Bruxelles examine à la loupe les budgets et réformes des États
L’exécutif européen propose aux 27 des mesures spécifiques afin de réduire leurs déficits et de rapprocher leurs politiques économiques. Les prévisions françaises sont jugées trop optimistes.
L’exécutif européen propose aux 27 des mesures spécifiques afin de réduire leurs déficits et de rapprocher leurs politiques économiques. Les prévisions françaises sont jugées trop optimistes.
La Commission europeénne prend à coeur son nouveau rôle de surveillant des politiques économiques et budgétaires nationales.
Après avoir établi une liste de priorités économiques communes en janvier, les États ont envoyé leurs programmes nationaux de réformes à Bruxelles pour évaluation. Et le résultat a le mérite de la clarté.
Mardi 7 juin, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a présenté une série de recommandations très précises pour chacun des 27 pays de l’UE afin de relancer la croissance, l’emploi et d’assurer l’équilibre des comptes publics.
Un gouvernement économique européen
Celles-ci arrivent en conclusion du premier « semestre européen« , un cycle de surveillance des finances publiques des pays de l’UE, décidé en 2010 par les chefs d’État et de gouvernement.
« La procédure est nouvelle, on est à l’avant-garde d’un gouvernement économique européen », constate Agnès Benassy-Quéré, directrice du CEPII, qui souligne la précision des recommandations formulées.
« Nous savons que la réalisation des objectifs que nous nous sommes collectivement fixés peut exiger des choix difficiles. Mais ces efforts, s’ils sont déterminés et partagés par tous, permettront à l’Europe de sortir de la crise et de préserver sa prospérité future », a soutenu José Manuel Barroso durant la conférence de presse.
Scénario trop ambitieux
Reste que les efforts à fournir ne sont pas les mêmes pour tous. La France fait partie des États qui ont le moins de problèmes en Europe.
Bruxelles reproche notamment à Paris d’avoir fondé son programme de réformes sur un scénario de croissance trop ambitieux, et doute que le pays puisse ramener son déficit à 3% d’ici 2013 sans mesures supplémentaires.
L’exécutif européen demande donc une consolidation des efforts budgétaires français et une meilleure utilisation de ses « recettes imprévues » pour accélérer la réduction de la dette et du déficit.
La France doit également poursuivre sa réforme des retraites, dont le système ne sera plus viable à partir de 2020, et assouplir les règles du marché du travail afin de réduire le chômage et d’améliorer la compétitivité du pays.
Un salaire minimum trop élevé
Par ailleurs, la Commission estime que le salaire minimum français, le plus élevé d’Europe, mine la balance commerciale du pays en rendant ses exportations moins compétitives. Elle reconnait néanmoins les efforts qui ont été fournis pour modérer sa hausse.
Mais, selon Agnès Benassy-Quéré, le lien entre salaire minimum et baisse des exportations n’est pas du tout évident. « Les prix des exportations en France n’ont pas dérivé par rapport à l’Allemagne, explique-t-elle. Il y a beaucoup d’éléments dans ce document qui font débat. »
Les pays de l’UE disposent d’un délai de 12 à 18 mois pour mener des actions spécifiques et répondre à ces recommandations.
Mais « la balle est clairement dans le camp du Conseil », qui statue en dernier ressort, explique Jacques Le Cacheux, économiste à l’OFCE. « Si les chefs d’État et de gouvernement endossent ces recommandations, cela voudra dire que les États membres acceptent un niveau de coordination supérieur ».
Les dirigeants de l’UE doivent se prononcer sur les recommandations de la Commission les 23 et 24 juin.
CALENDRIER :
- 23-24 juin : les recommandations seront débattues et entérinées par le Conseil européen
- Janvier 2012 : la Commission évaluera les progrès accomplis au niveau de l’UE lors de son prochain examen annuel de la croissance
- Juin 2012 : la Commission fera le point des progrès de chaque État membre et proposera de nouvelles recommandations