Bruxelles « préoccupée » par les nouvelles restrictions chinoises sur les terres rares

La Commission a exprimé sa préoccupation face aux nouvelles restrictions imposées par la Chine sur l’exportation de terres rares stratégiques, dans un contexte de tensions croissantes entre Pékin et Bruxelles, quelques jours après l’annonce de droits de douane européens élevés sur l’acier chinois.

EURACTIV.com
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« Nous sommes préoccupés par cette annonce », a déclaré Olof Gill, porte-parole de la Commission sur les questions de commerce, à la presse jeudi. Il a ajouté que l’exécutif européen examinait actuellement les « détails » des nouvelles mesures, mais qu’il « attendait de la Chine qu’elle agisse en tant que partenaire fiable et qu’elle garantisse un accès stable et prévisible aux matières premières essentielles ».

Quelques heures auparavant, Pékin avait annoncé un renforcement considérable des contrôles à l’exportation des terres rares et des produits dérivés, qui sont utilisés dans de nombreuses technologies modernes, notamment les smartphones, les ordinateurs et les avions de chasse.

La Chine domine l’approvisionnement mondial en métaux de terres rares, représentant environ 70 % de l’exploitation minière mondiale et 90 % de la capacité de raffinage mondiale.

Avec ses nouvelles règles, que Pékin a jugé nécessaire pour « préserver la sécurité et les intérêts nationaux », les exportateurs étrangers de produits contenant même des quantités minimes de terres rares provenant de Chine sont tenus d’obtenir des licences auprès du ministère du Commerce du pays. L’exportation des technologies utilisées pour extraire et traiter ces métaux devra également être approuvée par Pékin.

Pékin a spécifiquement ciblé le secteur de la défense à l’étranger, précisant dans un communiqué que les licences pour les produits à « usage militaire » ne seront « en principe […] pas approuvées ».

Par ailleurs, les actions européennes du secteur de la défense ont chuté jeudi, avec une baisse de 1,1 % pour l’allemand Rheinmetall, de 0,8 % pour le français Thales et de 1,3 % pour l’italien Leonardo.

Les nouvelles mesures chinoises, dont la plupart sont immédiatement entrées en vigueur, reflètent largement les restrictions « extraterritoriales » imposées par Washington sur les semi-conducteurs, qui visent à empêcher les pays tiers de réexporter vers la Chine des puces fabriquées aux États-Unis.

Ces mesures, qui précèdent une rencontre entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping en Corée du Sud à la fin du mois, marquent une forte escalade par rapport aux restrictions précédentes annoncées en avril en représailles aux « droits de douane réciproques » de Donald Trump.

Ces contrôles ont eu de graves répercussions sur l’Europe, de nombreuses industries européennes ayant été contraintes de retarder leur production, voire de fermer leurs usines.

Malgré l’annonce par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, d’un « mécanisme amélioré de chaîne d’approvisionnement » pour remédier aux « goulets d’étranglement » concernant les terres rares lors du sommet UE-Chine en juillet, de nombreuses entreprises européennes basées en Chine déclarent qu’elles ont toujours du mal à obtenir des licences d’exportation.

Olof Gill a également déclaré jeudi que les dirigeants chinois avaient accepté d’« établir des garanties » pour les entreprises européennes concernant l’approvisionnement en terres rares lors du sommet de juillet.

Il a ajouté que l’UE s’efforce actuellement de « diversifier » son approvisionnement en métaux avec le G7, un groupe de pays occidentaux riches qui comprend les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et le Japon. Il a également souligné l’adoption du règlement sur les matières premières critiques, qui vise à réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine pour ces métaux en renforçant les liens commerciaux avec les pays tiers et en augmentant l’exploitation minière et le raffinage au niveau national.

L’annonce de jeudi intervient également deux jours seulement après que la Commission a proposé de doubler les droits de douane de l’Union sur l’acier pour les porter à 50 %. Cette mesure a été largement considérée comme visant la Chine, qui est le premier producteur mondial d’acier.

Les responsables de l’UE ont déclaré que cette mesure visait à protéger les producteurs de métaux en difficulté de l’Union européenne contre la « surcapacité mondiale », notamment celle de la Chine, et à renforcer les chances de l’Union européenne de négocier une réduction du droit forfaitaire de 50 % imposé par Washington sur les importations d’acier et d’aluminium.

(asg)