Chypre demandera l’aide financière de l’UE et de la Russie
Le président chypriote, Demetris Christofias, a annoncé hier (5 juillet) que son pays, qui vient de prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE, demanderait une aide financière à l’Union européenne et à la Russie. Même si les conditions de l’UE sont strictes, le droit européen n’interdit pas de demander l’aide de Moscou, a-t-il déclaré. Un reportage d’EURACTIV.com en direct de Nicosie.
Le président chypriote, Demetris Christofias, a annoncé hier (5 juillet) que son pays, qui vient de prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE, demanderait une aide financière à l’Union européenne et à la Russie. Même si les conditions de l’UE sont strictes, le droit européen n’interdit pas de demander l’aide de Moscou, a-t-il déclaré. Un reportage d’EURACTIV.com en direct de Nicosie.
« Nous avons demandé [un renflouement] à la Russie et à l'Union européenne en même temps », a déclaré M. Christofias.
Il a affirmé qu'il n'y avait rien de mal à emprunter de l'argent à un pays en dehors de l'UE, avant d'ajouter que la Russie entretenait de « très bonnes relations de longue date » avec Chypre et était disposée à l'aider « sans condition ».
Il a précisé que son pays attendait toujours la réponse de Moscou.
Chypre devrait demander et obtenir un renflouement de 6 milliards d'euros de la Russie. Ce ne serait pas la première fois que le pays se tournerait vers Moscou : l'année dernière, la Russie a accordé un prêt de 2,5 milliards d'euros à Nicosie.
A l'époque, les autorités avaient affirmé qu'aucune condition politique ne serait attachée à ce crédit. En réponse à une question sur cet éventuel prêt de la Russie, la Commission européenne a déclaré que les pays de l'UE avaient le droit de chercher des financements sur le marché mondial.
M. Christofias a condamné les stéréotypes négatifs sur la Russie et a expliqué qu'il avait discuté avec les autres dirigeants européens de son intention de demander de l'aide à Moscou lors du sommet des 28 et 29 juin derniers, en vue d'éviter les « bruits de couloir ».
« J'ai posé la question aux membres du Conseil européen : si vous étiez dans ma position, que vous aviez des problèmes avec votre système bancaire, que vous vous tourniez vers un pays avec lequel vous entretenez de très bonnes relations […] et si vous parveniez [à obtenir] un très bon accord, sans condition compromettant votre indépendance et votre souveraineté, vous diriez non ? »
Le président chypriote, qui dirige le parti communiste AKEL et a étudié en ex-URSS, a martelé que la Russie n'était pas l'Union soviétique d'hier ou d'avant-hier, mais bien un pays qui tentait de développer un système capitaliste.
Si le prêt accordé au pays par la Russie l'an dernier n'était assorti d'aucune condition, M. Christofias a fait savoir qu'il s'attendait en revanche à des clauses très strictes de la part de l'UE.
« Nous nous sommes tout de même tournés vers le Mécanisme européen de stabilité, la troïka [la Commission, la BCE et le FMI] est ici. Nous allons avoir une discussion sérieuse avec ses représentants concernant les conditions d'une aide du MES, tout va bien selon moi », a déclaré M. Christofias.
Il a souligné que son pays rembourserait tout l'argent qui lui serait prêté.
La réunification passe à la trappe
Le président chypriote s'est exprimé avec l'aide d'un interprète devant 63 journalistes accrédités auprès des institutions de l'UE invités à Chypre. Il a longuement discouru sur ses efforts vains de faire progresser les négociations de réunification de l'île.
Dervi? Ero?lu, élu à la tête de la partie nord de Chypre en avril dernier, fait pression pour la création de deux Etats séparés et ne souhaite pas aboutir à une réunification, a avancé M. Christofias. M. Ero?lu lui aurait dit que les négociations seraient mises en suspens jusqu'aux élections à Chypre, dans huit mois, lors desquelles M. Christofias ne briguera pas de nouveau mandat.
M. Christofias n'a pas mâché ses mots sur la Turquie qui a envahi la partie nord de l'île en 1974.
Il a conseillé à la Turquie d'arrêter de se comporter comme une « puissance coloniale », accusant ce pays candidat à l'UE de faire venir des Turcs dans la partie nord de Chypre pour augmenter sa population. Le nord compte aujourd'hui quelque 280 000 habitants et la population totale de l'île est d'environ un million.
M. Christofias a insisté sur le fait que les habitants du nord et du sud partageaient la même culture, la même civilisation, et qu'ils étaient bien plus proches les uns des autres que les Chypriotes du nord des Turcs de Turquie.
Les Chypriotes du nord, a-t-il ajouté, craignent de perdre leur identité en raison de la politique d'Ankara qui cherche à assimiler cette population à la Turquie.