Boycott du parlement par l'opposition en Turquie
Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, fait face à un début de troisième mandat tumultueux, alors que le principal parti de l'opposition et les Kurdes ont boycotté la prestation de serment du parlement hier (28 juin) en signe de protestation contre l'éviction de candidats élus.
Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, fait face à un début de troisième mandat tumultueux, alors que le principal parti de l'opposition et les Kurdes ont boycotté la prestation de serment du parlement hier (28 juin) en signe de protestation contre l'éviction de candidats élus.
L’AKP, le parti de M. Erdo?an qui a fait de la Turquie l’une des économies à plus forte croissance au monde, a obtenu des suffrages confortables lors du vote du 12 juin ; cet événement a été perçu par les investisseurs comme l’occasion d’établir un consensus autour des projets du gouvernement d’écrire une nouvelle constitution.
Le boycott du Parti républicain du peuple (CHP) dans l'opposition et du Parti pour la paix et la démocratie (BDP) pro-kurde ont toutefois assombri la victoire électorale de Recep Tayyip Erdo?an et augmenté la possibilité d’importantes élections partielles.
Le CHP a gagné 135 des 550 sièges du parlement. Le BDP a quant à lui gagné 36 sièges. En comptant ces deux partis, plus de 30 % des candidats élus boycotteront la prestation de serment.
« Nous ne prêterons pas serment, à moins que tous nos députés puissent le faire », a affirmé Kemal K?l?çdaro?lu, dirigeant du CHP, après que la Cour a rejeté l’appel pour la libération de deux des candidats du parti, placés en détention sans avoir été condamnés.
Le BDP a annoncé sa décision la semaine dernière, après que la Haute Commission électorale a décidé qu’un candidat devait renoncer à son siège suite à sa condamnation pour s'être livré à de la « propagande terroriste », et qu’il serait remplacé par un autre membre de l’AKP.
L’AKP, parti socialement conservateur à racines islamistes, a raflé 326 sièges, mais la disqualification des opposants pourrait se révéler suffisante pour qu’il passe la barre des 330 sièges, ce qui donnerait à Recep Tayyip Erdo?an une plus grande majorité pour demander un référendum pour la nouvelle constitution prévue, sans le soutien des autres partis.
Le bloc du BDP risque de perdre cinq sièges supplémentaires après la décision de la Cour turque de ne pas libérer cinq autre candidats, détenus pour avoir des liens avec les rebelles kurdes.
Les tribunaux ont également empêché un ancien général du Parti d'action nationaliste (MHP) de siéger en raison de charges retenues contre lui pour avoir été lié à une conspiration présumée.
Le MHP, qui a gagné 53 sièges, a critiqué cette décision mais a prévu de se rendre au parlement.
Le président Abdullah Gül a appelé tous les partis à dépasser leurs différends au parlement, tandis que les investisseurs turcs suivent de près l’évolution de la situation.
« Brinkmanship acts grip Turkish politics » (en français : « la politique turque sur la corde raide ») écrit le Daily News comme titre d'un article résumant la situation à Ankara.
Le 12 juin, les citoyens turcs ont voté pour désigner les partis et les députés qui occuperaient les 550 sièges du parlement turc au cours des cinq prochaines années.
Le parti AK du premier ministre turc, Tayyip Erdo?an, a remporté 49,9 % des suffrages, soit 326 sièges, aux élections législatives.
Ce vote représente la plus grande victoire électorale de l'AKP depuis sa montée au pouvoir en 2002. Toutefois, le parti n'est pas parvenu à remporter les 330 sièges dont il avait besoin pour lancer un référendum visant à revoir la constitution qui a été écrite il y a plus de 30 ans sous le régime militaire.La cérémonie de prestation de serment doit commencer à 3 heures, heure locale (1200 GMT).
Incertitude
Les représentants de l’AKP ont affirmé que la Haute Commission électorale et les tribunaux rendaient leurs décisions de manière indépendante, mais les partis de l’opposition crient à l'injustice.
Il n’existe pas de loi constitutionnelle ou parlementaire indiquant la marche à suivre dans le cas où des candidats vainqueurs refuseraient de prêter serment.
Il existe une loi stipulant que si plus de 5 % des députés démissionnent, leurs sièges seront ouverts à des élections partielles. Les députés ne peuvent toutefois pas démissionner avant d’avoir prêté serment, la situation reste donc incertaine.
Après avoir prêté serment, les députés soumettent leur candidature au poste de président du Parlement. Une fois élu, le nouveau gouvernement soumet son programme à un vote de confiance, à la suite duquel les sessions parlementaires sont suspendues jusqu’au 1er octobre.
Des sources au parlement ont affirmé que la législature pouvait rester ouverte après qu’un président du parlement a été choisi pour régler les problèmes. Elles ont affirmé que les députés élus pourraient prêter serment à un autre moment.
Toute décision d'organiser des élections partielles risquerait de provoquer plus de troubles dans le sud-est du pays, à un moment où de nombreuses personnes espèrent que Recep Tayyip Erdo?an redouble d’efforts pour panser les plaies des Kurdes et leur octroyer davantage de droits, afin de mettre un terme à une insurrection qui a tué plus de 40 000 personnes.
Le PKK a mis fin à un cessez-le-feu de six mois en février, se tournant maintenant vers ce qu’il appelle une position de « défense active », dans laquelle ses sympathisants se défendront en cas d’attaque.
Avec la montée des tensions, les forces de sécurité ont tué trois militants kurdes mardi dans la province orientale de Tunceli, où deux policiers avaient été tués la semaine dernière. Lundi, les rebelles ont tué un soldat dans une embuscade, près de la frontière turco-iranienne.