Compromis difficile sur la gouvernance d’EADS

La gouvernance du groupe EADS sera désormais monocéphale. Peu avant la tenue d’un sommet franco-allemand à Toulouse, réunissant Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le remaniement de la gouvernance d’EADS a été annoncé. Les oppositions entre Français et Allemands à la tête du groupe aéronautique seraient, en partie, la cause des retards de l’A380.

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La gouvernance du groupe EADS sera désormais monocéphale. Peu avant la tenue d’un sommet franco-allemand à Toulouse, réunissant Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le remaniement de la gouvernance d’EADS a été annoncé. Les oppositions entre Français et Allemands à la tête du groupe aéronautique seraient, en partie, la cause des retards de l’A380.

Contexte  :

  • Une gouvernance d’entreprise bicéphale

Le groupe EADS a été crée en 2000 par une fusion de la société allemande Daimler Chrysler Aerospace AG, du français Aérospatiale Matra et de l’espagnol CASA. Spécialisé dans l’aéronautique civile et militaire et dans l’aerospatial, EADS est le premier groupe de défense en Europe et le deuxième dans le monde après Boeing.

Depuis sa création, le groupe est dirigé par une structure bicéphale, censée respecter une certaine parité entre Allemands et Français. Les deux co-présidents sont le français Louis Gallois (il a remplacé Noël Forgeard en juillet 2006) et l’allemand Thomas Enders (nommé en juin 2005).

Rüdiger Grube, qui représente l’actionnaire privé DaimlerChrysler et Arnaud Lagardère, PDG de Lagardère SCA, sont tous deux présidents du directoire d’EADS. Le capital est réparti entre actionnaires français et allemands. Lagardère (qui souhaiterait réduire ses parts à 7,5%), DaimlerChrysler et l’État français possèdent chacun 15% des parts de l’entreprise, tandis qu’un consortium d’investisseurs incluant des Länder allemands détient 7,5% du capital.

En vertu du pacte d’actionnaires signé en 2000, les deux groupes privés détiennent les droits de vote et par la même le pouvoir de décision.

  • Le plan Power 8

Le retard dans la livraison de l’Airbus A380 (filiale d’EADS, Airbus représente 65% des activités du groupe) a montré, en 2006, les limites de cette gouvernance et les difficultés structurelles que connaît le groupe.

Après des discussions houleuses sur la méthode à adopter pour réorganiser Airbus, Français et Allemands ont fini par se mettre d’accord, au mois de février dernier, sur un plan de redressement pour sauver l’entreprise. Intitulé Power 8, ce plan prévoit la suppression de 10 000 emplois en quatre ans.

Les discussions autour de la gouvernance du groupe ont donc lieu depuis plusieurs mois dans un contexte difficile. Lors du salon du Bourget, qui s’est déroulé à la fin du mois de juin, des syndicats d’Airbus sont, de plus, montés au créneau. Malgré l’annonce de commandes records au salon, la direction avait en effet annoncé qu’elle maintiendrait le plan Power 8.

Enjeux  :

La réforme de la gouvernance d’EADS sonne la fin d’une longue bataille diplomatique entre Français et Allemands. Soucieux de préserver leurs intérêts au sein de cette entreprise dont les activités (construction d’airbus, mais également de la fusée Ariane ou encore de missiles) sont stratégiques, les deux pays ont refusé, jusqu’à la dernière minute, tout compromis.

Dimanche soir encore, l’issue d’un accord sur la nouvelle gouvernance de la société était incertaine.

La décision a été annoncée, lundi 16 juillet, par le groupe, peu avant la tenue du Sommet franco-allemand à Toulouse, censé trouver une solution à l’avenir d’EADS.

  • Le Conseil d’administration

Le Conseil d’administration d’EADS sera présidé par l’Allemand Rüdiger Grube, qui représente l’actionnaire privé Daimler Chrystler. Le Français Arnaud Lagardère devrait le remplacer dans cinq ans, l’engagement a été pris de manière formelle entre les deux pays.

Si le choix s’était d’abord porté sur Arnaud Lagardère, la volonté du patron français de valoriser au maximum le groupe avant d’y diminuer sa participation, n’en faisait pas le candidat idéal.

  • La direction opérationnelle

Le choix de nommer le représentant de Daimler à la tête du CA n’est certainement pas étranger à la décision de l’actuel PDG d’Airbus, le français Louis Gallois, de quitter le groupe s’il se trouvait subordonné à Thomas Enders. Les relations entre les deux hommes, qui codirigent actuellement EADS, sont connues pour ne pas être excellentes. 

Or la pyramide ne pouvait fonctionner avec deux français aux plus hautes responsabilités. Et le président français, Nicolas Sarkozy, a refusé la perspective de voir Louis Gallois, auteur du plan de restructuration d’Airbus Power 8, quitter la direction du groupe.

Rüdiger Grube, présidera donc le Conseil d’administration tandis que Louis Gallois assurera la direction exécutive du groupe EADS. De son côté, Thomas Enders prendra la tête d’Airbus. Pour respecter l’alternance, un Allemand sera nommé à la direction d’EADS à la place de Louis Gallois, dans cinq ans. Si le nom de Thomas Enders a déjà été évoqué, aucun engagement formel n’a été pris.

Positions  :

Les dirigeants allemands et français, présents à Toulouse, lundi 16 juillet, se sont réjouis du compromis trouvé. « EADS et Airbus doivent être gérées comme des entreprises et non pas comme des organisations internationales » a déclaré, Nicolas Sarkozy, lors d’une conférence de presse. « Dans la compétition mondiale vis-à-vis de Boeing vous pouvez comptez sur l’engagement total des actionnaires de vos entreprises » a-t-il ajouté.

De son côté la chancelière allemande, Angela Merkel, estime que l’accord conclu débouchera sur « un organigramme efficace, équilibré ». « Nous avons réussi à obtenir un équilibre, à mettre en place une structure monocéphale – ce que Daimler chrysler voulait depuis longtemps – à faire en sorte que l’organigramme soit tel que les dirigeants s’entendent bien entre eux et puissent bien travailler ensemble » a conclu la chancelière.

Côté salariés, les réactions face à la nouvelle gouvernance du groupe sont mitigées. « Les lignes sont claires, les dés sont jetés », a déclaré à l’Associated Press Jean-Paul Descalzo, manager sur le poste 40 de la chaîne A380. « Il faudra monter en cadence en septembre et durant l’année 2008. Ce qui est important c’est d’être tous liés pour (…) livrer nos appareils en temps et en heure ».

Si pour de nombreux membres du personnel, la nomination d’un « seul » patron fait enfin d’Airbus « une entreprise normale », d’autres doutent que « cela change ses problèmes, notamment concernant Power-8 ».

« Les cols bleus ne sont pas concernés par le plan Power-8 mais nous avons aussi des inquiétudes pour l’avenir. Quand on voit que certains sites d’Airbus vont être rachetés par des sous-traitants, on peut se demander ce que nous allons devenir », a confié Benjamin Astorium, intervenant sur la chaîne d’assemblage A380.

Plusieurs syndicats français d’Airbus ont regretté cette décision. Délégué syndical Force Ouvrière, Jean-François Knepper, a jugé qu’on faisait « du neuf avec du vieux ». Les enjeux auxquels Airbus doit faire face « sont de toute autre nature que ceux de vouloir intervertir les rôles du management », a dénoncé le syndicaliste.

« Nous n’avons pas d’a priori sur la nationalité mais des a priori sur le fait que le patron doit conduire cette entreprise de façon industrielle et la première décision serait de suspendre la vente des sites », a expliqué Xavier Pétrachi, délégué syndical central CGT.

La CFTC a quant à elle demandé « une alternance des deux pays fondateurs majeurs à la tête d’Airbus ».

De son côté le Parti socialiste désapprouve la nouvelle gestion monocéphale d’EADS. Nous ne pouvons « soutenir une réforme qui se fait au détriment de la France et nuit gravement à ses intérêts », écrit Alain Vidalies dans un communiqué.

Les réformes du mode de gouvernance « s’opèrent au détriment de l’influence de la France », estime M. Vidalies selon lequel « depuis de nombreux mois, nos partenaires allemands ont renforcé leur influence dans le groupe. Pis encore, la France cèdera dans quatre ans la direction générale du groupe » et « notre pays aura perdu tous les postes stratégiques et managériaux, perdant ainsi tout moyen d’action dans une industrie hautement stratégique » conclut-il.

Les sénateurs Jean-François Le Grand (UMP – Manche) et Roland Ries (SOC – Bas-Rhin), auteurs d’un rapport d’information sur la situation d’EADS, se sont félicités des décisions franco?allemandes annoncées hier à Toulouse. « Elles confortent l’analyse et les propositions formulées dans [notre] rapport. Et sont de nature à améliorer sensiblement la gouvernance d’EADS ».

La suppression de la double commande franco?allemande aux postes de présidents du Conseil d’administration et de présidents exécutifs d’EADS était une des principales recommandations du rapport des deux sénateurs, présenté le 27 juin dernier.