Bras de fer entre Giorgia Meloni et Matteo Salvini sur les migrations
Suite à la tragédie du naufrage d’un bateau de migrants en Calabre, un Conseil des ministres italiens se tiendra à Cutro ce jeudi (9 mars). La Première ministre Giorgia Meloni et le chef de la Ligue Matteo Salvini devraient croiser le fer sur les migrations.
Suite à la tragédie du naufrage d’un bateau de migrants en Calabre, qui a fait au moins 72 morts, un Conseil des ministres italiens se tiendra à Cutro ce jeudi (9 mars). La Première ministre Giorgia Meloni (Frères d’Italie — groupe des Conservateurs et Réformistes européens) et le chef de la Ligue (Identité et Démocratie) Matteo Salvini devraient croiser le fer sur les migrations.
Les médias italiens rapportent que le naufrage a accentué les tensions au sein de la coalition, alors que Mme Meloni travaille sur un nouveau décret migratoire après le « décret flux » et le « code de conduite » pour les navires des ONG.
La Ligue a demandé l’inclusion des règlements prévus dans les décrets sur la sécurité adoptés en 2018 par le gouvernement de Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles) lorsque M. Salvini était ministre de l’Intérieur.
En particulier, un frein à la délivrance des permis de séjour a été proposé.
« Selon les données de l’ONU et des instituts qui se réfèrent à la Commission européenne, au cours des dix dernières années, l’année où il y a eu le moins de morts en Méditerranée a été […] 2019, lorsque j’étais ministre de l’Intérieur et que les décrets sur la sécurité étaient en vigueur. Il est évident que moins on laisse de personnes aux mains des passeurs et des trafiquants, moins on risque des vies », a déclaré M. Salvini, actuel vice-premier ministre et ministre des Transports.
Pas de nouveau décret sur la sécurité
Toutefois, Mme Meloni ne semble pas désireuse de laisser de la place au chef de file de la Ligue sur le dossier de la migration.
Giorgia Meloni ne devrait pas donner suite au durcissement des permis de séjour, mais plutôt aller dans le sens du renforcement des couloirs humanitaires et de la stimulation des flux réguliers, d’une part, et de la lutte contre les réseaux criminels de passeurs, d’autre part.
« Nous ne réécrirons pas les décrets [Matteo] Salvini », a déclaré la sous-secrétaire du ministère de l’Intérieur, Wanda Ferro (Frères d’Italie).
Le projet de loi de la Ligue sur les permis de séjour sera examiné par la commission des affaires constitutionnelles de la Chambre le même jour que le Conseil des ministres.
« Nous en discuterons en commission et nous verrons si Frères d’Italie votera en sa faveur ou non », a indiqué Riccardo Molinari, chef du groupe de la Ligue à la Chambre des représentants.
« Un système d’accueil comme celui en vigueur, plein d’échappatoires et déséquilibré par rapport à la distribution des permis de séjour, n’est pas en mesure de résister à moyen et à long terme aux défis que les chiffres de l’immigration posent à notre pays », peut-on lire dans le projet de loi.
La députée européenne Susanna Ceccardi (La Ligue), a confié à EURACTIV Italie qu’il était essentiel de faire la distinction entre les demandeurs d’asile et les migrants économiques.
« Nous ne pouvons pas ouvrir les portes à tout le monde. Notre système social, sécuritaire et économique ne peut pas supporter cela. Les décrets Salvini ont clarifié qui a réellement le droit de venir dans notre pays et qui ne l’a pas », a déclaré Mme Ceccardi.
Selon elle, si Rome ne fait pas ces distinctions maintenant, « paradoxalement, nous risquons de laisser derrière nous ceux qui en ont le plus besoin ».
« Les couloirs humanitaires sont un outil utile, mais seuls ceux qui ont droit à une protection internationale peuvent y accéder. Ceux qui sont des migrants économiques doivent trouver des moyens légaux en cherchant un emploi », a-t-elle ajouté.
Commentant le tragique naufrage de Crotone, Mme Ceccardi a déclaré que c’était la responsabilité directe de la gestion criminelle des trafiquants.
Mme Ceccardi a expliqué à EURACTIV que les passeurs « utilisent les migrants comme un distributeur de billets » et les conduisent « vers l’abattoir ».
Une réponse européenne
Mercredi seulement, 124 migrants sont arrivés sur l’île de Lampedusa à bord de trois bateaux différents qui ont nécessité autant d’opérations de sauvetage.
Deux des trois bateaux étaient partis la veille de Tunisie et l’un d’eux a coulé, mais aucune victime n’a été signalée.
Le même jour, Mme Meloni a accueilli le Premier ministre néerlandais Mark Rutte à Rome.
« Ce terrible naufrage qui a eu lieu la semaine dernière, avec des dizaines de personnes noyées, a démontré davantage l’urgence de prévenir ce genre de tragédie », a déclaré M. Rutte, qui insiste notamment sur l’application du règlement de Dublin pour limiter les mouvements secondaires.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a remercié l’Italie pour ses efforts en matière de gestion des migrations dans une lettre en réponse à celle envoyée à Bruxelles par Mme Meloni au lendemain du naufrage.
« L’UE et l’Italie travaillent ensemble depuis de nombreuses années pour renforcer la gestion des frontières et les capacités de recherche et de sauvetage […] Nous devons coordonner nos actions avec des partenaires clés pour prévenir les départs irréguliers et sauver des vies en mer », a écrit Mme von der Leyen.
Selon Mme Ceccardi, la présidente de la Commission européenne a « enfin validé » ce que la Ligue a toujours soutenu.
« Plus de coopération avec les pays d’Afrique du Nord pour prévenir les départs irréguliers et accroître la coordination des activités de contrôle en mer […] L’Europe réalise-t-elle seulement maintenant que pour éviter que la Méditerranée ne devienne un cimetière, il faut prévenir les départs irréguliers ? » a-t-elle commenté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]