Bruxelles veut définir le cidre, mais la recette ne fait pas l’unanimité

L’Union européenne explore de nouvelles pistes pour définir juridiquement ce qui peut être appelé « cidre ». Cette réflexion intervient alors que Bruxelles prépare un règlement encadrant cette boisson emblématique à base de pommes, attendu pour 2026.

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À ce jour, aucune définition harmonisée du cidre n’existe à l’échelle de l’UE. La Commission souhaite combler ce vide afin d’aider les consommateurs à mieux distinguer les produits commercialisés sous cette appellation dans l’ensemble du marché européen et à garantir une information plus claire sur leur composition.

Selon les analystes du secteur, le marché du cidre et du poiré représente environ 6 milliards d’euros.

La France et l’Espagne figurent parmi les principaux producteurs au sein de l’Union. Côté consommation, l’Espagne, l’Allemagne, l’Irlande et la France comptent parmi les marchés les plus importants, même si le Royaume-Uni demeure de loin le premier débouché européen pour le cidre.

Lors d’une réunion à huis clos jeudi, la Commission européenne a présenté plusieurs pistes visant à harmoniser les règles d’étiquetage. D’après un projet d’actes délégués pour 2026 consulté par Euractiv, ces nouvelles règles pourraient entrer en vigueur dès avril.

Cette initiative est soutenue par plusieurs États membres désireux de protéger les producteurs traditionnels face à la concurrence de boissons issues de mélanges industriels.

Dans les régions françaises de Bretagne et de Normandie, bastions du cidre, les producteurs sont fiers de leurs boissons élaborées à partir de 100 % de jus de pomme. Le nord de l’Espagne a une tradition puriste similaire : des boissons sèches, acidulées et entièrement fermentées à partir de pommes.

Plus au nord, la situation est différente. Dans les pays nordiques, une grande partie du secteur du cidre grand public repose sur des recettes différentes, où la teneur en jus de pomme peut descendre en dessous de 20 %, même si les versions artisanales gagnent également du terrain.

De la sidra à l’Apfelwein

La dernière proposition de la Commission esquisse un système de classification à trois niveaux.

L’appellation « cidre premium » serait réservée aux boissons contenant 100 % de jus de pomme, « cidre » à celles contenant au moins 50 % de jus de pomme et « à base de cidre » à celles dont la teneur minimale en jus est de 20 %.

Une autre idée à l’étude consisterait à associer les appellations traditionnelles « sidra », « cidre » et « Apfelwein » aux boissons produites respectivement en Espagne, en France, en Allemagne et en Autriche. Ces appellations exigeraient également une teneur en jus de fruits de 100 %.

Un diplomate européen a confié à Euractiv que le texte semblait constituer une amélioration par rapport aux versions précédentes, mais qu’il devait encore être affiné, notamment pour trouver le juste équilibre entre la protection des méthodes traditionnelles et la prise en compte des producteurs industriels.

La dernière approche est nettement plus souple que le projet présenté l’année dernière, qui proposait une teneur minimale en jus de 50 % pour toute boisson étiquetée « cidre » ou « poiré ». Ce projet avait incité la Suède, le Danemark et la Finlande à mettre en garde la Commission contre le risque de freiner la croissance de leurs secteurs nationaux.

Mais même les puristes français, qui ont à plusieurs reprises insisté sur le fait qu’il fallait soit « 100 % de jus de pomme, soit rien », ont rejeté la proposition, la jugeant trop permissive.

Conséquences imprévues

Une deuxième proposition présentée en octobre concernant des règles d’étiquetage facultatives s’est également heurtée à une résistance, plusieurs pays la jugeant trop complexe, selon le procès-verbal de la réunion.

La France, la Pologne, la Belgique et l’Italie ont été les plus insistantes pour obtenir une définition claire à l’échelle de l’UE lors des discussions de l’automne dernier. Le Danemark, la Finlande, la Suède et l’Irlande ont émis des réserves.

Mais d’autres restent méfiants. Un deuxième diplomate a déclaré que le dernier projet risquait de devenir « très confus pour les consommateurs ».

Plus largement, il considère que ces nouvelles règles de commercialisation vont à l’encontre de l’objectif de simplification affiché par la Commission. Selon lui, les consommateurs prêts à payer davantage pour un cidre artisanal de qualité ne risquent pas de le confondre avec un cidre industriel vendu à bas prix.