Cognac : l’UE et la Chine s’affrontent au sujet des mesures antidumping prises par Pékin
La Chine a imposé ce 8 octobre des mesures antidumping temporaires sur le cognac européen importé, mais la Commission européenne a l’intention de contester cette décision devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La Chine a imposé ce mardi 8 octobre des mesures antidumping temporaires sur le cognac européen importé, mais la Commission européenne a l’intention de contester cette décision devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Contrairement à ce qu’elle avait initialement annoncé, la Chine va finalement imposer des mesures antidumping temporaires sur le brandy (cognac essentiellement) importé de l’Union européenne.
« À partir du 11 octobre 2024, les opérateurs importateurs devront […] fournir la marge correspondante aux douanes de la République populaire de Chine », a annoncé mardi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.
Contactée par Euractiv, la Commission européenne a annoncé son intention de « contester » cette mesure devant l’OMC.
Selon les règles de l’OMC, des mesures antidumping peuvent être prises si, à l’issue d’une enquête, il s’avère que le dumping cause un préjudice aux industries nationales.
« Nous pensons que ces mesures sont infondées et nous sommes déterminés à défendre l’industrie européenne contre l’utilisation abusive d’instruments de défense commerciale », a confié à Euractiv Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne pour le commerce et l’agriculture.
La Chine riposte
Le conflit commercial Chine-UE a commencé lorsque Pékin a lancé une enquête antidumping sur les importations de spiritueux européens le 5 janvier, quelques mois après que Bruxelles a commencé à examiner les subventions chinoises accordées aux véhicules électriques.
Fin août, Pékin a reconnu l’existence d’un dumping pouvant entraîner « la menace d’un préjudice substantiel pour l’industrie chinoise du brandy ». Elle n’a toutefois pas souhaité imposer de mesures antidumping.
Mais suite à la décision des États membres de l’UE, le 4 octobre dernier, de voter en faveur de l’imposition de droits de douane supplémentaires définitifs sur les voitures électriques fabriquées en Chine — allant jusqu’à 35,3 % pour les constructeurs automobiles chinois — la riposte du géant asiatique n’a pas tardé.
En vertu de la mesure prise par la Chine, les entreprises européennes — principalement françaises — devront payer des droits de douane allant de 34,8 % à 39 %, selon les entreprises, mais sur une base « temporaire » et un « dépôt de garantie ».
Le ministère n’en dit pas plus sur la manière dont ces droits seront ensuite remboursés à la soixantaine d’entreprises concernées.
En valeur, les exportations vers la Chine représentent 90 % des exportations européennes directes de spiritueux à base de vin et de marc.
Le secteur appelle à la négociation
Côté français, les producteurs français de cognac exportent 25 % de leur production vers la Chine.
Le Bureau national interprofessionnel du Cognac (BNIC) a indiqué à Euractiv que l’annonce chinoise « est un nouveau signal envoyé par la Chine en réponse directe au vote européen du 4 octobre ».
Dans un communiqué de presse, le secteur européen des spiritueux, spiritsEUROPE, dément formellement l’existence d’un quelconque dumping, pointant du doigt « un conflit commercial plus large » entre Bruxelles et Pékin.
Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une guerre commerciale qui va au-delà de l’industrie du vin. La Chine a également lancé deux enquêtes antidumping sur les exportations européennes de produits laitiers et de viande de porc.
« Cette nouvelle mesure a un impact extrêmement négatif sur les exportateurs de spiritueux à base de vin et de marc de l’UE vers la Chine, une destination d’exportation majeure », poursuit l’organisme.
Alors que les représentants de la filière française du cognac demandent aux autorités « à mettre fin à cette escalade », spiritsEUROPE « appelle la Commission européenne à redoubler d’efforts pour trouver d’urgence une solution négociée avec ses homologues chinois ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]