversité, et que cette source d’énergie n’a pas d’avenir parmi les incitations européennes en faveur des énergies renouvelables. »
> Lire la lettre en entier ici.