Bruxelles tempère les espoirs d'une avancée majeure avec Magyar

Également dans l'édition de jeudi : l'Académie diplomatique de l'UE, Ben-Gvir, le président letton

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce jeudi 28 mai. Ici Nicoletta Ionta, à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Bruxelles tempère les espoirs de Péter Magyar concernant les fonds gelés

🟢 Les diplomates de l’UE s’interrogent sur l’avenir d’une académie en proie à un scandale

🟢 Interview : le président letton réclame des fonds européens pour les pays baltes touchés par les drones


L’Europe, vue de Bruxelles


Ursula von der Leyen et Péter Magyar se rencontreront vendredi à Bruxelles pour un rendez-vous tant attendu visant à sortir de l’impasse qui dure depuis des années concernant des milliards de fonds européens gelés.

Mais les tensions diplomatiques en coulisses et une politique de la corde raide laissent présager que la rencontre entre la présidente de la Commission et le nouveau Premier ministre hongrois, qui a évincé Viktor Orbán, sera tout sauf sereine.

Il est encore trop tôt pour parler d’une nouvelle ère et d’un rapprochement entre Bruxelles et Budapest. Les deux parties sont encore très éloignées l’une de l’autre, et il s’avère difficile de s’entendre ne serait-ce que sur une déclaration commune.

La Commission a déjà revu ses attentes à la baisse avant la réunion. « La Commission fait tout son possible pour aider Budapest à aller de l’avant », a indiqué un haut fonctionnaire, « mais il est peu probable qu’ils obtiennent les 10 milliards d’euros qu’ils visent ».

Pour Magyar, débloquer les fonds de relance liés à la pandémie gelés était l’une des promesses centrales de sa campagne électorale. Et le temps presse. La Hongrie a jusqu’à la fin du mois d’août pour respecter des dizaines d’« étapes » en matière d’État de droit liées à la Facilité pour la reprise et la résilience de l’UE, sous peine de perdre l’accès aux versements prévus dans le cadre d’un plan national approuvé par Bruxelles.

Le Premier ministre hongrois s’était auparavant montré confiant, déclarant qu’il comptait conclure un accord politique avec la Commission sur le déblocage des fonds. Il a également souligné que les négociations allaient au-delà du déblocage immédiat de 10,4 milliards d’euros de fonds de relance post-pandémie et portaient également sur des discussions concernant 7 milliards d’euros de fonds de cohésion non remboursables.

En milieu de semaine, cependant, le tableau idyllique avait bien changé, la confusion régnant dans les deux camps laissant entendre que les discussions étaient loin d’être conclues.

Alors que le bureau du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a rapidement confirmé une réunion distincte avec Magyar, la Commission n’a confirmé aucune rencontre avec von der Leyen pendant plusieurs jours. Lorsque la confirmation est enfin arrivée, ce n’était pas pour jeudi, comme prévu, mais pour vendredi.

Von der Leyen a également insisté pour que Budapest soumette des plans de mise en œuvre détaillés avant de conclure tout accord. Selon un haut fonctionnaire de la Commission, la Hongrie s’est vu signifier qu’elle devait soumettre son plan national révisé immédiatement, avant la date limite fixée par la Commission à la fin du mois de mai – qui n’est plus qu’à quelques jours.

Le contexte politique plus large est également significatif. La Hongrie reste le principal obstacle à l’avancement du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, ayant bloqué les progrès dans l’ouverture des premiers « volets » de négociation avec Kiev.

Comme me l’ont confié plusieurs diplomates du Conseil, ces deux dossiers sont étroitement liés. Les progrès concernant les fonds européens gelés et l’évolution de la situation en Ukraine sont désormais largement considérés comme faisant partie de la même équation politique.

La Commission devrait proposer officiellement de lancer le processus pour l’Ukraine et la Moldavie le 16 juin, comme l’a rapporté mon collègue Magnus Lund Nielsen, lors d’une réunion des ministres de l’UE à Bruxelles.

La pression s’intensifie sur Ben-Gvir

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis à Chypre, devraient débattre d’éventuelles sanctions à l’encontre du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, après que plusieurs capitales ont réclamé des mesures suite à la diffusion d’une vidéo semblant montrer des militants de la flottille d’aide à Gaza, alors en détention, se faire moquer alors qu’ils étaient à genoux, les mains liées derrière le dos.

La pression s’est intensifiée après qu’Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères, a écrit à la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, pour demander que la question soit officiellement soulevée lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du mois prochain.

Les ministres tenteront de « parvenir à un accord avant la prochaine réunion du Conseil », a indiqué Tajani, bien que la mesure requière l’unanimité, ce qui est loin d’être garanti. Il a ajouté que l’Allemagne était susceptible de soutenir cette initiative, mais que la résistance de la République tchèque et de la Bulgarie signifiait qu’« il n’y a pas d’unanimité ».

La France et l’Espagne ont déjà imposé des interdictions nationales à Ben-Gvir, tandis que la Pologne a laissé entendre qu’elle pourrait leur emboîter le pas après les derniers incidents.

Les diplomates de l’UE reviennent sur le scandale de l’académie

Les diplomates des affaires étrangères de l’UE s’apprêtent à discuter de la prolongation et du financement de l’Académie diplomatique du Collège de l’Europe jusqu’en 2027, un programme de formation financé par l’Union qui est au centre d’une enquête du Parquet européen.

En décembre dernier, des allégations selon lesquelles l’appel d’offres public établissant l’académie avait été taillé sur mesure en faveur du Collège d’Europe ont conduit à la démission de Federica Mogherini, ancienne chef de la diplomatie européenne qui occupait les fonctions de rectrice et de directrice de l’académie, et de Stefano Sannino, diplomate italien et ancien haut fonctionnaire de la Commission. Tous deux nient toute malversation et l’enquête est en cours.

Ces discussions permettront de déterminer si le scandale dit « EEAS gate » (SEAE gate) aura des conséquences politiques lorsque les capitales examineront les futures allocations de fonds de l’UE. Les diplomates s’étaient précédemment mis d’accord pour financer le programme à hauteur d’environ 1,7 million d’euros pour la période 2025-2026.

Tout renouvellement et accord de financement final nécessitera le soutien unanime des 27 ambassadeurs de l’UE, les discussions étant attendues dans les semaines à venir.

La Lettonie demande à l’UE de débloquer des fonds pour les régions touchées par les drones

Le président letton Edgars Rinkēvičs a exhorté l’UE à envisager un soutien financier supplémentaire pour les régions en première ligne, alors que les incursions répétées de drones liées à la guerre menée par la Russie en Ukraine perturbent la vie quotidienne et affectent les économies locales dans toute la région balte.

« Les économies locales sont touchées, les populations locales sont touchées. Elles ont réellement peur, et pour une très bonne raison », a-t-il expliqué à ma collègue Alice Tidey lors d’une interview.

Les dirigeants baltes ont soulevé la question auprès d’Ursula von der Leyen lors de sa visite à Vilnius cette semaine, alors que les négociations sur le prochain budget à long terme de l’UE s’intensifient à Bruxelles.

À la question de savoir si les dépenses de défense devraient dépasser le niveau proposé par la Commission, Rinkēvičs a répondu : « Oui. » Lisez le reportage complet d’Alice depuis Riga.

Dernière ligne droite pour l’accord entre l’UE et les États-Unis

Les ambassadeurs de l’UE ont soutenu l’accord conclu la semaine dernière à Strasbourg visant à supprimer les droits de douane sur les produits agricoles et industriels américains, un élément clé de la mise en œuvre de l’accord de Turnberry conclu l’été dernier entre Bruxelles et Washington.

Cette décision fait suite aux accusations de Donald Trump selon lesquelles Bruxelles traînait les pieds dans la mise en œuvre, ainsi qu’aux avertissements selon lesquels l’Union pourrait se voir imposer de nouveaux droits de douane si elle ne se conformait pas à l’accord avant le 4 juillet.

Par ailleurs, les députés européens devraient se prononcer sur l’accord au sein de la commission du commerce le 2 juin, avant un vote final en plénière à Strasbourg le 16 juin, selon un ordre du jour préliminaire, m’indique ma collègue Sofia Sanchez Manzanaro.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


MADRID 🇪🇸

La Garde civile espagnole a perquisitionné mercredi le siège du Parti socialiste au pouvoir dans le cadre d’une enquête pour corruption portant sur des paiements secrets qui auraient servi à financer un réseau accusé d’entraver des enquêtes impliquant des proches de Pedro Sánchez. La plus haute juridiction pénale espagnole enquête sur l’ancienne responsable du PSOE Leire Díez et d’autres personnes dans le cadre d’une campagne de dénigrement présumée visant des juges, des procureurs et des responsables de la sécurité.

– Inés Fernández-Pontes

PARIS 🇫🇷

Le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’il porterait plainte contre la cheffe de file d’extrême droite Marine Le Pen après le partage par celle-ci d’une vidéo lourdement éditée qui déformerait ses propos sur le concept de « nouvelle France ». Mélenchon a accusé Le Pen de « manipulation » et de lui avoir attribué à tort des déclarations. Son parti, La France insoumise, a réitéré que cette expression faisait référence à une vision progressiste et inclusive de la France, et non à l’ethnicité.

– Clara Vassent

OSLO 🇳🇴

La Norvège a rejoint mercredi le programme français de dissuasion nucléaire « avancée » en pleine expansion, alors qu’Emmanuel Macron et le Premier ministre Jonas Gahr Støre signaient un pacte de défense élargi à Paris. Dans le cadre du programme dévoilé par Macron en mars, les pays participants peuvent accueillir temporairement les « forces aériennes stratégiques » françaises, alors que l’Europe cherche à renforcer sa dissuasion face à des préoccupations croissantes en matière de sécurité et à l’incertitude entourant les garanties américaines.

– Christina Zhao

VARSOVIE 🇵🇱

Donald Tusk et Keir Starmer ont signé mercredi à Londres un nouveau traité de sécurité et de défense, approfondissant la coopération militaire en matière d’exercices conjoints, de cyberdéfense, de drones et de protection des infrastructures critiques. L’accord porte également sur la coopération en matière de défense aérienne et de missiles, ainsi que sur les liens entre les industries de défense. Les deux dirigeants ont identifié la Russie comme une menace à long terme pour l’OTAN, Starmer qualifiant ce pacte de « plus grand pas en avant » dans les relations bilatérales de défense « depuis une génération ».

– Charles Szumski

SOFIA 🇧🇬

Le Premier ministre Rumen Radev a appelé à un « changement » dans la politique européenne vis-à-vis de l’Ukraine lors d’une visite à Paris mercredi, affirmant que l’UE devrait « enfin accepter d’entamer des négociations avec la Russie ». Avant ses entretiens avec Emmanuel Macron à l’Élysée, Radev a averti que la poursuite d’une « victoire conventionnelle sur la plus grande puissance nucléaire » risquait d’entraîner une escalade et a déclaré que la Bulgarie resterait « extrêmement prudente » quant à l’octroi d’une aide militaire et financière supplémentaire à Kiev.

– Konstantin Karadjov

TIRANA 🇦🇱

Le Premier ministre albanais Edi Rama a déclaré qu’il soutiendrait une proposition visant à suspendre temporairement le droit de veto des nouveaux États membres de l’UE sur les questions de politique étrangère, arguant que l’élargissement nécessitait des solutions « créatives » alors que l’Europe est confrontée à la guerre à ses portes. S’exprimant aux côtés de la commissaire à l’élargissement Marta Kos, Rama a affirmé que l’Albanie ferait « tout ce qu’il faut » pour rejoindre l’Union et a exhorté Bruxelles à accélérer les négociations d’adhésion, en particulier avec la Moldavie. Lisez l’article complet.

– Magnus Lund Nielsen

BELGRADE 🇷🇸

Le président Aleksandar Vučić a fait savoir que la Serbie avait obtenu 953 millions d’euros de nouveaux investissements chinois lors de sa visite en Chine, notamment pour des projets de haute technologie et des programmes de formation destinés à 500 jeunes. Vučić a également indiqué que la première phase de production de robots humanoïdes en Serbie débuterait d’ici le 15 juillet, alors que Belgrade cherche à approfondir ses liens avec Pékin au-delà des infrastructures pour s’étendre à la robotique, à l’IA et à la fabrication de pointe.

– Bronwyn Jones

PRAGUE 🇨🇿

La Commission européenne a demandé aux autorités tchèques de préciser si Andrej Babiš se trouve toujours en situation de conflit d’intérêts lié à Agrofert, ont rapporté les médias tchèques. Bruxelles a averti que les subventions liées au conglomérat ne devaient pas être remboursées sur le budget de l’UE tant qu’il ne serait pas clairement établi que Babiš ne tire plus aucun bénéfice de l’entreprise. Babiš soutient depuis longtemps que la question a été résolue par le placement d’Agrofert dans des fonds fiduciaires.

– Aneta Zachová


Editrices.teur Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Magnus Lund Nielsen, Elisa Braun, Bruno Waterfield, Mátyás Varga, Alice Tidey, Sofia Sanchez Manzanaro

Traductrice : Clara Vassent