Ce qu’il faut retenir du discours de Vladimir Poutine à la nation
Lors de son discours sur l’état de la nation mardi à Moscou, le président russe Vladimir Poutine n’a pas laissé entrevoir qu’il envisageait de mettre fin à la guerre en Ukraine dans un avenir proche, alors qu’il n’a atteint aucun de ses objectifs près d’un an après le début de l’invasion.
Lors de son discours sur l’état de la nation mardi (21 février) à Moscou, le président russe Vladimir Poutine n’a pas laissé entrevoir qu’il envisageait de mettre fin à la guerre en Ukraine dans un avenir proche, alors qu’il n’a atteint aucun de ses objectifs près d’un an après le début de l’invasion.
S’exprimant devant 1 500 membres de l’élite politique et militaire russe, dont les deux chambres du parlement, Vladimir Poutine a commencé par rappeler les raisons pour lesquelles l’invasion de l’Ukraine a été, selon lui, imposée à la Russie par l’Occident.
À l’approche de l’anniversaire de l’invasion, qui aura lieu vendredi, M. Poutine a de nouveau affirmé que l’Ukraine et ses alliés occidentaux avaient « commencé la guerre » et a insisté sur le fait qu’il n’abandonnerait pas l’« opération militaire spéciale » en Ukraine.
Au cours de l’année écoulée, l’armée russe a essuyé revers sur revers, n’atteignant pas son objectif de prendre le contrôle de l’Ukraine, ni celui de prendre la capitale du pays, Kiev, en trois jours.
En outre, malgré les lourdes pertes subies, la Russie devrait lancer une nouvelle offensive au printemps. Le président russe n’a toutefois pas donné d’indication sur la suite des événements.
Aucun invité étranger n’a été convié au discours de M. Poutine, a indiqué Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, selon l’agence de presse nationale TASS.
L’Ukraine otage de l’Occident
Vladimir Poutine a également accusé l’Ukraine et l’Occident d’avoir planifié l’attaque de la région du Donbass en Ukraine avant l’invasion russe.
« Ce sont eux qui ont commencé la guerre », a affirmé M. Poutine, ajoutant que la Russie utilisait la force « afin de l’arrêter » et que Moscou avait fait « tout son possible pour résoudre le problème du Donbass de manière pacifique ».
Il a à nouveau accusé le gouvernement ukrainien d’être néonazi.
« Nous ne nous battons pas contre le peuple ukrainien », a déclaré M. Poutine. « Ils sont les otages du régime de Kiev et de ses maîtres occidentaux, qui ont en réalité occupé ce pays au sens politique, militaire et économique. »
Il a une fois de plus invoqué son discours habituel de « menace existentielle » pour la Russie, affirmant que l’Occident aurait « l’intention de transformer un conflit local en une phase de confrontation globale ».
« Ils ne peuvent pas non plus manquer de réaliser qu’il est impossible de vaincre la Russie sur le champ de bataille. C’est pourquoi ils mènent des attaques informatiques de plus en plus agressives contre nous », a ajouté le chef d’État.
« Je tiens à souligner que […] aucun pays au monde ne possède autant de bases militaires à l’étranger que les États-Unis. Il y en a des centaines […] dans le monde entier », a déclaré le président russe.
Faisant référence au soutien militaire croissant de l’Occident à Kiev, Vladimir Poutine a lancé une menace voilée, déclarant que « plus des systèmes occidentaux à longue portée seront livrés à l’Ukraine, plus nous serons obligés d’éloigner la menace de nos frontières ».
Annonçant d’autres mauvaises nouvelles pour la sécurité mondiale, il a annoncé que la Russie allait « mettre fin à sa participation » au New Start, le seul grand accord de contrôle des armes nucléaires qui était encore en vigueur entre Moscou et Washington.
Le département d’État américain avait déjà déterminé que la Russie ne respectait pas le traité New Start, ce qui a été annoncé à la fin du mois de janvier.
Donbass et reconstruction économique
Lors de so discours, le président russe s’est montré moins colérique et moins énergique que lors de son allocution de septembre, où il avait annoncé l’enrôlement de centaines de milliers de civils, et il a semblé se concentrer davantage sur la préparation de la société et de l’armée russes à des temps difficiles.
Il a également cherché à offrir un peu d’espoir en s’engageant à « protéger » la population du Donbass et en promettant un soutien aux territoires occupés de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et de Crimée.
« Nous avons déjà commencé et nous continuerons à construire un programme à grande échelle pour le redressement et le développement socio-économique de ces nouveaux sujets de la Fédération [ndlr : des territoires ukrainiens annexés par la Russie] », a-t-il déclaré.
« Nous voulons relancer les entreprises et les emplois dans les ports de la mer d’Azov, qui est redevenue une mer intérieure de la Russie, et construire de nouvelles routes modernes, comme nous l’avons fait en Crimée », a-t-il déclaré, en référence à la péninsule que la Russie a envahie et annexée en 2014.
« Cette terre, qui est la nôtre, redeviendra prospère », a déclaré M. Poutine, sans préciser en quoi consisteraient précisément ces projets.
Il a également annoncé la création d’un « fonds d’État spécial » pour apporter « une aide personnalisée aux familles des combattants morts et aux vétérans de l’“opération militaire spéciale” ».
L’impact des sanctions sur l’économie russe
Le président russe a affirmé que les sanctions économiques imposées par l’Occident n’ont pas paralysé la Russie.
Il a déclaré que la production économique de la Russie avait diminué de 2,1 % l’année dernière et a ajouté que ce chiffre était bien inférieur aux prédictions initiales sur l’ampleur des dégâts des sanctions occidentales sur l’économie du pays.
« Ils [les pays occidentaux] veulent faire souffrir le peuple [russe] […] mais leurs prévisions ne se sont pas concrétisés. L’économie et la gestion russes se sont avérées beaucoup plus fortes qu’ils ne le pensaient », a-t-il déclaré.
Le chiffre qu’il a fourni semble largement correspondre aux prévisions des institutions financières internationales. Selon la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 2022 a été une mauvaise année pour l’économie russe.
On estime qu’en 2022, le produit intérieur brut (PIB) de la Russie a chuté d’au moins 2,2 % dans le meilleur des cas et jusqu’à 3,9 % dans le pire des cas. En 2023, celui-ci devrait baisser de 5,6 % dans le scénario le plus pessimiste (celui de l’OCDE) ou de 3,3 % selon la Banque mondiale, alors que le FMI prévoit une légère croissance (0,3 %).
L’Inde et la Chine sont devenues les plus gros acheteurs de pétrole russe, par exemple, alors que les pays occidentaux ont restreint leurs achats et imposé des sanctions ; une démarche qui, selon M. Poutine, n’a nui qu’à eux-mêmes.
« Ceux qui imposent des sanctions se punissent eux-mêmes : ils ont provoqué des hausses de prix, des pertes d’emplois, une crise énergétique et nous les entendons dire à leur propre peuple que les Russes sont à blâmer […] l’économie et le système administratif de la Russie se sont révélés beaucoup plus résistants que l’Occident ne le pensait », a-t-il ajouté.
Sans étayer son propos, Vladimir Poutine a déclaré que « de nombreux secteurs civils fondamentaux de l’économie nationale non seulement n’ont pas diminué mais ont même augmenté leur production ».
Il s’en est également pris aux entrepreneurs russes qui utilisent leurs bénéfices pour acheter des « yachts, des domaines et des biens immobiliers d’élite » à l’étranger, les exhortant à oublier les biens qu’ils ont pu perdre à cause des sanctions occidentales.
« Aucun des simples citoyens du pays, croyez-moi, n’a été désolé pour ceux qui ont perdu leur capital dans les banques internationales. »
Le président a ensuite annoncé une série de mesures internes, allant de plans d’infrastructure à des subventions hypothécaires, en passant par des changements dans le système éducatif du pays. Ces mesures pourraient être considérées comme un signal ultérieur indiquant que la Russie entend sérieusement entrer dans une nouvelle phase d’autonomie en se coupant davantage de l’Occident.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]