Conseil européen : ce que Volodymyr Zelensky devrait demander aux dirigeants de l’UE
Après s’être rendu à Londres et à Paris, Volodymyr Zelensky devrait faire pression sur les dirigeants de l’UE à Bruxelles afin d’obtenir davantage d’armes pour lutter contre l’invasion de la Russie et d’entamer rapidement les négociations d’adhésion à l’UE.
Après s’être rendu à Londres et à Paris, le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait faire pression sur les dirigeants de l’UE à Bruxelles afin d’obtenir davantage d’armes pour lutter contre l’invasion de la Russie et d’entamer rapidement les négociations d’adhésion à l’UE.
La visite de M. Zelensky à Bruxelles jeudi (9 février) intervient une semaine seulement après le sommet UE-Ukraine qui s’est tenu à Kiev vendredi dernier.
Bien qu’il soit peu probable que le président ukrainien reparte avec des promesses immédiates répondant à ses demandes, sa venue à Bruxelles lui donne l’occasion de s’adresser aux 27 dirigeants de l’UE en même temps, une première depuis le début de l’invasion russe dans le pays il y a près d’un an.
Outre son discours à l’adresse de tous, il est prévu qu’il assiste à plusieurs réunions bilatérales avec les dirigeants de l’UE. M. Zelensky rencontrera autant de ses homologues que possible en tête-à-tête ou en petits groupes.
Par ailleurs, M. Zelensky doit également s’adresser au Parlement européen et se rendre au siège de l’OTAN.
Dans sa lettre d’invitation aux dirigeants de l’UE, le président du Conseil européen, Charles Michel, sans pour autant confirmer la présence de M. Zelensky, a indiqué qu’il souhaitait « discuter en particulier de l’initiative de l’Ukraine en faveur d’une paix juste, reposant sur le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de l’utilisation potentielle des avoirs gelés et immobilisés de la Russie et de la responsabilité ».
Après les avancées majeures de l’Ukraine sur le terrain au cours de la seconde moitié de 2022, la Russie a retrouvé une certaine dynamique, en envoyant au front des dizaines de milliers de troupes fraîchement mobilisées.
Kiev dit s’attendre à ce que Moscou étendre cette offensive par une action de grande envergure aux alentours du 24 février, à l’approche du premier anniversaire de l’invasion.
Ce déplacement, ponctué par des escales à Londres et à Paris, constitue la deuxième sortie connue du président ukrainien hors de son pays depuis le début de la guerre et fait suite à une visite surprise à Washington en décembre.
À Londres, où il a obtenu du Premier ministre britannique Rishi Sunak la promesse de former les pilotes ukrainiens aux avions de combat avancés de l’OTAN, il a souligné dans son discours devant les députés britanniques sa demande d’avions de combat en les qualifiant d’« ailes de la liberté ».
Il a ensuite rencontré le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz à Paris pour discuter autour d’un dîner, au cours duquel les deux dirigeants ont assuré un soutien continu à l’Ukraine.
« La France et l’Allemagne ont le potentiel pour changer la donne, et c’est ainsi que je perçois nos discussions aujourd’hui », a déclaré M. Zelensky.
« Plus vite nous aurons des armements lourds de longue portée, et plus vite nos pilotes auront des avions modernes […], plus vite cette agression russe prendra fin. »
Quatre demandes clés à Bruxelles
Avant tout, la partie ukrainienne devrait demander aux États membres de l’UE un soutien général pour accélérer la livraison d’armes avant une possible offensive russe au printemps.
« Nous avons cruellement besoin, dès aujourd’hui, voire déjà hier, d’artillerie de longue portée, de tous les types de munitions d’artillerie », a déclaré un responsable ukrainien aux journalistes, sous couvert d’anonymat.
« En ce qui concerne les chars de combat, une décision a été prise par plusieurs États membres, mais nous ne disposons d’aucun char pour l’instant — il faut accélérer le processus », a précisé le responsable.
Après avoir obtenu des promesses de chars de combat occidentaux au cours des dernières semaines, les responsables ukrainiens s’efforcent désormais de garantir la fourniture de roquettes et d’avions de chasse à plus longue portée.
Les gouvernements occidentaux ont jusqu’à présent rejeté les demandes d’avions de chasse, au motif que l’Ukraine n’en a pas besoin pour le moment et qu’il faudrait des années pour former les pilotes ukrainiens à leur pilotage.
Alors que les pays d’Europe de l’Est soutiennent sans réserve les livraisons d’avions de combat à Kiev, la France et les Pays-Bas ne sont pas entièrement opposés à l’idée, le Royaume-Uni est hésitant mais susceptible de céder, et l’Allemagne s’y oppose.
« Nous ne sommes pas une armée sans avion, nous pilotons des avions de type soviétique, ils sont bons, mais ils sont dépassés », a déclaré le responsable ukrainien.
« La formation aux [systèmes antimissiles] Patriot, qui prend généralement 10 mois, a pris 10 semaines à nos soldats — soyez certains qu’il en sera de même avec n’importe quel avion de chasse », a indiqué le responsable.
De nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie devraient également être discutées à Bruxelles.
M. Zelensky devrait faire pression sur les dirigeants de l’UE pour qu’ils incluent le nucléaire, et plus particulièrement l’entreprise publique russe Rosatom, au sujet de l’occupation par la Russie de centrales nucléaires comme celle de Zaporijjia. Cette dernière a en effet été occupée par les troupes russes en mars dernier et a été bombardée à plusieurs reprises, faisant craindre une catastrophe nucléaire.
Les États membres de l’UE travaillent actuellement à l’élaboration d’un dixième paquet de sanctions qui, selon des responsables et des diplomates européens, devrait être prêt vers le 24 février.
En amont du sommet de l’UE, la Pologne et les pays baltes ont déclaré qu’ils feraient pression sur leurs homologues en vue d’accélérer les efforts relatifs à l’utilisation des avoirs gelés afin de contribuer à la reconstruction de l’Ukraine, selon une lettre conjointe consultée par EURACTIV.
Après la semaine dernière, l’adhésion de l’Ukraine à l’UE est susceptible d’occuper une place importante, les responsables ukrainiens faisant pression pour l’ouverture des négociations sur l’adhésion d’ici la fin de l’année.
À Paris, mercredi, le chancelier allemand Olaf Scholz a semblé aller dans le sens des préoccupations ukrainiennes en déclarant : « J’apporte un message clair à Bruxelles : l’Ukraine appartient à la famille européenne ».
Toutefois, c’est aussi l’Allemagne qui a tenu à dire que l’UE ne pourrait pas s’élargir sans une réforme de l’Union permettant d’absorber de nouveaux membres.
Alors que certains États membres souhaitent donner à Kiev la motivation qui accompagnerait le début de négociations d’adhésion, d’autres sont beaucoup plus prudents et ont souligné la nécessité de satisfaire à une série de critères définis par la Commission européenne avant même de pouvoir entamer les négociations.
« L’Ukraine ne peut pas se voir accorder une sorte de statut spécial par rapport, par exemple, aux pays des Balkans occidentaux qui sont engagés dans le processus d’adhésion et qui franchissent toutes les étapes », a confié un diplomate européen.
Il a également ajouté que l’on ne peut pas dire aux Balkans occidentaux que, pour rentrer dans l’UE, « il faut être en guerre », a-t-il ajouté.
Les responsables ukrainiens qualifient toutefois cet argument d’« artificiel », soulignant que la plupart des dirigeants des Balkans occidentaux ont salué la dynamique donnée à leur région par la demande d’adhésion de l’Ukraine.
Un autre volet du programme de M. Zelensky à Bruxelles consistera à demander le soutien des dirigeants européens pour son initiative en faveur de la paix. Il s’agit d’un plan en dix points qui, selon Kiev, permettrait de créer une nouvelle architecture de sécurité mondiale.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]