Conflit entre la France et l'Allemagne sur la zone d'exclusion aérienne

Hier (14 mars), la France a mis la pression sur les ministres des affaires étrangères du G8 pour convenir d'une réponse à la situation en Libye et obtenir le soutien des autres pays. Mais cette tentative visant à accélérer une décision du Conseil de sécurité des Nations unies pour imposer une zone d'exclusion aérienne s'est heurtée à l'opposition de partenaires comme l'Allemagne.

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Hier (14 mars), la France a mis la pression sur les ministres des affaires étrangères du G8 pour convenir d'une réponse à la situation en Libye et obtenir le soutien des autres pays. Mais cette tentative visant à accélérer une décision du Conseil de sécurité des Nations unies pour imposer une zone d'exclusion aérienne s'est heurtée à l'opposition de partenaires comme l'Allemagne.

La Libye a dominé les discussions entre le président Nicolas Sarkozy et les ministres des affaires étrangères du G8, dont la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, en amont d'un dîner officiel pour lancer la première réunion de la présidence française du G8.

La France et la Grande-Bretagne ont demandé l'introduction d'une zone d'exclusion aérienne en Libye et des sources diplomatiques françaises ont déclaré que Paris faisait avancer la question avec les ministres des affaires étrangères du G8 au cours de discussions qui se termineront par une conférence de presse mardi après-midi.

Le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a demandé une discussion d'urgence au Conseil de sécurité des Nations unies afin de définir des sanctions ciblées à l'encontre du régime du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, mais s'est positionné contre toute action militaire.

« Nous sommes très sceptiques quant au lancement d'une intervention militaire. Or, une zone d'exclusion aérienne constitue une intervention militaire », a-t-il déclaré aux journalistes après avoir dîné avec ses homologues du G8.

L’heure tourne

Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, a quant à lui confié aux reporters que tout comme l'Allemagne, la Russie avait affirmé qu'une zone d'exclusion aérienne ne serait pas efficace et pourrait se révéler contre-productive.

Lundi, le Conseil de sécurité de l'ONU a discuté de la demande énoncée ce week-end par  la Ligue arabe pour l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, mais aucun consensus n'a émergé parmi les 15 membres et la Russie a soulevé différentes questions quant à cette proposition.

La Chine est contre tout usage de la force, mais elle ne fait pas partie du G8.

M. Frattini a expliqué que le G8 ne ferait pas spécialement pression pour une zone d'exclusion aérienne mais qu'il exhorterait le Conseil de sécurité à débattre d'un nouvel ensemble de mesures « menant à la fin des violences ».

Parmi les autres scénarios possibles, la création d'un refuge ou l'implication des Etats de la Ligue arabe ont été évoquées, mais nous sommes pris par le temps, a-t-il déclaré.

« Si vous parlez d'un refuge pour des raisons humanitaires, d'un cessez le feu ou d’éventuelle implication des Etats de la Ligue arabe sur le terrain, alors nous devrions avancer très rapidement sur ces trois importants piliers avant qu’il ne soit trop tard ».

Le porte-parole du ministère japonais des affaires étrangères, Hidenodu Sobashima, s'est également montré prudent quant à l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, doutant qu'une telle action soit possible sans le soutien du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les troupes de Mouammar Kadhafi utilisent des tanks et des avions pour anéantir les forces rebelles qui se battent pour mettre un terme à 41 ans de pouvoir autoritaire et les analystes craignent que le dirigeant libyen ne reprenne le contrôle (voir « Background »).

Un geste de soutien

La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a eu une réunion privée de 45 minutes lundi soir avec Mahmoud Jebril, un membre du Conseil national libyen, un groupe d'opposition, qui demande le soutien de la communauté internationale dans sa lutte contre les forces de Kadhafi qui tentent de reprendre le contrôle du pays.

« Ils ont eu une conversation privée et franche sur la manière dont les Etats-Unis pouvaient aider le peuple libyen dans leurs efforts contre le régime de Kadhafi », a expliqué Philippe Reines, un porte-parole du département d'Etat qui voyage avec Mme Clinton.

Dans un geste d'engagement, M. Obama a déclaré la semaine dernière qu'il choisirait un représentant pour l'opposition libyenne. Un fonctionnaire américain, qui a préféré garder l'anonymat, a affirmé que le représentant en question était Christ Steven, un diplomate des Etats-Unis qui était encore récemment chef de mission adjoint à l'ambassade américaine de Tripoli.

Les fonctionnaires ont souligné que les Etats-Unis souhaitaient une plus grande clarté sur ce qu'envisage la Ligue arabe pour la zone d'exclusion aérienne et qu'ils attendaient un soutien plus important de la part des pays arabe en échange d'un tel effort.

« Dans la mesure où la Ligue arabe pense que certaines actions devraient être entreprises, nous les encourageons à prendre les devants en entreprenant ces actions », a déclaré un fonctionnaire américain sous le couvert de l'anonymat.

Ce fonctionnaire a affirmé que les ministres des affaires étrangères du G8 avaient discuté d'une série d'options, y compris l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, la création de « zones de sûreté » en Libye et l'imposition de sanctions supplémentaires au pays nord-africain exportateur de pétrole.

Aucune option n'est exclue

Avec l’intensification des violences, « aucune option ne peut être exclue », a déclaré Bernard Valero, porte-parole du ministre français des affaires étrangères lors d'une conférence de presse.

Il a expliqué que les conclusions du sommet de l'UE du 11 mars et de l'appel de la Ligue arabe pour une zone d'exclusion aérienne étaient de fortes indications du souhait de la communauté internationale de protéger les civils en Libye.

La crise au Japon, où un tremblement de terre et un tsunami ont tué au moins 10 000 personnes et causé un incident nucléaire, ainsi que les soulèvements en Afrique du nord seront sur la table des discussions du G8 qui rassemble les ministres des affaires étrangères des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Japon et de la Russie.

Le secrétaire britannique des affaires étrangères, William Hage, a déclaré avant de se rendre à Paris que les puissances mondiales devraient envisager d'armer les rebelles libyens même si cela impliquait de lever l'embargo des Nations unies sur le pays.

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV)