Conditionnalité de l’aide future de l’UE : elle dépendra du soutien à la Russie ou à l’Iran, annonce Kallas
Jozef Síkela, responsable des affaires européennes chargé du développement, a averti que « la politique étrangère ne peut pas se permettre d'être sentimentale »
Les pays en développement qui soutiennent la Russie ou l’Iran pourraient perdre l’aide de l’UE, et les entreprises européennes pourraient bénéficier d’un traitement préférentiel lors des futurs appels d’offres, a déclaré lundi Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l’UE.
S’exprimant avant une réunion des ministres du Développement de l’UE à Bruxelles, Kallas a affirmé que l’Union devait adopter une approche « plus stratégique » dans la manière dont elle finance l’aide étrangère, à une époque marquée par une rivalité géopolitique et des conflits accrus.
« Si un partenaire soutient la Russie ou l’Iran, il doit faire preuve de souplesse afin que nous puissions réajuster notre engagement dans ce cas », a-t-elle indiqué.
Kallas n’a pas précisé comment cette nouvelle flexibilité serait exactement intégrée dans la politique.
« C’est un équilibre très délicat… il ne s’agit pas de tout retirer, mais aussi de garder à l’esprit que l’Europe a des intérêts », a-t-elle déclaré.
« Si nous avons des projets destinés à soutenir les pays, et qu’en réalité, cela profite à nos concurrents, alors nous devons également examiner comment nous pouvons y remédier. »
Ces remarques interviennent alors que les dirigeants de l’UE sont en train d’élaborer l’avenir de la stratégie d’investissement géopolitique du bloc, Global Gateway, d’un montant de 300 milliards d’euros, dans le cadre du prochain budget septennal de l’UE. Une controverse a éclaté au sujet d’un projet soutenu par l’UE au Sénégal, d’une valeur de plus de 320 millions d’euros, qui semble sur le point d’être attribué à une entreprise liée au gouvernement chinois, déjà reconnue coupable d’avoir enfreint les règles du bloc en matière de subventions étrangères.
Jozef Síkela, commissaire européen au développement, a déclaré que la préférence européenne devrait être intégrée dans la future aide au développement de l’UE. « Dans un monde où les investissements, les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement sont devenus des instruments de pouvoir, la politique étrangère ne peut pas se permettre d’être sentimentale », a-t-il affirmé lundi.
Les députés européens ont mis en garde contre le fait de lier l’aide de l’UE aux entreprises de l’UE, en faisant passer la compétitivité européenne avant l’éradication de la pauvreté.
Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, a averti que l’UE ne devait pas se retirer de l’aide aux pays en développement à un moment où les États-Unis réduisaient leur aide.
« L’Europe ne doit pas laisser un vide […] auquel cas d’autres prendront le relais avec une approche encore plus transactionnelle », a-t-il souligné.
(bw)