« Cap clair » pour « moment de bascule » : Raphaël Glucksmann dévoile son programme pour les Européennes
Le candidat socialiste – Place Publique Raphaël Glucksmann a présenté mercredi le programme de sa liste, à un mois d'un mois des élections européennes.
Le candidat socialiste – Place Publique Raphaël Glucksmann a présenté mercredi (15 mai) le programme de sa liste, à un mois d’un mois des élections européennes. Quatre piliers fondamentaux structurent sa réflexion autour d’une « puissance écologique européenne » : l’urgence sécuritaire, la transition verte, la justice sociale et les réformes institutionnelles.
« Il y a des moments dans l’Histoire qui définissent les destins des peuples et même des civilisations », a lancé d’entrée de jeu le candidat Place Publique – Parti socialiste mercredi, lors d’une conférence de presse.
Sur un ton grave, Raphaël Glucksmann, entouré de ses colistiers Aurore Lalucq, Christophe Clergeau, Nora Mebarek et Thomas Pellerin-Carlin, mais aussi du chef de file des socialistes à l’Assemblée nationale, Olivier Faure, a égrainé pendant 45 minutes une fraction des 337 propositions que porte sa liste pour donner à l’Europe « un cap clair ».
Dans ce « moment de bascule », qui caractérise l’Union européenne au 21e siècle, l’heure serait à une « puissance écologique européenne », principe que le candidat avait déjà décliné lors d’un discours-fleuve à Strasbourg en avril.
Sécurité, écologie, social, démocratie
Cette puissance écologique européenne prendrait forme par le renforcement de quatre piliers interconnectés.
D’abord, « la sécurité et la guerre qui sont la réalité immédiate à laquelle l’Europe est confrontée ». Saisie des 206 milliards d’euros d’avoirs gelés russes dans les comptes bancaires européens, fonds de 100 milliards d’euros pour l’Ukraine : si la situation sur le front est ukrainien est particulièrement instable, avec quelques avancées majeures de la Russie, « il n’est pas trop tard pour agir », martèle le candidat.
Ensuite, « pour répondre à cette question sécuritaire, on a besoin de notre souveraineté » qui passe en premier chef par « une révolution énergétique [car] notre première dépendance, c’est une dépendance énergétique ».
Sortir des énergies fossiles est une urgence pour le socialiste, couplée d’un large plan d’investissements verts que viendra financer un nouvel emprunt commun, mais aussi la taxation des « super riches » ou encore la généralisation de la « taxe carbone » aux frontières de l’UE à tout bien et service produit de manière déloyale vis-à-vis des règles européennes.
La Politique agricole commune (PAC), au cœur de la colère agricole depuis le mois de janvier, doit en outre être revue de fond en comble, afin « d’éliminer les aides à l’hectare pour aller vers les aides à l’emploi et à l’utilité écologique » et de garantir des prix planchers pour les agriculteurs. Avec comme objectif final, selon le candidat, de passer « d’un continent de consommateurs à un continent de producteurs ».
Troisièmement, la transition verte ne pourra se faire, insiste M. Glucksmann, qu’avec « un moment de solidarité sociale ». Il souhaite lancer un « plan Marshall » pour le logement et la rénovation thermique des bâtiments – en commençant par les écoles, explique-t-il – et soutient la création d’une « clause de l’Européenne la plus favorisée ». Deux enjeux qui devraient être présentés comme des priorités de début de mandat dès juillet par le groupe Socialistes & Démocrates (S&D).
Ce n’est qu’une fois cette solidarité sociale acquise, dans la réflexion du socialiste, que l’Europe pourra aller vers une « consolidation de la démocratie », et ainsi mieux « résister à l’offensive de régimes autoritaires ».
Allant dans le sens du « rapport Verhofstadt », adopté par les eurodéputés en novembre dernier, le socialiste soutient donc la fin du droit de véto sur les questions fiscales et de politique étrangère, ainsi que l’octroi au Parlement européen d’un pouvoir d’initiative législative, en plus de la Commission européenne.
Numéro d’équilibriste
Le candidat jure la main sur le cœur qu’il n’a pas lu les programmes des autres partis. « C’est du ‘home-made » dit-il de ses propositions, mais une chose est claire : il refuse toute comparaison hâtive avec les propositions des Ecologistes ou de Renaissance, qui peuvent parfois sembler presque identiques.
Sur la PAC, les accords de libre-échange et les ambitions écologiques, « nous n’avons pas la même vision [que Renaissance] », balaye l’eurodéputé sortant, qui reconnaît des liens philosophiques plus forts avec les Verts, même s’il ne soutient pas la proposition de Marie Toussaint de sortir du nucléaire à horizon 2040.
Raphaël Glucksmann sait aussi qu’il joue ce mercredi un numéro d’équilibriste, alors qu’il est attaqué à sa gauche par La France insoumise (LFI), mais aussi par les macronistes à sa droite. La première ne voit en lui rien d’autre qu’un « Petit Macron » ; les seconds affirment qu’il serait « l’arbre qui cache la forêt Nupes ».
Cette colère de ses adversaires politiques ne vient pas de nulle part. « [Raphaël] Glucksmann prospère sur la faiblesse de ses concurrents » écrivait le politologue Brice Teinturier dans une tribune au Monde le 29 avril.
D’un côté, la radicalisation de Jean-Luc Mélenchon, qui sature le champ médiatique à la gauche de la gauche, faisant fi des thèmes européens – et de sa tête de liste Manon Aubry – au profit de l’unique question de la question palestinienne, fait fuir des électeurs de gauche vers le PS.
De l’autre, des centristes pro-Européens, soutiens d’Emmanuel Macron en 2017, quittent Renaissance pour Raphaël Glucksmann afin d’exprimer des désaccords profonds face à des réformes qui ont rythmé le nouveau mandat du président de la République, en premier chef la réforme des retraites.
Ces réformes, fruits d’une « droitisation » du chef de l’État, « f[ont] que [l]es électeurs de centre gauche, anciennement partisans de François Hollande, ne se retrouvent plus vraiment dans le macronisme actuel, a fortiori dans un scrutin où la stature présidentielle ne joue pas », précise M. Teinturier.
Quant à la campagne de la candidate des Écologistes Marie Toussaint, elle peine à imprimer et se hisse avec difficulté au-dessus de la barre fatidique des 5 %.
Par conséquent, si le Rassemblement national (RN) continue de caracoler en tête avec 31,5 % des intentions de vote, selon un sondage Toluna-Harris Interactive pour Challenges, M6 et RTL publié mercredi, le PS ne cesse de réduire son écart d’avec Renaissance, à 14 et 15 % respectivement.
Marcher sur une ligne de crête afin de répondre aux attentes des déçus d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon, tout en ratissant plus large pour garder la dynamique positive des socialistes dans les sondages : voilà la mission du candidat d’ici au 9 juin.