COP15 : les grandes ambitions de l’UE en matière de biodiversité

Alors que le monde entier se réunit à Montréal pour la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), l’Union européenne est résolue à montrer son leadership en soutenant des objectifs visant à arrêter et à inverser la perte de biodiversité.

Euractiv.com
EP Plenary session – A post-2020 Global biodiversity framework and the UN Convention on Biological Diversity COP15
« Nous allons à la COP15 pour aborder les deux crises planétaires avec la même détermination [que lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP27] », a déclaré le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevičius. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/ep-plenary-session-a-post-2020-global-biodiversity-framework-and-the-un-convention-on-biological-diversity-cop15_20221123_EP-140264F_EVD_EG_044" target="_blank" rel="noopener">© European Union 2022 - Source : EP</a>]

Alors que le monde entier se réunit à Montréal pour la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), l’Union européenne est résolue à montrer son leadership en soutenant des objectifs visant à arrêter et à inverser la perte de biodiversité.

Après un report de plus de deux ans dû à la pandémie de Covid-19, la COP15 réunira les représentants de plus de 190 pays à partir de ce mercredi (7 décembre), jusqu’au 19 décembre.

Les États membres de l’UE se sont engagés à poursuivre une série d’objectifs, notamment la protection d’au moins 30 % des terres et des mers dans le monde d’ici 2030 et la restauration de 3 milliards d’hectares de terres et d’océans.

« Nous allons à la COP15 pour aborder les deux crises planétaires avec la même détermination [que lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP27] », a déclaré le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevičius.

S’adressant à la commission de l’Environnement du Parlement européen (ENVI) mercredi dernier (30 novembre), il avait déclaré que la délégation de l’UE se rendait au Canada pour la COP15 avec « un sentiment d’urgence et une grande ambition concernant l’accord qui doit être conclu à Montréal ».

La biodiversité de la Terre est en effet dans un état critique. En effet, selon un rapport de l’ONU de 2019, sur une estimation de 8 millions d’espèces animales et végétales sur la planète, pas moins d’un million sont en danger d’extinction. Le Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature, WWF) estime que 69 % des espèces ont connu un déclin de leurs populations sauvages entre 1970 et 2018.

Pour tenter d’inverser cette tendance, la Commission européenne a présenté en juin une « loi sur la restauration de la nature », assortie d’objectifs juridiquement contraignants et dotée d’une enveloppe de 100 milliards d’euros destinés aux États membres de l’UE pour restaurer la nature et inverser la perte de biodiversité dans l’agriculture, les forêts, les océans et les zones urbaines.

Le texte est maintenant examiné par le Parlement européen, avec un vote en commission prévu pour janvier 2023.

Plus récemment, les eurodéputés sont parvenus à un accord sur une nouvelle loi garantissant que les produits vendus sur le marché européen — comme le café, le caoutchouc ou le cacao — ne sont pas liés à la déforestation.

Lors de son discours au Parlement, M. Sinkevičius a souligné l’importance de mobiliser des ressources financières, tant publiques que privées, tout en éliminant les subventions néfastes.

« C’est absolument essentiel pour nos partenaires internationaux et sans cela, il n’y aura tout simplement pas d’accord », a-t-il soutenu, expliquant que la Commission s’est engagée à doubler son financement international en matière de biodiversité pour le porter à 7 milliards d’euros au cours de la période 2021-2027.

« En ce qui concerne le mandat de l’UE, je pense qu’il est relativement bon », a déclaré l’eurodéputé écologiste Ville Niinistö (groupe des Verts/ALE), qui sera vice-président de la délégation du Parlement européen à Montréal.

Ce dernier a tout de même exprimé ses craintes que l’Union européenne ne dilue ses ambitions lorsqu’elle sera sur la scène internationale.

« Nous nous sommes inquiétés, du côté des Verts, d’une certaine érosion au niveau de la mise en œuvre », a expliqué M. Niinistö aux journalistes lundi.

« Nous avons entendu des signaux inquiétants indiquant que l’Union européenne pourrait déjà, lors de réunions techniques, être prête à faire des compromis qui éroderaient [l’objectif de 30 % pour les zones protégées] », a-t-il indiqué.

Cadre mondial pour la biodiversité

À Montréal, les 190 délégations nationales devraient négocier et adopter dans les prochaines semaines un Cadre mondial pour la biodiversité pour l’après-2020, parfois présenté comme un « accord de Paris pour la nature ».

Le projet de texte, publié l’année dernière par le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations unies, comprend des objectifs pour 2030 ainsi que des objectifs à long terme à atteindre d’ici 2050.

Parmi les principaux thèmes de discussion figurent l’engagement de protéger au moins 30 % des terres, des eaux douces et des océans de la planète d’ici 2030 et la reconversion ou l’élimination des subventions nuisibles pour la biodiversité d’au moins 500 milliards de dollars par an.

Une approche fondée sur les droits des populations autochtones et des communautés locales sera également discutée.

« Les deux prochaines semaines ne seront pas faciles. La voie du succès est semée d’embûches et nous devrons concilier des points de vue parfois très différents », a déclaré le ministre canadien de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors de la conférence de presse d’ouverture de la COP15, mardi (6 décembre).

« Cependant, que nous le voulions ou non, nous sommes tous réunis par le lien profond avec la nature, dont dépend notre survie sur cette planète », a-t-il ajouté.

La présidence chinoise

La Conférence des Nations unies sur la biodiversité devait initialement se tenir en octobre 2020 à Kunming, en Chine, mais a été reportée à plusieurs reprises en raison de la pandémie de Covid-19.

Alors que la première partie s’est déroulée virtuellement en octobre 2021, la deuxième réunion sera organisée par le Canada. La Chine continuera tout de même de présider la deuxième phase de la conférence.

« Le déplacement du lieu de réunion a été très difficile pour la Chine. Mais en même temps, cela démontre aussi la ferme résolution du gouvernement chinois à promouvoir le processus de gouvernance de la biodiversité mondiale », a déclaré le ministre chinois de l’Écologie et de l’Environnement Huang Runqiu, qui mènera les négociations.

Mardi, M. Runqiu a expliqué aux journalistes que la Chine « ne ménagera pas les efforts » pour coordonner les parties et parvenir à un consensus. « Nous avons fait avancer la COP15 avec la plus grande volonté politique et les actions et réponses les plus fortes », a-t-il assuré.

Toutefois, la présidence a été critiquée pour ne pas avoir invité les chefs d’État aux négociations, qui seront menées uniquement au niveau ministériel.

« Les organisateurs n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour inviter les dirigeants mondiaux, si bien que ces derniers sont plus ou moins inexistants », a indiqué M. Niinistö en expliquant que c’est la raison pour laquelle la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne serait pas présente.

« Nous voulons continuer à faire pression sur les pays pour qu’ils augmentent leur niveau de participation. Les ministres de l’Environnement ne peuvent pas obtenir seuls un soutien politique suffisant pour soutenir la biodiversité et ces objectifs, nous aurons également besoin des ministres d’État », a ajouté M. Niinistö.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]