Le chancelier allemand plaide pour davantage d'investissements et moins de subventions dans le budget de l'UE
Les 27 États membres de l'UE se disputent le budget de l'Union pour la période 2028-2034
Le chancelier allemand Friedrich Merz a exhorté jeudi l’Union européenne à réformer son budget afin d’y inclure davantage d’investissements et de réduire les subventions, mais a rejeté toute idée d’emprunt commun entre les États membres de l’UE pour y parvenir.
Les 27 États membres de l’UE se disputent actuellement au sujet du budget de l’Union pour la période 2028-2034, les pays dits « frugaux », comme l’Allemagne et les Pays-Bas, s’opposant à la forte augmentation des dépenses proposée par la Commission européenne, l’organe exécutif de l’Union.
« Nous ne pouvons pas relever les défis du XXIe siècle avec un budget du XXe siècle », a martelé le dirigeant conservateur à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, lors d’un discours prononcé à l’occasion de la cérémonie de remise du prix Charlemagne à l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.
Dans un rapport sans concession sur la compétitivité européenne en 2024, Draghi a appelé à un changement de cap fondamental de la part de l’Union pour rester dans la course face aux États-Unis et à la Chine, notamment par le biais d’investissements communs.
Merz a soutenu l’appel de Draghi, critiquant le fait que le budget de l’UE « est resté, dans son contenu et sa structure, pratiquement inchangé au cours des dernières décennies ».
Il a dénoncé le fait que « plus des deux tiers des fonds européens sont consacrés à la redistribution et aux subventions ».
L’UE s’est longtemps appuyée sur les subventions et la redistribution pour atténuer l’impact des perturbations causées par la réduction des barrières commerciales internes, ainsi que pour aider à intégrer les nations plus pauvres à mesure que l’Union s’étendait vers l’est.
Merz a appelé l’Union à réduire son budget et à intensifier les investissements destinés à renforcer la compétitivité et la défense.
Le dirigeant allemand a toutefois réitéré son opposition au mécanisme préconisé par Draghi pour financer ces investissements : l’emprunt commun des pays de l’UE.
« Un endettement excessif menace la souveraineté et limite la capacité d’agir », a affirmé Merz, dont les propos s’adressaient probablement aussi à un public politique national.
L’année dernière, après des années d’inaction, l’Allemagne a assoupli à contrecœur ses limites constitutionnelles strictes en matière d’emprunt afin de soutenir les investissements dans la défense et les infrastructures.
« Un travail inachevé chez nous »
Dans son discours de réception du prix Charlemagne, décerné à une personnalité qui fait progresser l’unité européenne, Draghi a exprimé son scepticisme quant à la volonté de l’UE de signer des accords de libre-échange multilatéraux pour relancer la croissance, une politique fortement soutenue par l’Allemagne.
« Il est plus facile de conclure de nouveaux accords commerciaux que de s’attaquer au travail inachevé chez nous, car ce travail impose des choix que l’Europe a longtemps préféré éviter : s’attaquer aux rentes de situation établies et aux intérêts particuliers qui tirent profit d’un marché unique incomplet et de marchés énergétiques fragmentés », a déclaré Draghi.
L’ancien Premier ministre italien, qui a dirigé la BCE de 2011 à 2019, est largement considéré comme celui qui a sauvé l’euro pendant la crise de la dette de l’Union.
La remplaçante de Draghi à la tête de la BCE, Christine Lagarde, a délivré un message similaire sur le marché unique européen, qu’elle juge inachevé, et sur la responsabilité des dirigeants nationaux d’agir conformément au rapport de Draghi.
« Les États-Unis et la Chine sont entrés dans une nouvelle ère de stratégie industrielle et de concurrence géopolitique — exacerbée par les guerres tarifaires et les batailles autour des terres rares —, et tout cela dans le contexte de la pire crise énergétique jamais enregistrée», a déclaré Lagarde dans un discours prononcé la veille au soir.
(aw)