Conflit israélo-palestinien : l’UE veut relancer le processus de paix

L’UE entend aider à mener une nouvelle initiative de paix au Moyen-Orient axée sur les incitations et visant à relancer les pourparlers entre Israël et la Palestine, a expliqué à Euractiv le représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Moyen-Orient.

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Les pays participants ont également convenu d’évaluer les progrès de l’initiative tous les trois mois avant de présenter le paquet d’ici septembre 2024. [Shutterstock/zapomicron]

L’Union européenne entend aider à mener une nouvelle initiative de paix au Moyen-Orient axée sur les incitations et visant à relancer les négociations entre Israël et la Palestine. C’est ce qu’a expliqué à Euractiv le représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Moyen-Orient, Sven Koopmans.

Près de 50 ministres des Affaires étrangères d’Europe et du Moyen-Orient se sont rencontrés en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies cette semaine pour dévoiler une nouvelle initiative baptisée « Effort pour la Journée de la paix » (Peace Day Effort). L’objectif de cette dernière est de relancer le processus de paix entre Israël et la Palestine, qui est depuis longtemps au point mort.

« Le conflit israélo-palestinien se détériore dangereusement », a déclaré Josep Borrell, le chef de la diplomatie l’UE, lors du lancement de l’initiative que Bruxelles co-dirige aux côtés de l’Arabie saoudite, de la Ligue arabe, de la Jordanie et de l’Égypte.

« Avec notre initiative, nous voulons soutenir la voie vers une paix intégrale entre Israël et la Palestine », a déclaré M. Borrell.

« Ce qui est différent en termes d’approche par rapport aux efforts traditionnellement menés par les États-Unis, c’est qu’elle se concentre sur l’état final de la paix, et non sur la substance d’un accord sur le statut final », a expliqué Sven Koopmans, le représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Proche-Orient, à Euractiv en marge de la conférence à New York.

« Nous le faisons en tenant compte du fait qu’à l’heure actuelle, les Israéliens et les Palestiniens ne négocient pas entre eux et qu’il est peu probable que cela se produise bientôt », a-t-il ajouté.

L’initiative vise à élaborer un « paquet de soutien à la paix » (Peace Supporting Package) qui maximisera les bénéfices de la paix pour les deux parties lorsqu’elles parviendront à un accord de paix à l’avenir.

Les participants à l’initiative ont convenu de former trois groupes de travail qui seront chargés d’élaborer les éléments du paquet sur les mécanismes envisageables de coopération régionale, politique et sécuritaire après la négociation d’une paix, un deuxième sur la coopération économique et environnementale, et un troisième sur la sécurité humaine.

La première réunion de travail du groupe devrait avoir lieu dans les prochaines semaines à Bruxelles.

Les pays participants ont également convenu d’évaluer les progrès de l’initiative tous les trois mois avant de présenter le paquet d’ici septembre 2024.

« Ce que nous commençons à faire avec cet effort, c’est préparer le jour d’après », a déclaré M. Koopmans. Et d’ajouter que « la seule solution est qu’il y ait un État israélien et un État palestinien vivant côte à côte ».

« Une grande partie de ce qu’il se passera [le jour où un accord de paix sera trouvé] échappe à notre contrôle, l’accord de paix israélo-palestinien [devant être élaboré par les deux parties elles-mêmes]. Nous ne pouvons pas le faire à leur place », a souligné M. Koopmans.

« Mais il y a beaucoup d’autres choses qui sont sous notre contrôle, parce que ce jour-là — quel qu’il soit dans le futur — tous ces partenaires — l’UE, les Arabes, les Américains et les Chinois — nous tous, nous contribuerons », a-t-il ajouté.

« Du côté de l’UE, nous fournirons un ensemble sans précédent de soutien politique, économique et sécuritaire », a-t-il ajouté, qui inclurait également des incitations pour les gouvernements syrien et libanais à faire la paix avec Israël.

Un conflit prolongé

Le caractère prolongé du conflit et l’échec des initiatives de paix antérieures ont suscité le scepticisme de nombreux observateurs sur les chances de succès de ce nouvel effort.

Trente ans après leur signature en 1993, les accords de paix d’Oslo, conçus comme une mesure temporaire destinée à renforcer la confiance et à créer un espace pour un accord de paix permanent, se sont figés en un système de gestion d’un conflit dont on ne voit pas la fin.

Le représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Moyen-Orient a déclaré que le nouvel élan serait basé sur des mesures d’incitation pour les parties, plutôt que sur la poursuite d’une approche plus punitive.

Selon lui, les initiatives précédentes étaient entièrement basées sur les « carottes, [et il n’y avait] pas de bâtons », même si cela « ne signifie pas que toute la politique de l’UE se résume à ça ».

« Nous avons des bâtons d’une certaine manière à la fois pour les Israéliens et les Palestiniens. Mais nous devons être réalistes — ce que nous voulons, c’est esquisser un avenir très positif pour inciter les parties à travailler vers cet objectif de paix », a-t-il déclaré.

Interrogé sur le fait de savoir si les incitations seront suffisantes pour amener les deux parties à faire des concessions en vue d’un accord, M. Koopmans a déclaré que « la question n’est pas seulement de savoir combien d’argent nous mettons sur la table ».

« Bien sûr, les incitations ne suffiront pas. Les préoccupations fondamentales des parties ne peuvent être échangées contre des avantages potentiels », a déclaré M. Koopmans.

« Mais les incitations peuvent aider à démontrer que le monde se préoccupe toujours du conflit et veut contribuer à sa solution », a-t-il ajouté.

La question plus générale serait de savoir quel type de contribution à la sécurité pourrait être apporté aux parties et à la région et, si les frontières sont ouvertes et si les relations entre les parties sont bonnes, quel type d’infrastructure de transport d’énergie pourrait être soutenu.

« Une autre chose qui peut être faite très concrètement : nous pouvons imaginer que le jour de la paix, il y aura une nouvelle vision pour le Moyen-Orient et peut-être même une organisation comme l’OSCE pour la région », a indiqué M. Koopmans.

« Nous pouvons d’ores et déjà tracer les grandes lignes de ce projet. Nous ne devons pas attendre la fin du conflit », a-t-il poursuivi.

Bien qu’il soit peu probable que la paix intervienne prochainement, compte tenu de l’impasse politique entre un gouvernement israélien intransigeant opposé à la solution des deux États et des dirigeants palestiniens affaiblis, une certaine évolution semble possible.

Les analystes estiment qu’un accord de normalisation des relations israélo-saoudiennes pourrait changer le cadre du processus.

S’exprimant sur CNN, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il était « probable » que son pays parvienne à un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite, ce qui marquerait un changement radical dans la politique étrangère des deux pays.

Il a toutefois refusé à plusieurs reprises de préciser le type de concessions qu’il offrirait aux Palestiniens pour faire passer l’accord.

Colonies israéliennes

Selon les chiffres des Nations unies, quelque 700 000 colons juifs sont aujourd’hui établis en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, le cœur d’un éventuel futur État palestinien, et l’expansion des colonies est rapide.

« L’UE est très claire, comme elle l’est depuis 40 ans : les colonies sont illégales et constituent des obstacles à la paix », a déclaré M. Koopmans à ce sujet.

« Quant à la question de la reconnaissance, elle relève de la compétence de chaque État membre de l’UE, mais je ne vois pas, à l’heure actuelle, de changement fondamental dans ce domaine — la dernière reconnaissance de [la part d’un État membre de] l’UE a été celle de la Suède il y a dix ans », a-t-il ajouté.

On estime que 3,2 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie et 2,2 millions à Gaza.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]