Bruxelles veut moins de fonds pour la Pologne, plus pour l’Italie
La Commission européenne souhaite réorienter les fonds européens vers les pays du Sud de l’Europe, toujours aux prises avec la crise économique, au détriment des États de l’Est comme la Pologne.
La Commission européenne souhaite réorienter les fonds européens vers les pays du Sud de l’Europe, toujours aux prises avec la crise économique, au détriment des États de l’Est.
L’exécutif européen a plaidé pour de nouvelles méthodes d’attribution des financements versés dans le cadre de la politique de cohésion de l’Union dans ses budgets post-Brexit pour 2021-2027, lors d’une session plénière du Parlement européen à Strasbourg.
« Nous proposons aujourd’hui une politique de cohésion pour toutes les régions, qui ne laisse personne de côté » et « adaptée aux nouvelles priorités », a fait valoir devant la presse la commissaire chargée de la politique régionale, Corina Cretu.
Proud of our proposal for #CohesionPolicy beyond 2020: simpler rules, less red tape, big urban dimension, easier cross-border cooperation, and above all: support for EVERY region! Here it is, and in all languages: https://t.co/RI2Z5MSN3n pic.twitter.com/E1Vhglv0Mk
— Corina Creţu (@CorinaCretuEU) May 29, 2018
Le gouvernement polonais a jugé cette proposition « inacceptable ». « Nous rejetterons toute proposition discriminatoire à l’égard de la Pologne et de la région » d’Europe centre-orientale, a déclaré a l’agence PAP Konrad Szymanski, le vice-ministre des Affaires étrangères responsable des questions européennes.
La Commission avait déjà proposé début mai, mais sans entrer dans le détail, de réduire d’environ 7 % le budget global de la politique de cohésion de l’UE pour 2021-2027, pour tenir compte notamment de la perte de la contribution britannique à partir de 2021.
La politique de cohésion vise à réduire les disparités économiques entre régions, via notamment le fonds social européen ou les fonds dits de cohésion, dont la Pologne est la principale bénéficiaire (et le resterait, de beaucoup, si les projets de Bruxelles se concrétisaient).
Ces fonds sont attribués principalement aux pays dont le PIB par habitant est situé sous un certain seuil, mais l’exécutif européen veut désormais tenir davantage compte d’autres critères comme le chômage des jeunes ou l’accueil de migrants.
« Les pays comme la Slovaquie, les pays baltes ou la Pologne reçoivent moins d’argent dans notre proposition de budget pour la politique de cohésion, parce qu’ils sont devenus plus compétitifs, qu’ils ont grandi économiquement », a expliqué le commissaire au Budget Günther Oettinger devant les eurodéputés.
« D’autres, parce qu’ils sont restés un peu plus en stagnation ces dernières années, comme les Italiens, reçoivent plus d’argent », a-t-il ajouté.
La Commission n’a pas détaillé les évolutions par pays des fonds qui seraient perçus. Mais selon des sources européennes, la Pologne et la Hongrie toucheraient par exemple plus de 20 % de moins dans le prochain budget pluriannuel, tandis que la Grèce toucherait par exemple 8 % de plus, l’Italie 6 % de plus et l’Espagne 5 % de plus.
Confused about the EU budget figures on cohesion? @MehreenKhn has saved the day. Her table shows the Commission's allocation numbers — and the (unpublished) internal figures that help us understand what they mean
Read more here: https://t.co/ElMAWT9qC4 pic.twitter.com/hd8HW49sHf
— Alex Barker (@alexebarker) May 29, 2018
Les eurodéputés contestent le chiffrage par la Commission d’une coupe globale de 7 % dans la politique de cohésion. Selon des calculs réalisés par les services du Parlement, les projets de Bruxelles aboutiraient en réalité à une baisse de 10 % au total, « incluant une réduction de 45 % aux Fonds de cohésion » destinés aux pays les moins développés.
L’exécutif européen a également proposé une baisse de 5 % dans les fonds de la Politique agricole commune (PAC), fortement critiquée par la France.
Des tractations tendues se profilent autour du « Cadre financier pluriannuel » (CFP) pour 2021-2027, pour lequel toute décision finale requiert une décision unanime des États membres de l’Union.