Conférence sur le charbon : la présidence polonaise de l'UE au cœur d'une controverse
Un logo de la présidence polonaise de l’UE aperçu sur les affiches d’une conférence organisée par un groupe de pression de l’industrie du charbon a provoqué la fureur de Bruxelles, au lendemain de l’ouverture du sommet de l’ONU sur le changement climatique à Durban, en Afrique du Sud.
Un logo de la présidence polonaise de l’UE aperçu sur les affiches d’une conférence organisée par un groupe de pression de l’industrie du charbon a provoqué la fureur de Bruxelles, au lendemain de l’ouverture du sommet de l’ONU sur le changement climatique à Durban, en Afrique du Sud.
« Je n'arrive pas à croire qu'ils aient fait cela », a déclaré à EURACTIV l'eurodéputé vert Bas Eickhout.
« Cela ne va pas dans le sens des efforts de l'UE à Durban. La présidence devrait jouer un rôle important, mais au lieu de cela, son comportement affaiblit grandement la position de l'UE à Durban, et la faute revient à la présidence polonaise. »
Les ONG se sont montrées tout aussi indignées. « Nous sommes choqués de constater que pendant que les diplomates européens s'attèlent à trouver des solutions pour la crise du climat à Durban, la présidence de l'UE décide de soutenir un groupe de pression privé en faveur du plus polluant des combustibles fossiles », a déclaré Wendel Trio, le directeur de l'ONG Climate Action Network Europe.
La conférence European Coal Days était organisée par Euracoal (l’association européenne du charbon et du lignite), qui vise à promouvoir l'utilisation du charbon, en dépit des inquiétudes grandissantes quant à son impact sur le climat.
En 2009, le charbon était responsable de 43 % des émissions de CO2 dans le monde, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Un double discours ?
Pourtant, sur les documents promotionnels de la conférence d'Euracoal, on pouvait apercevoir le logo de la présidence polonaise, aux côtés de ceux du Parti populaire européen de droite, de la région productrice de charbon Silesia, et de l'alliance CEEP (Central Europe Energy Partners), qui réunit des entreprises européennes principalement basées en Europe de l'est.
L'année dernière, la conférence n'avait été parrainée que par le Parti populaire européen.
Renata Bancarzewska, la porte-parole à l'énergie de la représentation permanente de la Pologne auprès de l'UE, a déclaré à EURACTIV que le parrainage avait été proposé aux organisateurs de la conférence avant l'arrivée d'autres sponsors, et que les modalités de ce parrainage seraient bientôt « vérifiées ».
Euracoal était « l'un des acteurs qui cherchent des solutions vers une élaboration efficace des politiques sur le changement climatique dans le cadre des technologies peu polluantes », a-t-elle affirmé, ajoutant que le commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, s'exprimerait également lors d'une session de cette conférence.
« De plus, certains Etats membres incluent le charbon dans leur bouquet énergétique », a souligné Mme Bancarzewsa.
En 2008, Euracoal a fait campagne contre le projet de directive européenne visant à élargir le système d'échange de quotas d'émission.
Selon Euracoal, les objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre « mèneraient certainement à une augmentation drastique des prix de l'énergie […] et à une chute du niveau de vie de la population en raison de cette augmentation et de la délocalisation des emplois en dehors de l'Europe ».
Ce message va clairement à l'encontre de la position de l'UE dans les négociations de Durban.
Objectifs contraignants
La semaine dernière, Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action pour le climat, a déclaré à la presse bruxelloise : « Il est une chose que nous avons apprise au sein de l'UE et dont les autres pourraient s'inspirer : il est très utile de se fixer des objectifs contraignants. »
Sans ces objectifs visant à réduire les émissions de CO2 et à développer l'utilisation des énergies renouvelables, les États membres de l'UE n'auraient probablement pas autant progressé vers les grands objectifs pour le climat, a-t-elle expliqué.
Cependant, la Pologne, qui dépend du charbon pour près de 95 % de son électricité, est perçue comme un fervent défenseur des intérêts de l'industrie houillère dans l'UE.
La veille de sa prise de fonction à la présidence de l'UE, le pays avait été fustigé pour avoir « contourné les règles » afin d'obtenir gratuitement des permis d'émissions de gaz à effet de serre pour 13 centrales de charbon en projet.
La Pologne avait alors bloqué, de façon unilatérale, les tentatives européennes de renforcement des objectifs de réduction d'émissions, justifiées par les avancées scientifiques dans ce domaine.
Quelques jours plus tard, EURACTIV avait publié des extraits traduits d'un entretien dans lequel Janusz Lewandowski, le commissaire polonais au budget européen, remettait en cause les effets néfastes du charbon sur le climat, et assurait que l'élimination rapide des centrales au charbon représenterait « un désastre » pour son pays.
Selon un fonctionnaire de l'UE, le parrainage de la conférence d'Euracoal n'était donc pas « très surprenant » en soi.
S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, cette source a déclaré que cela n'était « pas très étonnant au vu de ce que nous entendons sur les Polonais [en privé], mais il est clair que ce n'est pas le meilleur type d'évènement à soutenir alors que nous luttons contre le changement climatique à Durban ».