Lors du « Click Day », pas assez de travailleurs étrangers pour les entreprises italiennes

Le système italien du « Click Day » a été conçu pour faciliter l'immigration légale, mais il ne répond plus aux besoins des employeurs et met en danger les travailleurs étrangers.

EURACTIV Italie
Giorgia Meloni [EPA-EFE/FABIO FRUSTACI] [EPA-EFE/FABIO FRUSTACI]

ROME – C’est à un drôle de concours que participent chaque année les entreprises italiennes. Lors du « Click Day », ces dernières doivent déposer une demande pour pouvoir embaucher des travailleurs étrangers, mais les places sont chères.

Ce n’est pas un jeu. Mais l’une des seules façons d’embaucher des travailleurs non européens. Et quelques minutes après le lancement de l’opération, le quota est généralement atteint.

« Sont récompensés ceux qui ont la connexion la plus rapide ou les doigts les plus agiles », explique Mario Roberto Carraro, vice-président de Confindustria Vicenza qui représente les entreprises de la région fortement industrialisée de Vénétie.

Introduit en 2011, le « Click Day » – également connu sous le nom de « Decreto Flussi » – fixe des quotas pour les emplois saisonniers et non saisonniers, y compris pour les emplois à domicile. L’objectif du gouvernement était à l’origine d’aider certains secteurs comme l’agriculture et l’industrie manufacturière.

Mais les détracteurs du système expliquent que les employeurs sont incapables de trouver tous les bras dont ils ont besoin, et que de nombreux migrants sont laissés au bord de la route, avec peu d’autres options que le travail illégal.

« Seules 12 % des personnes qui postulent via le Decreto Flussi obtiennent finalement un permis de séjour », explique Giulia Gori, membre de l’organisation civile Ero Straniero. « Les 88 % restants n’arrivent jamais dans le pays ou finissent en situation irrégulière », ajoute-t-elle.

Les consulats italiens, souvent en sous-effectif et débordés, mettent par ailleurs jusqu’à six mois pour traiter les demandes. Et lorsque les travailleurs finissent par arriver, de nombreux emplois ont disparu.

Sans contrat, certains migrants sont alors poussés vers le travail non déclaré. « Ils se retrouvent sans permis de séjour, sans protection et sont exposés à toutes les exploitations », ajoute Giulia Gori.

Retards, dysfonctionnements et réseaux criminels

Les employeurs italiens sont également frustrés, en particulier ceux du secteur agricole.

« C’est devenu un exercice stérile qui n’a rien à voir avec la demande réelle de main-d’œuvre », souligne encore Mario Roberto Carraro. Selon ce dernier, la région de Vicence a même largement abandonné le système, car trop rigide, trop lent et trop peu fiable pour répondre aux besoins de l’industrie.

Romano Magrini, responsable des affaires sociales chez Coldiretti, la principale association agricole italienne, reconnait que les mesures répressives du gouvernement ont permis de réduire certains abus. Mais il insiste également sur le fait que le système ne fonctionne pas pour les employeurs.

Coldiretti est actuellement en pourparlers avec le gouvernement au sujet d’un processus qui permettrait à certains employeurs de postuler tout au long de l’année. « Je pense que les conditions sont réunies pour commencer à tester ce système en 2026 », poursuit Romano Magrini.

Au début du mois, le Click Day a été élargi afin d’accueillir environ 500 000 travailleurs entre 2026 et 2028. L’année dernière, environ 151 000 personnes s’étaient vues proposer des emplois, alors que les entreprises italiennes avaient déposé 690 000 demandes.

L’augmentation des embauches sera cependant insuffisante pour répondre à la demande.

« Si les fraises sont mûres en avril, j’ai besoin de travailleurs à ce moment-là, pas en juillet », explique encore Romano Magrini. « Nous devrions permettre à certains employeurs de soumettre leurs demandes à tout moment, de manière échelonnée sur l’année », poursuit-il.

Un tel système permettrait aussi d’alléger la charge de travail des consulats italiens, totalement débordés durant les courtes périodes de dépôt des demandes.

Dans le même temps, les réseaux criminels ne manquent pas de profiter du vide laissé par le système officiel. La justice italienne a ainsi mis à jour certains réseaux liés à la Camorra qui faisaient payer entre 2000 et 10 000 euros à certains travailleurs, afin de gérer leur demande. Dans de nombreux cas, les emplois promis n’existaient pas.

Une impasse politique

Le gouvernement a reconnu les failles du système et réprimé les abus, mais la Première ministre Giorgia Meloni a prolongé le modèle du « Click Day » jusqu’en 2028.

« Il n’y a aucune raison technique de ne pas le changer », poursuit Giulia Gori. « Tout suggère qu’il serait plus efficace de passer à un système échelonné. On en vient donc à se demander si cette décision est politique », ajoute-t-elle.

Mario Roberto Carraro estime également que la pénurie croissante de main-d’œuvre dans le pays ne peut pas être résolue par « une logique idéologique ou avec des outils conçus pour une autre époque ».

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un dialogue sérieux et constructif entre le gouvernement et les entreprises afin de mettre en place un système plus flexible, plus rapide et plus efficace. L’avenir de notre tissu productif en dépend », conclut-il.