Bras de fer entre l'Ukraine et la Russie sur la question des gazoducs
La Russie intensifie la pression sur l'Ukraine pour que celle-ci partage son réseau de gazoduc. En effet, le directeur exécutif de Gazprom a déclaré que la procrastination dans les discussions résulterait en un mauvais accord pour Kiev, dans la mesure où la construction d'un gazoduc concurrent mènerait à un effondrement des prix.
La Russie intensifie la pression sur l'Ukraine pour que celle-ci partage son réseau de gazoduc. En effet, le directeur exécutif de Gazprom a déclaré que la procrastination dans les discussions résulterait en un mauvais accord pour Kiev, dans la mesure où la construction d'un gazoduc concurrent mènerait à un effondrement des prix.
La valeur du système ukrainien de transport du gaz pourrait chuter dans un futur proche, a déclaré Alexeï Miller de Gazprom, cité par la presse russe et ukrainienne. Il a ajouté qu'il serait « deux fois moins cher » d'acheminer du gaz en Europe via le futur gazoduc South Stream.
Les déclarations de M. Miller de ce samedi (30 décembre) doivent être remises dans le contexte de sa réunion avec le premier ministre russe, Vladimir Poutine, le même jour. Le site Internet du gouvernement russe a sciemment publié une retranscription de cette réunion.
Au début de la rencontre, M. Poutine s'est renseigné sur l'avancement de South Steam, le projet de Gazprom visant à acheminer du gaz russe vers Baumgarten, au nord de l'Autriche. South Stream est également considéré comme un projet politique, dont le but serait d'affaiblir Nabucco, le projet privilégié par l'UE pour approvisionner Baumgarten à partir d'autres sources que la Russie (voir « Contexte »).
La Turquie donne son feu vert
M. Miller a affirmé que la Turquie avait accepté que South Stream passe dans la zone économique de la mer Noire qui lui appartient.
« Nous espérons terminer le projet et les travaux de conception sur le plateau de la mer Noire avant fin 2012. Nous prévoyons de commencer la construction de la section marine début 2013, dans un peu plus d'un an, et de la terminer en décembre 2015. Nous espérons commencer à acheminer du gaz commercial en Europe fin 2015 », aurait déclaré M. Miller.
M. Poutine a répondu : « Je pense qu'il serait préférable de commencer l'an prochain, à la fin de l'année prochaine. Cela ne fait pas une grande différence, mais ce serait mieux de commencer en 2012. »
« OK M. Poutine »
M. Miller a répondu : « OK M. Poutine, c'est ce que nous ferons. »
MM. Poutine et Miller ont également discuté des coûts de South Stream, estimés par le directeur de Gazprom à « un peu plus de 15 milliards d'euros », dont la moitié serait financée par le Gazprom.
« Les coûts seront répartis entre les partenaires en fonction de leurs parts dans le projet : 50 % pour Gazprom, 20 % pour ENI et le reste pour Electricité de France et les Allemands. Quelque 30 % seront payés par nos actionnaires et 70 % proviendront de financements par le crédit », a déclaré M. Miller.
ENI est une entreprise italienne de pétrole et de gaz naturel et la compagnie pétrolière allemande Wintershall Holding est un autre partenaire de ce projet.
MM. Poutine et Miller ont discuté des requêtes de l'Ukraine pour une réduction du prix du gaz. Le 20 décembre, M. Poutine et son homologue ukrainien, Mykola Azarov, ne sont pas parvenus à un accord, dans la mesure où la Russie relie la question d'une réduction des prix à des parts dans le réseau de gazoducs ukrainien.
Selon M. Miller, Kiev estime le prix du réseau de gazoducs datant de l'ère soviétique dans le pays à 20 milliards de dollars (15,4 milliards d'euros). Il a toutefois ajouté que les coûts de sa modernisation n'étaient pas encore bien définis, citant des chiffres oscillant entre 3 et 8 milliards de dollars (entre 2,3 et 6,1 milliards d'euros). Il a affirmé que Kiev avait demandé une réduction du prix du gaz de 9 milliards de dollars par an (6,91 milliards d'euros).
Dans le même temps, Kemal K?l?çdaro?lu, le leader du principal parti de l'opposition turque, le Parti républicain du peuple, a critiqué la décision du gouvernement turc de donner son feu vert pour la section offshore de South Steam dans sa zone économique de la mer Noire.
« Suite à cet accord avec South Stream, la Turquie a abandonné son ambition de devenir un centre de l'approvisionnement en gaz naturel pour l'Europe. Le gaz ne fera plus que passer par nos eaux en opérant une liaison avec la Bulgarie », a-t-il affirmé.