Les dossiers clés de la rentrée
Également dans l'édition de mercredi : prêts à la défense, budget de l'UE, autorité de surveillance financière
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 29 juillet. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax.
À retenir :
🟢 Du climat à l’élargissement : les dossiers à suivre cet automne
🟢 Merz estime que le budget de l’UE doit faire l’objet de coupes de plusieurs centaines de milliards
🟢 La Commission exhorte l’Italie à débloquer les prêts de défense SAFE
L’Europe, vue de Bruxelles
Le quartier européen est aujourd’hui méconnaissable, le rond-point Schuman – la fameuse poêle géante de Bruxelles – étant étrangement silencieux.
Ce calme ne durera pas. Lorsque les institutions reprendront leurs activités après l’été, leurs fonctionnaires se retrouveront confrontés à l’une des périodes d’automne les plus chargées et les plus décisives de ces dernières années.
Au-dessus de tout autre sujet trône la bataille autour du prochain budget à long terme. Les négociations entrent dans une phase décisive, la présidence irlandaise du Conseil étant chargée de trouver un nouveau compromis d’ici octobre afin de tenter de combler le fossé entre deux camps qui restent à des années-lumière l’un de l’autre, dans l’espoir de parvenir à un accord d’ici la fin de l’année.
D’un côté se trouvent les « modernisateurs » autoproclamés – mieux connus sous le nom d’États frugaux – qui plaident pour un budget allégé, axé sur la défense, la compétitivité et d’autres nouvelles priorités. Face à eux, les « Amis de la cohésion », déterminés à préserver les dépenses traditionnelles consacrées à l’agriculture et au développement régional.
Les capitales devront également régler la question épineuse des nouvelles ressources propres, avec des propositions allant des taxes sur le tabac et les déchets électroniques à une contribution des entreprises, afin de contribuer au financement du prochain budget. Rien n’indique que les gouvernements soient prêts à céder sur leurs positions bien ancrées.
L’élargissement constituera un autre dossier déterminant. Après l’ouverture de deux chapitres de négociation avec l’Ukraine et la Moldavie, l’attention se portera sur la possibilité d’ouvrir les chapitres restants malgré les objections de la Hongrie. Les dirigeants de l’UE devraient également définir une feuille de route révisée pour l’adhésion lors de leur sommet d’octobre.
Bruxelles suivra également de près l’Islande. D’ici fin août, les électeurs décideront s’il convient de relancer la candidature à l’adhésion à l’UE du pays, gelée depuis longtemps — une perspective alléchante compte tenu de la richesse de l’Islande et de sa capacité à remplir rapidement les critères d’adhésion de l’Union.
La Commission devrait également dévoiler de nouvelles mesures de défense commerciale visant la Chine, notamment un éventuel mécanisme destiné à aider les entreprises à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement, alors que Bruxelles intensifie ses efforts pour contrer ce qu’elle considère comme des subventions industrielles déloyales et des distorsions du marché.
Sur le plan numérique, l’exécutif s’apprête à relancer l’un des plus grands débats politiques de l’année en présentant, après la pause estivale, des restrictions à l’échelle de l’UE concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.
La politique climatique viendra compléter un agenda déjà bien chargé. Les capitales de l’UE doivent décider s’il convient de ralentir la réduction annuelle du plafond d’émissions applicable à l’industrie et à la production d’électricité, alors que les gouvernements exercent une pression croissante pour alléger le fardeau du marché du carbone, fleuron de l’Union. Ce débat s’annonce comme l’un des combats écologiques déterminants de l’automne.
Merz réclame des coupes budgétaires de plusieurs centaines de milliards
L’Allemagne intensifie la pression dans la bataille autour du prochain budget à long terme de l’UE, Friedrich Merz ayant indiqué que des coupes de « plusieurs centaines de milliards d’euros » doivent être effectuées avant que Berlin ne puisse donner son accord, rapporte Björn Stritzel.
« Nous avons besoin d’un projet de budget prévoyant des coupes dans tous les domaines, pour un montant total de plusieurs centaines de milliards d’euros », a déclaré Merz mardi à Dublin, qualifiant d’« inacceptable » la proposition de la Commission qui s’élève à 2 000 milliards d’euros.
Le plus grand contributeur net de l’Union a également tracé une ligne rouge quant à la taxe sur les entreprises proposée par l’exécutif européen, affirmant que celle-ci est « hors de question ».
Ces remarques interviennent alors que la présidence irlandaise du Conseil est confrontée à la tâche herculéenne de synthétiser les exigences contradictoires des capitales dans un cadre de négociation révisé, en vue du sommet des dirigeants de l’UE prévu en octobre. Lisez l’article complet.
La lune de miel de Magyar est-elle terminée ?
Le gouvernement hongrois pro-UE est confronté à son premier revers politique après un processus de nomination présidentielle raté qui a entamé le soutien dont bénéficie le Premier ministre Péter Magyar.
Un sondage Medián réalisé en juillet a montré que le soutien au parti Tisza, au pouvoir et pro-UE, est tombé à 57 %, contre 61 % en mai, tandis que le Fidesz, parti national-conservateur de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, a légèrement progressé pour atteindre 19 %. Un autre sondage Publicus a révélé que la cote de popularité de Péter Magyar en tant que Premier ministre a chuté de 72 % à 62 % au cours de la même période. Lisez l’article complet.
L’Italie, hésitante, risque de perdre des fonds européens de défense
La Commission a averti l’Italie qu’elle n’a « pas de temps à perdre » pour activer sa dotation de 14,9 milliards d’euros au titre du programme de prêts à la défense Security Action for Europe (SAFE) de l’UE, rapporte Pietro Guastamacchia.
La confusion a régné à Rome mardi lorsque le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a d’abord déclaré que l’Italie prélèverait la totalité du montant, avant de préciser qu’elle n’avait fait que « réserver » l’allocation maximale et qu’elle déciderait d’ici la fin de l’année de solliciter entre 6 et 9 milliards d’euros.
Bruxelles a averti qu’attendre jusqu’en décembre ne laisserait pas suffisamment de temps pour redistribuer les fonds inutilisés à d’autres États membres de l’UE. Cette incertitude a également mis en évidence des divisions au sein de la coalition au pouvoir en Italie, où le parti d’extrême droite La Ligue s’oppose à la souscription de ces prêts.
Par ailleurs, la Commission s’apprête à réaffecter une partie des fonds SAFE non dépensés à l’industrie ukrainienne des drones. Lisez l’article complet.
Le directeur de l’APPF s’en sort de justesse
L’Espagne, le Portugal et la République tchèque se sont joints à la France pour s’abstenir lors du vote sur la nomination du nouveau directeur de l’organisme de surveillance du financement des partis politiques de l’UE, Le Monde a rapporté.
Rapporteur a été le premier à révéler les inquiétudes de plusieurs pays concernant l’opacité du processus de recrutement supervisé par les secrétaires généraux du Parlement européen, de la Commission et du Conseil. Des diplomates ont également souligné les publications favorables de Philippe Musquar sur les réseaux sociaux à l’égard du PPE.
Louis Drounau, expert des partis politiques européens et de l’organisme de surveillance, connu sous le nom d’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes (APPF), a indiqué à Rapporteur qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des candidats n’ayant pas exprimé publiquement leurs opinions politiques. Bien que l’activité sur les réseaux sociaux ne constitue pas à elle seule une preuve de partialité, il a estimé qu’il s’agit d’un « coup dur » pour la crédibilité du processus de recrutement.
Il a cité « un délai de candidature assez court, l’absence de publicité sur le site web de l’APPF, l’absence d’informations publiques sur les candidats présélectionnés et un processus décisionnel opaque », ajoutant : « Il est clair que cela doit être amélioré avant la prochaine nomination. »
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- La baisse du niveau des cours d’eau sème le chaos en Europe centrale
- Les attaques en mer Noire ravivent les craintes d’une crise sur le marché céréalier
- Opinion : les feux de forêt en Europe risquent d’entrer dans un nouveau cercle vicieux
Les capitales
KIEV 🇺🇦
Lors d’une visite à Washington à l’occasion des funérailles du sénateur républicain Lindsey Graham, Volodymyr Zelenskyy a remporté deux victoires diplomatiques : le Sénat américain a fait avancer un projet de loi bipartite sur les sanctions contre la Russie et Donald Trump a accepté d’envoyer pour la première fois ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner en Ukraine afin de relancer les pourparlers de paix. Trump et Zelenskyy ont également discuté de l’augmentation de la production de missiles intercepteurs Patriot et d’un renforcement du soutien militaire américain.
– Christina Zhao
BERLIN 🇩🇪
Les futurs ministres allemands Carsten Linnemann (Santé), Steffen Bilger (Transports) et Nina Warken (Chancellerie) recevront aujourd’hui leurs lettres de nomination des mains du président Frank-Walter Steinmeier. Ils ne prêteront serment qu’à la reprise des travaux du Bundestag, bien que la Loi fondamentale exige que les ministres prêtent serment après leur nomination. Friedrich Merz a affirmé que cette procédure est légale, mais les constitutionnalistes sont divisés.
– Magdalena Kensy
NICOSIE 🇨🇾
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, accueillera mercredi le dirigeant chypriote grec Nikos Christodoulides et le dirigeant chypriote turc Tufan Erhürman pour des entretiens conjoints visant à relancer le processus de paix sur l’île, actuellement au point mort. Cette réunion, qui se tiendra dans la zone tampon de l’ONU, fait suite à des entretiens séparés avec chacun des dirigeants et à un dîner privé mardi. Guterres devrait évaluer si les récents efforts visant à instaurer la confiance peuvent ouvrir la voie à des négociations plus larges.
– Charles Szumski
BUDAPEST 🇭🇺
Le Parlement hongrois a approuvé la création d’un Office national de recouvrement et de protection des biens par 143 voix contre 47, instituant ainsi un organisme indépendant chargé d’enquêter sur la corruption financière et de récupérer les biens publics volés. Cet office sera habilité à accéder à des locaux privés et à des salles de serveurs, et disposera d’un pouvoir d’action publique dans les affaires de recouvrement d’actifs. Le projet de loi a été soutenu par le parti au pouvoir, Tisza, et le Parlement doit nommer sa direction dans un délai de 30 jours.
– Mátyás Varga
MADRID 🇪🇸
Pedro Sánchez a profité de sa dernière conférence de presse avant la pause estivale pour défendre le bilan de son gouvernement et qualifier de cas isolés les scandales de corruption de plus en plus nombreux touchant son entourage proche. Confronté à une pression politique croissante et à une paralysie parlementaire, Sánchez a mis en avant la croissance économique et les réformes sociales de l’Espagne tout en attaquant le Parti populaire (opposition), insistant sur le fait que son gouvernement a agi de manière décisive contre la corruption. Lisez l’article complet.
– Inés Fernández-Pontes
VARSOVIE 🇵🇱
Le Tribunal constitutionnel polonais a jugé qu’un règlement gouvernemental autorisant la transcription des mariages entre personnes de même sexe enregistrés à l’étranger est en partie inconstitutionnel, quelques semaines avant son entrée en vigueur prévue le 23 août. Le tribunal a déclaré que la loi polonaise ne reconnaît que les mariages entre une femme et un homme. Cette décision fait suite à un arrêt rendu en mars par la Cour administrative suprême, ordonnant aux autorités d’enregistrer un mariage entre personnes de même sexe célébré dans un autre pays de l’UE.
– Charles Szumski
SKOPJE 🇲🇰
Le Premier ministre Hristijan Mickoski a accusé l’UE de « harceler » Skopje en insistant pour qu’elle adopte les amendements constitutionnels requis dans le cadre de son processus d’adhésion, tout en reprochant à la Bulgarie d’ignorer les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme concernant des organisations macédoniennes. Bruxelles a clairement indiqué que les négociations d’adhésion resteraient au point mort jusqu’à l’adoption de ces amendements, une position réitérée par António Costa lors d’une visite en juin.
– Bronwyn Jones
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeur : Bruno Waterfield
Traductrice : Clara Vassent