Budget de l’UE : des amendements de l’extrême droite mettent à rude épreuve le cordon sanitaire du Parlement européen

Le Parlement européen n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur la manière dont le budget 2025 de l’UE devrait être dépensé en raison d’un désaccord entre les groupes traditionnels sur les amendements proposés par les partis d’extrême droite.

/ EURACTIV.com
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Au cœur de la polémique à Strasbourg se trouve un amendement demandant un « financement approprié » pour les clôtures aux frontières extérieures de l’UE, proposé par le groupe d’extrême droite Europe des nations souveraines. L’amendement a été adopté avec le soutien d’une large majorité de droite, y compris le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui est le groupe le plus important du Parlement. [ ©European Union 2024 - Source : EP]

Le Parlement européen n’est pas parvenu, mercredi 23 octobre, à se mettre d’accord sur la manière dont le budget 2025 de l’Union européenne (UE) devrait être dépensé en raison d’un désaccord entre les groupes traditionnels sur les amendements proposés par les partis d’extrême droite.

La position du Parlement sur le budget — qui ne traite que des sommes allouées aux différents départements et programmes de l’UE — a été adoptée. En revanche, sa résolution habituelle, qui est non contraignante, sur la manière dont l’argent devrait être utilisé par les différents organes de l’UE, n’a pas pu être approuvée en raison de désaccords entre les différents groupes du Parlement.

Au cœur de ces désaccords : un amendement demandant un « financement approprié » pour des clôtures aux frontières extérieures de l’UE, proposé par le groupe d’extrême droite Europe des nations souveraines. L’amendement a été adopté avec le soutien d’une large majorité de droite, y compris le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui est le plus grand groupe au sein de l’hémicycle.

Cette situation a incité les groupes libéraux et de gauche du Parlement à voter contre l’ensemble de la résolution amendée. Pour eux, le fait de voter en faveur d’un amendement du groupe Europe des nations souveraines — quel que soit son contenu — constitue une violation du « cordon sanitaire ».

Parallèlement à cela, l’adoption de cet amendement n’a pas suffi à persuader les autres partis d’extrême droite de voter en faveur de la résolution dans son ensemble.

Dans un communiqué de presse publié après le vote de mercredi, le groupe libéral Renew Europe a déclaré : « Une provocation de l’extrême droite, malheureusement soutenue par une grande partie de la droite, n’a pas permis à Renew Europe de voter aujourd’hui en faveur de la résolution parlementaire accompagnant le projet de budget de l’UE pour 2025 ».

L’eurodéputée française Fabienne Keller (Renew), citée dans le communiqué de presse du groupe, a fustigé le PPE. « Nous avions construit un bon compromis avec le PPE, les Socialistes et Démocrates européens et les Verts. Compromis que le PPE a choisi de rejeter en faveur d’un alignement sur la majorité alternative d’extrême droite ».

De son côté, Andreas Schwab — eurodéputé allemand du PPE — a confié à Euractiv lors d’un entretien que « la gauche a décidé de bloquer l’ensemble de la résolution en raison du vote de l’extrême droite », plaisantant sur le fait que cela pourrait être interprété comme une coopération entre la gauche et l’extrême droite, qui s’est également opposé au texte. « Mais il serait trop bête d’entamer ce genre de discussion », s’est-il ravisé.

Un équilibre politique délicat

Cette situation est une conséquence de l’équilibre politique délicat qui est apparu au sein du Parlement européen après les élections de juin. Le PPE ne dispose pas d’une majorité à lui seul, mais il est suffisamment important pour pouvoir choisir à former des majorités aussi bien à sa gauche qu’à sa droite sur certains votes.

Officiellement, le PPE a accepté de coopérer avec les Socialistes et Démocrates européens (S&D), les libéraux de Renew Europe et les Verts/ALE sur une série de priorités convenues avant les élections.

Mais dans certains autres cas, comme l’amendement de mercredi sur les clôtures aux frontières de l’UE, le groupe de centre droit peut faire passer des mesures plus conservatrices grâce aux votes des groupes d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), de l’Europe des nations souveraines et des Patriotes pour l’Europe.

« Le PPE ne recherche pas une coopération structurelle avec ces partis [d’extrême droite] », a assuré Andreas Schwab. « Nous n’avons que partiellement, dans un nombre très limité de cas, soutenu leurs amendements — et apparemment, pour eux, ce n’était pas suffisant », a-t-il précisé, faisant référence à l’opposition de l’extrême droite à la résolution dans son ensemble.

« Nous demandons instamment aux partis de gauche de ne pas bloquer les résolutions soutenues par l’extrême droite », a-t-il poursuivi.

Dans une déclaration envoyée à Euractiv, Tamás Deutsch — un eurodéputé hongrois membre des Patriotes pour l’Europe — a déclaré que son groupe « n’était pas concerné par le sort de la “grande coalition” du Parlement européen ».

« Nous voulons un budget qui soutienne la protection des frontières et défende l’Europe et les Européens », a-t-il expliqué. « La propagande de l’UE qui sape la souveraineté nationale, ainsi que le chantage politique institutionnalisé, le “djihad” de l’État de droit et le financement par l’UE de l’idéologie du genre et de la folie woke, doivent être stoppés. »

Négociations avec le Conseil

Les négociations avec le Conseil sur le budget 2025 devraient être conclues avant le 18 novembre.

Victor Negrescu, législateur roumain du groupe S&D qui dirigera l’équipe de négociation du Parlement dans les discussions budgétaires avec les États membres de l’UE, a ironisé sur le fait que l’échec de l’adoption de la résolution au Parlement rendait son travail plus facile.

« J’ai la chance de pouvoir négocier librement, sans résolution, sur la base des chiffres », a-t-il confié, expliquant que de telles résolutions imposaient parfois des « contraintes » aux négociateurs.

Toutefois, l’absence de résolution pourrait en réalité s’avérer détrimentaire pour le Parlement, qui ne pourra pas vraiment présenter d’arguments pour justifier les chiffres qu’il avancera.

Pour rappel, le Conseil de l’UE a appelé à d’importantes coupes budgétaires pour 2025, tandis que le Parlement européen souhaite augmenter le budget par rapport à la proposition de la Commission.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]