COP15 : Ursula von der Leyen salue un accord « historique »

Après deux semaines de négociations houleuses, les nations du monde entier réunies à Montréal ont adopté, lundi (19 décembre), un nouveau train de mesures visant à lutter contre la perte de biodiversité et à restaurer les écosystèmes naturels.

EURACTIV.com avec AFP
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué cet accord international « historique » sur la préservation de la biodiversité mondiale, le qualifiant de « feuille de route pour protéger et restaurer la nature ». [Twitter]

Après deux semaines de négociations houleuses, les nations du monde entier réunies à Montréal ont adopté, lundi (19 décembre), un nouveau train de mesures visant à lutter contre la perte de biodiversité et à restaurer les écosystèmes naturels.

Les représentants de 195 États et de l’Union européenne se sont mis d’accord sur le cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal lundi, lors du dernier jour de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), après des négociations qui ont duré toute la nuit.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué cet accord international « historique » sur la préservation de la biodiversité mondiale, le qualifiant de « feuille de route pour protéger et restaurer la nature ».

« Cet accord constitue une base solide pour la mise en œuvre d’une action mondiale en faveur de la biodiversité, qui vient compléter l’Accord de Paris sur le climat », a -t-elle indiqué dans un communiqué.

« À présent, le monde dispose d’une double voie d’action pour se doter d’une économie mondiale durable d’ici à 2050. »

Mme von der Leyen a en outre déclaré qu’il était « très positif » de disposer à la fois des objectifs mesurables, à savoir la protection de 30 % des zones terrestres et marines mondiales et la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés, et d’un mécanisme de financement pour leur mise en œuvre, avec le Fonds mondial pour la biodiversité.

En effet, la proposition appelle les pays à « veiller à ce que, d’ici 2030, au moins 30 % des zones terrestres, des eaux intérieures et des zones côtières et marines » soient effectivement conservées et gérées.

Établissant les grandes lignes des mesures à prendre au cours de la prochaine décennie pour inverser la destruction qui, selon les scientifiques, menace un million d’espèces vivantes, la proposition appelle également les pays riches à augmenter l’aide financière aux pays en développement.

Le texte inclut des dispositions visant à protéger les droits des populations autochtones en tant que gardiens de leurs terres, une demande essentielle des militants.

Les désaccords ont principalement porté sur l’aspect financier, puisque certains pays africains ont refusé de soutenir l’accord. Entre autres, la République démocratique du Congo a demandé la création d’un fonds spécial pour la biodiversité destiné aux pays en développement.

Le cadre a finalement été adopté sous la supervision de la présidence chinoise de la COP15. Il contient des objectifs mondiaux visant à protéger et restaurer la nature, à réduire la pollution et à limiter l’empreinte environnementale des activités humaines.

« Ce soir, nous entrons dans l’histoire », a commenté le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevičius sur Twitter.

La délégation du Parlement européen à la COP15 a également salué ce nouveau cadre.

« C’est un grand succès pour la conservation de la nature et cela donne de l’espoir pour l’avenir des écosystèmes et des espèces de notre Terre », a déclaré l’eurodéputé écologiste Ville Niinistö, président de la délégation du Parlement européen à la COP15.

M. Niinistö a souligné que ces résultats ne sont pas parfaits, mais qu’ils sont les meilleurs qui auraient pu être obtenus aujourd’hui à l’échelle mondiale. « Pour que ces objectifs ambitieux deviennent réalité, chacun, à tous les niveaux — international, européen, national et local — doit maintenant faire sa part pour que ces objectifs soient également atteints », a-t-il ajouté.

Objectifs et cibles

Le cadre mondial pour la biodiversité comporte quatre objectifs principaux et 23 autres objectifs que les pays devraient atteindre d’ici 2030 et 2050.

Il s’agit notamment de protéger et de restaurer au moins 30 % des terres et des mers de la planète d’ici 2030, de mettre un terme à l’extinction des espèces menacées connues et de diviser par dix le taux d’extinction avant 2050.

Sur le plan financier, l’accord prévoit la suppression progressive des subventions néfastes à hauteur d’au moins 500 milliards de dollars par an et la mobilisation de 200 milliards de dollars par an de financements nationaux et internationaux liés à la biodiversité, provenant de sources publiques et privées, d’ici 2030.

Parallèlement, il demande une augmentation des flux financiers vers les pays en développement d’au moins 20 milliards de dollars par an d’ici 2025, et d’au moins 30 milliards de dollars par an d’ici 2030. Les grandes entreprises et les institutions financières transnationales devront en outre surveiller, évaluer et divulguer leurs risques, leurs dépendances et leurs impacts sur la biodiversité.

Pas d’objectifs contraignants

Les groupes environnementaux ont critiqué le texte pour son manque d’ambition et ont exhorté les gouvernements à considérer le nouveau cadre pour la biodiversité « comme un plancher, et non un plafond » pour l’action mondiale.

« Le cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal est un compromis, et bien qu’il comporte plusieurs éléments intéressants et durement négociés, il aurait pu aller plus loin pour transformer véritablement notre relation avec la nature », a déclaré Susan Lieberman, vice-présidente des politiques internationales pour la Wildlife Conservation Society.

Selon les ONG, en effet, il aurait fallu faire preuve de plus d’ambition, notamment en choisissant la date pour la réalisation de certains des objectifs, puisque 2050 est considéré comme trop tard pour répondre à la crise urgente de la biodiversité.

« Les dirigeants mondiaux semblent planifier sur des périodes de plusieurs décennies, alors que nous n’avons que huit ans », a averti Ioannis Agapakis, avocat spécialisé dans l’environnement chez ClientEarth.

Une autre préoccupation est que, puisque le cadre n’est pas juridiquement contraignant, il ne peut être utilisé pour obliger les pays à rendre des comptes s’ils n’atteignent pas les objectifs, ce qui pourrait entraîner des retards ou des faiblesses dans la mise en œuvre.

Les États participants se sont en effet mis d’accord sur un mécanisme de suivi, qui permettra d’évaluer les progrès accomplis et de réviser les politiques, tandis qu’un examen global sera effectué à mi-parcours, mais aucun mécanisme contraignant n’est mis en place.

« Maintenant que nous avons un accord, ce qui compte, c’est la mise en œuvre », a déclaré João Albuquerque, eurodéputé portugais qui faisait partie de la délégation du Parlement européen à la COP15.

« Nous avons besoin de mécanismes de suivi et d’examen solides pour nous assurer que des progrès sont réalisés et que les objectifs fixés sont atteints », a-t-il poursuivi, rappelant que les précédents objectifs mondiaux en matière de biodiversité, dits  « Objectifs d’Aichi », n’ont pas été atteints.

« Il est crucial que cette fois-ci, nous fassions bien les choses », a déclaré M. Albuquerque en référence aux 20 objectifs de biodiversité convenus au Japon en 2010 et qui n’ont jamais été atteints.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]