Chypre cherche un « plan B » pour répondre à l’ultimatum de la BCE

Chypre présente à la hâte « un plan B » au parlement afin d’obtenir un plan de sauvetage international qui empêcherait un effondrement du système bancaire. Dans le même temps, l’UE a octroyé à l’État insulaire jusque lundi pour trouver des milliards d’euros.

EURACTIV.com / Reuters
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Chypre présente à la hâte « un plan B » au parlement afin d’obtenir un plan de sauvetage international qui empêcherait un effondrement du système bancaire. Dans le même temps, l’UE a octroyé à l’État insulaire jusque lundi pour trouver des milliards d’euros.

 

Nicosie a annoncé hier (21 mars) des projets en vue d'empêcher l'effondrement du système financier en imposant des pertes aux grands déposants.

Panicos Demetriades, le gouverneur de la banque centrale de Chypre, a déclaré que le parlement devrait scinder Laiki, le deuxième établissement de l'île, en une banque assainie (« good bank ») et une structure de défaisance (« bad bank »), dont les plus grands déposants feront partie.

Les dépôts supérieurs à 100 000 euros seront garantis et les emplois maintenus, a-t-il ajouté.

« En établissant ce cadre légal, des mesures de résolution seront imposées à Popular Bank [Laiki] de telle sorte qu'elle pourra continuer d'offrir des services bancaires à ses clients. »

Le parlement devait se réunir à nouveau vendredi (22 mars) afin de débattre d’une série de mesures proposées sur la crise gouvernementale. Les législateurs avaient reporté la session d'hier et ont indiqué qu'ils avaient besoin de plus de temps pour consulter et approuver un texte de loi de 61 pages qui vise à réviser le système bancaire.

Le gouvernement a tenté d'apaiser ses prêteurs en proposant au parlement un « fonds de solidarité » qui rassemblerait les actifs publics, dont les recettes futures provenant du gaz. Ce fond servirait de base à l'émission d'obligations d'urgence et a été comparé par JP Morgan à une « vente nationale au rabais ».

Le gouvernement a également tenté d'imposer aux banques un contrôle des fonds propres, une mesure jamais utilisée depuis que Chypre a rejoint la zone euro il y a cinq ans, en janvier 2008.

L'île tente de trouver 5,8 milliards d'euros nécessaires à l'octroi d'un renflouement de l'UE de 10 milliards d'euros.

Une sortie de l'UE ?

La Banque centrale européenne (BCE) a indiqué qu'elle pourrait cesser d'alimenter en liquidités les banques chypriotes s'il n'y a pas d'accord d'ici lundi.

Plus de deux tiers des 23 membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ont soutenu la date butoir. L'aide de 9 milliards d'euros grâce à la fourniture de liquidités d'urgence de la Banque centrale de Chypre serait réduite. Cette somme a été utilisée pour financer les deux plus grandes banques de l'île, Bank of Cyprus et Laiki.

L'UE était disposée à voir l'île bannie de l'euro afin de limiter les dommages causés à l'économie européenne dans son ensemble, a déclaré un représentant principal de l'UE.

« Si le secteur financier s'effondre, alors le pays devra tout simplement subir une dévaluation très significative et, face à cette situation, il n'aura pas d'autre issue que celle d'avoir sa propre monnaie », a-t-il déclaré à Reuters.

Les législateurs chypriotes en colère ont rejeté en début de semaine une taxe sur les dépôts et ont qualifié la proposition soutenue par l'UE de « vol de banque ».

Les banques du pays sont fermées depuis lundi. De longues files se sont formées devant les distributeurs automatiques à Nicosie, car la banque Laiki a limité les retraits à 260 euros.

Après d'autres discussions hier, les ministres des finances de la zone euro, qui ont soutenu la taxe controversée sur les dépôts inférieurs à 100 000 euros, ont exhorté Chypre à présenter une nouvelle proposition.

De l'argent russe ou la faillite

Dans le cadre du prélèvement rejeté par le parlement, les prêteurs européens, dont l'Allemagne, ont souhaité que les déposants non assurés supportent le coût de la recapitalisation des banques. Chypre craint cependant pour l’avenir de sa réputation de paradis fiscal et prévoit de répartir la charge sur les petits épargnants dont les dépôts inférieurs à 100 000 euros sont couverts par l'assurance de l'État. Les législateurs ont rejeté cette mesure.

À Moscou depuis mardi, le ministre chypriote des finances, Michael Sarris, a déclaré qu'il discutait d'investissements russes éventuels dans des banques et des ressources énergétiques, ainsi que d'une prorogation d'un prêt de 2,5 milliards d'euros de la Russie.

Il a indiqué que Chypre n'avait pas l'intention d'emprunter plus d'argent à la Russie et d'accroître sa dette. Le ministre russe des finances a déclaré lundi que Nicosie avait demandé un prêt supplémentaire de 5 milliards d'euros.

Le président de l'Eurogroupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a déclaré au Parlement européen que la Russie avait informé l'UE qu'elle n'avait pas l'intention d'investir plus d'argent dans l'île méditerranéenne.