Budapest met la patience de l’OTAN à l’épreuve en retardant l’adhésion de la Suède

La Hongrie fait obstacle au processus de ratification parlementaire de l’adhésion de la Suède à l’OTAN, un jour après qu’Ankara a annoncé qu’elle donnait son feu vert.

Euractiv.com
2022 NATO Summit in Madrid
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. [EPA-EFE/Fernando Villar]

La Hongrie fait obstacle au processus de ratification parlementaire de l’adhésion de la Suède à l’OTAN, un jour après qu’Ankara a annoncé qu’elle donnait son feu vert.

La décision de la Turquie d’entamer le processus de ratification nationale de l’adhésion de la Suède à l’OTAN « n’affecte pas la position de la Hongrie sur la question », a écrit Zoltan Kovacs, porte-parole du cabinet du Premier ministre pour les affaires internationales, sur X mardi (24 octobre).

Peu après le début de la guerre en Ukraine, la Finlande et la Suède ont demandé à rejoindre l’OTAN. Cependant, le veto turco-hongrois a dissocié la candidature commune des deux pays. En avril 2023, la Finlande a rejoint l’Alliance, mais la candidature de la Suède est restée bloquée.

La Suède attend toujours l’aval du parlement hongrois sur son projet de loi d’adhésion, qui constitue la dernière étape obligatoire du processus de ratification nationale pour être autorisée à rejoindre l’alliance militaire occidentale.

Le gouvernement hongrois a accusé Stockholm d’ingérence et de critiquer la démocratie et l’État de droit dans le pays sur X en septembre et a utilisé cette accusation pour justifier le retard pris par les membres du parlement dans l’adoption du projet de loi.

Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, s’est montré optimiste mardi, déclarant qu’il avait reçu « à plusieurs reprises l’assurance du Premier ministre hongrois [Viktor Orbán] qu’ils ne retarderaient pas le processus pour la Suède ». Il a toutefois refusé de s’avancer en donnant une date possible pour l’adhésion.

L’OTAN n’a pris aucune mesure pour jouer le rôle de médiateur et les diplomates ont rejeté à plusieurs reprises l’idée que les Hongrois puissent décider d’entraver le processus de ratification.

Ils ont préféré faire pression sur Ankara, qui avait reporté le processus de ratification de la demande d’adhésion en affirmant que Stockholm ne s’attaquait pas assez vigoureusement au terrorisme et servait de refuge aux activistes kurdes qu’Ankara considère comme des terroristes.

Toujours pas de calendrier

Les processus de ratification de la Hongrie et de la Turquie sont désormais alignés, mais on ne sait toujours pas quand les deux parlements voteront sur la question et donneront leur aval au projet de loi d’adhésion de la Suède.

« Le parlement hongrois est le parlement souverain d’un pays souverain, il prendra donc une décision souveraine sur cette question », a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, selon M. Kovacs.

La Turquie avait utilisé le même argument en juillet pour justifier le fait que le projet de loi pourrait prendre beaucoup de temps avant d’être adopté par son parlement.

Ulf Kristersson est donc resté prudent, refusant de donner un calendrier pour l’adhésion à part entière de son pays à l’alliance militaire occidentale.

« Je ne fixe aucune date », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse mardi, avant d’ajouter qu’il avait « toujours été convaincu que [la Suède] arriverait là où nous sommes aujourd’hui et que cela conduirait à la ratification finale par les deux parlements [de la Turquie et de la Hongrie] ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a également déclaré aux journalistes, à côté de M. Kristersson, qu’il « [avait] reçu exactement les mêmes signaux que Ulf [Kristersson], à savoir que la Hongrie ne retardera pas le processus, que la Hongrie ne sera pas le dernier pays à ratifier ».

« Et puisqu’il y a deux pays qui n’ont pas ratifié, il va sans dire que cela devrait également se faire rapidement en Hongrie », a-t-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]